En élevage allaitant, des économies d’énergie pas évidentes à traquer

Sophie Bourgeois - Réussir Bovins Viande Avril 2013

En élevage allaitant, des économies d’énergie  pas évidentes à traquer
L’organisation de la distribution de l’alimentation est une piste intéressante en viande bovine. © S. Bourgeois

L’élevage allaitant est peu énergivore. Les économies à espérer sur ce poste sont forcément fines et rejoignent toujours le raisonnement économique des charges, en premier lieu sur l’alimentation et l’usage du tracteur dans les bâtiments.

Dia’terre® évalue les consommations d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre

L’outil de diagnostic Dia’terre® permet de réaliser un bilan des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle d’une exploitation agricole. Le conseiller et l’éleveur élaborent à partir de ce bilan des adaptations techniques pour améliorer la situation particulière de l’exploitation. Dia’terre®, lancé par l’Ademe, a pris le relais de Planete fin 2010. Il délivre les consommations énergétiques directes et indirectes des exploitations agricoles,
les émissions de gaz à effet de serre globales, le bilan azote, et il permet une estimation du carbone stocké par les haies et les sols de l’exploitation. Cet outil permet de faire la part entre les différents ateliers présents sur une exploitation, et de faire des simulations en répétant le diagnostic en faisant différentes hypothèses.
Actuellement, Dia’terre® est principalement mis en œuvre dans le cadre du plan de performance énergétique, au sein duquel aucun investissement éligible à subvention n’est véritablement adapté aux élevages allaitants.

Les élevages allaitants assument des factures énergétiques nettement plus légères que les autres types d’élevages. Pas besoin de chauffage dans les bâtiments, ni d’électricité pour le bloc traite… Pourtant, le niveau durablement élevé du coût de l’énergie appelle à être plus vigilant également en production de viande bovine, pour espérer gagner en compétitivité.
« En moyenne sur différents systèmes d’élevage bovins viande, les carburants représentent 33 % des dépenses d’énergie, l’électricité 9 %, la fertilisation 21 % et les aliments achetés 37 % », explique Céline Zanella, chargée de la maîtrise de l’énergie à la chambre régionale d’agriculture de Bourgogne. En effet, les consommations d’énergie indirecte — fertilisation et aliments achetés — sont intégrées à la réflexion (basée sur l’analyse des cycles de vie). L’énergie dépensée pour leur fabrication et transport est donc comptabilisée au niveau de l’élevage. Toutes ces consommations d’énergie sont exprimées en joules pour s’additionner. Par exemple dans la méthode de diagnostic Dia’terre, 1 litre de fuel = 35,5 mégajoules (MJ). La consommation énergétique est ensuite rapportée aux 100 kilos de viande vive produite. L’efficacité zootechnique du système entre donc très largement en compte dans le résultat du bilan énergétique de l’élevage.
En moyenne, il faut ainsi dépenser 2,9 gigajoules (GJ) pour produire 100 kg de viande vive. « Il existe des disparités d’un système d’élevage bovins viande à l’autre. Un naisseur spécialisé herbager se situe en moyenne à 2,7 GJ/100 kilos viande vive, un naisseur-engraisseur spécialisé à 2,5 GJ/100 kg VV, mais un polyculteur-éleveur atteindra 3,6 GJ/100 kg VV du fait du poids de la fertilisation et du carburant dans ce système. »

L’origine et la nature des concentrés achetés

En système spécialisé viande bovine, les achats d’aliments pèsent lourd dans le bilan énergétique. Pour limiter cette partie de la facture énergétique, les pistes sont les mêmes que celles qui visent à réduire le coût alimentaire économique. Optimiser le pâturage est la mesure la plus rentable. Cela permet aussi, souvent, de réduire la durée de l’hivernage, et donc de la distribution mécanisée de l’alimentation. Ensuite, améliorer le rendement et la qualité des fourrages récoltés permet de réduire le coût énergétique ramené à l’UF et au PDI. Les légumineuses sont payantes sur le bilan énergétique dans le sens où elles permettent de jouer sur le coût énergétique de la fertilisation et sur celui de la complémentation protéique des animaux. « La luzerne cultivée, même avec quatre récoltes, aura du fait de sa richesse alimentaire un impact positif sur le bilan énergétique de l’exploitation », estime Céline Zanella.

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Céline Zanella de la Chambre d’agriculture de Bourgogne. © S. Bourgeois

Ajuster finement la complémentation des animaux en fonction de leurs besoins, éviter le gaspillage en vérifiant que les quantités distribuées sont conformes aux rations calculées, et travailler sur l’efficacité alimentaire des rations… tout cela permet de gagner encore en rentabilité de la dépense en énergie. Le recours à des coproduits locaux, ainsi que la préférence au tourteau acheté de colza français plutôt qu’au soja importé notamment, baisseront sensiblement la facture énergétique. En effet dans Dia’terre, une tonne de tourteau de colza achetée « coûte » déjà 3365 MJ, mais une tonne de tourteau de soja est à 5764 MJ. Et la palme revient à la luzerne déshydratée avec 13200 MJ/ tonne, du fait du coût énergétique de la déshydratation.

Rechercher la fluidité de circulation autour des bâtiments

L’autre piste principale d’amélioration du bilan énergétique en élevage allaitant concerne l’organisation de la distribution de l’alimentation. « Il faut rechercher la fluidité des circuits de circulation autour des bâtiments, réduire au maximum les temps à l’arrêt, éviter le plus possible d’avoir à descendre du tracteur, optimiser la fréquence des différentes tâches », observe Céline Zanella. La distribution en libre-service est une source d’économie de carburant, du fait que le tracteur est moins souvent démarré et reste moins longtemps en travail pour distribuer des quantités équivalentes. Ce sont forcément des solutions personnalisées qui sont à trouver, en fonction de la topologie, du bâti existant, des choix fourragers et de mécanisation qui ont été faits. De la même manière que pour l’utilisation des tracteurs dans les champs, le passage des tracteurs au banc d’essai et suivre une formation sur la conduite économe se révèlent positifs pour mieux maîtriser la consommation de carburant.
Les consommations au champ sont aussi bien sûr dans la mesure du possible à explorer. « Les consommations de carburant ramenées à la tonne de fourrage récolté varient du simple au double selon le type de récolte — en sec ou en humide —, les rendements des parcelles, les distances par rapport au siège de l’exploitation, la taille des remorques, les puissances, les débits de chantier », résument les spécialistes de l’Institut de l’élevage(1).

De gros progrès ont déjà été réalisés en ce qui concerne le poste fertilisation

En ce qui concerne le poste de la fertilisation, en élevage allaitant, de gros progrès ont déjà été réalisés depuis quelques années sur le plan de l’optimisation agronomique. Dans Dia’terre, une unité d’Ammonitrate 33,5 % équivaut à 47 MJ. « Les intercultures valorisées par les animaux sont intéressantes. Bien connaître la valeur de ses effluents améliore aussi la qualité du raisonnement de la fertilisation minérale et finalement le bilan énergétique », selon Céline Zanella.
La facture d’électricité est essentiellement liée en élevage allaitant à l’éclairage des bâtiments. « Des dispositifs « basse consommation » commencent à se développer : lampes fluo compactes, lampes à induction, lampes au sodium haute pression et LED de forte puissance. Cependant, il faut estimer la rentabilité de l’investissement que cela représente en fonction des besoins en électricité pour le bâtiment. »

(1) Consommation d’énergie en élevages herbivores et leviers d’action. Institut de l’élevage, Coll Méthodes et outils, 2010, 92 p.

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