Enquête en élevage allaitant : Les antibiotiques sont plutôt utilisés dans les règles de l'art

Bernard Griffoul

L'Anses a mené une enquête pour voir comment les éleveurs utilisent les antibiotiques. En élevage allaitant, leur usage est fortement encadré par les vétérinaires.

Les éleveurs utilisent-ils les antibiotiques à bon escient ? Telle est la question que se pose l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses, ex Afssa). « Afin de limiter le phénomène d'antibiorésistance, les recommandations sur le bon usage des antibiotiques se multiplient. Mais pour que ces recommandations soient correctement ciblées et connectées avec les réalités du terrain, il est nécessaire de faire régulièrement un état des lieux de l'utilisation dans les élevages », affirme-t-elle. L'agence vient de livrer les résultats de sa dernière enquête (voir encadré), réalisée en 2007 auprès de quelque 1500 éleveurs (bovins lait et viande) par son unité épidémiologie du laboratoire de Lyon. Un peu plus de 400 traitements antibiotiques réalisés sur des bovins allaitants adultes ont ainsi été passés au peigne fin.

« Familles de molécules historiques »

Les traitements antibiotiques sont motivés principalement par deux catégories d'affections : gynécologie-obstétrique (31 %) et problèmes locomoteurs (26 %). Pathologies respiratoires et affections liées aux mamelles viennent loin derrière (respectivement 9 % et 11 %). Plutôt rassurant : « L'utilisation d'antibiotiques chez les bovins allaitants est très subordonnée à l'intervention du vétérinaire, et ce beaucoup plus qu'en production laitière ». Le vétérinaire est consulté dans 76 % des cas avant utilisation d'antibiotiques (contre 37 % en élevage laitier) et l'animal traité est vu pour un peu plus de la moitié des traitements (51,7 %). Et surtout, la grande majorité des traitements fait l'objet d'une ordonnance (91,5 %).
Quels produits antibiotiques utilisent les éleveurs ? Parmi les traitements étudiés, 60 % sont réalisés avec un seul produit (contenant parfois plusieurs molécules antibiotiques), 28 % en comportaient deux et 12 % plus de deux. Les éleveurs allaitants utilisent « essentiellement des familles de molécules historiques », a observé l'Anses. Trois familles dominent largement les prescriptions : les pénicillines (utilisées dans 59 % des traitements), les aminosides (53 %) et les tétracyclines (26 %). Les autres familles de molécules ne dépassent jamais individuellement les 10 %. Là encore, les pratiques diffèrent de la production laitière où la gamme de molécules utilisées est plus large.

Peu d'antibiotiques « critiques »

Mais, un autre point est à l'avantage des éleveurs allaitants : « Depuis 2004, une liste des antibiotiques dits « critiques » a été établie sur la base de leur utilité/efficacité en médecine vétérinaire et humaine, mais aussi sur la base du risque d'émergence de résistances, explique l'Anses. Les céphalosporines de troisième et quatrième génération, les fluoroquinolones et plus récemment les macrolides font partie des familles antibiotiques dites « critiques ». Globalement les résultats indiquent que les éleveurs allaitants ont eu peu recours à ces trois catégories d'antibiotiques. » Les céphalosporines sont peu utilisées chez les animaux allaitants à la différence des laitiers (7,6 % contre 26,6 % des traitements pour l'ensemble de la famille des céphalosporines, 4,5 % contre 19,4 % si l'on ne considère que les céphalosporines de dernières générations), et ce même pour des motifs similaires (problèmes locomoteurs ou respiratoires). « Les bovins allaitants semblent donc être soignés avec d'autres molécules qui ont probablement un coût moins élevé et pour lesquelles la question du temps d'attente lait ne se pose pas », analyse l'Anses.

 

« Pratiques à risques sous-estimées »

L'Anses s'est penchée enfin sur l'adéquation entre les pathologies qui ont fait l'objet d'un traitement antibiotique et les indications thérapeutiques des produits utilisés. Elle constate que 86 % des spécialités antibiotiques ont été administrées pour une maladie prévue dans leurs indications. Mais, dans 7,5 % des cas, elles sont utilisées hors AMM (autorisation de mise sur le marché). « Bien que ce chiffre soit relativement peu élevé, il pourrait être plus faible au vu de l'arsenal thérapeutique important pour les bovins (ce qui n'est pas le cas pour d'autres filières, ovins/caprins en particulier), et ne se limiter qu'aux cas particuliers des éventuels échecs thérapeutiques », commente l'agence.
A l'issue de cette enquête, qui montre que les éleveurs allaitants respectent plutôt les bonnes pratiques d'usage des antibiotiques, l'Anses indique que le mode d'enquête (questionnaire envoyé par la poste et retourné sur la base du volontariat) a induit un biais. Elle estime que les éleveurs qui ont répondu « sont davantage sensibilisés par le sujet, et donc en général « bon-élèves », et ont tendance à rapporter plus facilement les pratiques qu'ils pensent être les bonnes. Ainsi, les pratiques à risque (hors AMM, pas d'ordonnance) sont vraisemblablement sous-estimées ».

Une enquête postale auprès de 1500 éleveurs

Le questionnaire de l'Anses a été envoyé par la poste à 10 000 éleveurs tirés au sort, de façon échelonnée entre février 2007 et janvier 2008 afin de collecter des informations sur les différentes maladies survenant tout au long d'une année.
Les éleveurs devaient décrire les deux derniers traitements effectués avec des antibiotiques. Au final, 1487 éleveurs ont répondu à ce questionnaire et 1982 traitements ont pu être analysés.
A peu près autant d'éleveurs allaitants que d'éleveurs laitiers (environ 40 % de chaque et 18 % de mixtes) se sont exprimés. Mais, la moitié des traitements évoqués portaient sur des animaux laitiers et 20 % sur des bovins allaitants.

 

Source Réussir Bovins Viande Mars 2011

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