Environnement : Evaluer l'impact de l'alimentation animale

Cyrielle Delisle

Lors du Sommet de l'élevage, une table ronde a fait le point sur le travail engagé depuis plus d'un an sur l'évaluation de l'impact environnemental des aliments pour animaux.

En quoi consiste le critère carbone retenu pour l'affichage environnemental ? Quels enjeux pour les productions animales ? Quels autres indicateurs peut-on imaginer pour demain ? Autant de questions débattues lors d'une table ronde organisée par les syndicats de la nutrition animale.
Pourquoi s'intéresser à un tel sujet ? À compter du 1er juillet 2011, les aliments pour animaux devront comporter un étiquetage carbone. « En effet, le Grenelle de l'environnement a mis le développement durable sur le devant de la scène et notamment l'empreinte carbone comme critère incontournable. Afin de se préparer aux obligations sur l'affichage, les trois syndicats de la nutrition animale, Coop de France Nutrition animale, le Snia et l'Afca-Cial en association avec Tecaliman, institut technique de la profession, ont constitué une mission développement durable (MDD) dont l'objectif est de fournir aux fabricants d'aliments des données techniques de mesure de leur impact environnemental », commence Jean-Michel Boussit, adjoint de direction de Thivat Nutrition animale.

Coût carbone

Le premier travail de la profession a donc été de s'interroger sur l'impact carbone des aliments des animaux rendus éleveur. Les bilans, réalisés par Tecaliman, ont montré que l'essentiel de l'impact carbone est lié aux matières premières qui les constituent (89 %), alors que le transport (7 %) et la fabrication (1 %) n'en représentent que 8 %.
La prépondérance de ces matières premières passe donc inévitablement par la définition de valeurs de gaz à effet de serre (GES) fiables les concernant.
« Actuellement, le problème est de pouvoir valider les données qui nous parviennent. Jusqu'où peut-on aller pour avoir des données uniformes ? Les méthodes de calcul sont différentes d'un pays à l'autre. Donc jusqu'où faut-il aller dans le détail et la généralisation. Prenons-nous en compte les données françaises, brésiliennes…, commente Jean-Michel Boussit. Pour évaluer le bilan GES des matières premières végétales agricoles non transformées, au moment de leur entrée en usine de fabrication d'aliments, la mission développement durable s'est appuyée sur des sources bibliographiques et des travaux existants (Inra, Arvalis). »

À partir de ces premiers résultats, plusieurs constatations. Les émissions de GES sorties champ sont fortement dépendantes du rendement des cultures. Meilleur est le rendement, meilleur sera le bilan carbone. Plus des trois quarts des émissions de GES des cultures sont liées à la fertilisation. Si l'on prend en compte les changements d'affectation des sols (déforestation), ils influent sur plus de la moitié des émissions de GES.
« Une question reste en suspens vis-à-vis des coproduits : comment répartir l'impact environnemental entre le produit et son coproduit ? Plusieurs méthodes d'allocations sont disponibles mais aucune ne paraît vraiment adaptée. Nous devons continuer notre travail », explique Jean-Michel Boussit. Vient ensuite la question du coût carbone des aliments. À combien revient la substitution d'une matière première avec un impact environnemental fort pour réduire les émissions de GES de la formulation et où s'arrêter ? On constate qu'à qualité constante, l'optimisation des émissions de GES de l'aliment composé a une incidence sur son coût. L'introduction d'une contrainte environnementale aurait également un effet sur l'utilisation globale des matières premières. Les protéagineux seraient favorisés au détriment des céréales et tourteaux de soja. Les coproduits, tourteaux de colza et tournesol, les sons et remoulages seraient remplacés par les drêches de blé.

Et demain, quelles pistes ?

Pour les différents intervenants de cette table ronde, une évaluation environnementale multicritères doit se mettre en place pour estimer au plus juste cet impact.
Plusieurs pistes restent par ailleurs à explorer, à savoir, élargir le panel de matières premières pour lequel des données existent, aller jusqu'au système d'élevage en intégrant tous les acteurs de la filière et effectuer sur les autres critères liés à l'affichage environnemental, un travail similaire (biodiversité, eau,…). « L'instauration d'un dialogue en amont et en aval, permettra de fixer conjointement des critères d'allocations, reconnus et acceptés par tous », constate Jean-Michel Boussit.

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2010

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