Etude Inra et Ecole vétérinaire de Nantes : Les troubles respiratoires des jeunes bovins ont un fort impact économique

Sophie Bourgeois

Une enquête de l'Inra et l'Ecole nationale vétérinaire de Nantes a permis de connaître l'incidence des troubles respiratoires pendant l'engraissement et les facteurs de risque pour des jeunes bovins essentiellement achetés.

Une enquête de l'Inra et l'Ecole nationale vétérinaire de Nantes a porté sur 1239 jeunes
bovins dont la grande majorité étaient de race Charolaise, achetés, et vaccinés contre les
troubles respiratoires avec des valences variées (RS, PI3, BVD, IBR). « Les niveaux de
mortalité et morbidité que nous avons observés sont assez élevés, probablement en
rapport avec le fait que 70 % des jeunes bovins de l'échantillon ont été achetés entre
septembre et décembre, période à risque pour les mises en lot », rapporte Sébastien Assié
de l'ENV de Nantes.
Le taux de mortalité s'est élevé à 1,5 %. Un tiers est dû à une pneumonie, un autre tiers à
une mort subite et l'essentiel des autres cas est lié à des troubles locomoteurs chroniques.
Le taux de morbidité globale (animaux ayant été malades) s'élève à 22 % de l'échantillon et
dans 78 % des cas, il s'agissait de troubles respiratoires.






Dans l'échantillon de l'étude, le taux de morbidité s'élève à 22 %. Dans 78 % des cas, il s'agissait de troubles respiratoires. (S. Bourgeois)

Dans l'échantillon de l'étude, le taux de morbidité s'élève à 22 %. Dans 78 % des cas, il s'agissait de troubles respiratoires. (S. Bourgeois)

Cette étude a permis d'autre part de connaître l'exposition des jeunes bovins à six agents
pathogènes. « Les séropositivités, liées à une infection ou à la vaccination, sont fréquentes
et multiples dès la mise en lots. » La plupart des jeunes bovins ont été exposés à au moins
deux agents pathogènes avant la mise en lots. M. haemolitica (pasteurelle) est
particulièrement répandue, car au moins un jeune bovin par lot y a été exposé. Dans la
moitié des lots, au moins un jeune bovin est séropositif pour les six agents pathogènes
étudiés. Les séroconversions(1) sont multiples six semaines après la mise en lots. « Cela
signifie que les agents pathogènes étudiés ici, à part celui de l'IBR heureusement peu
fréquent, circulent beaucoup dans les lots. » Il n'est pas possible à partir de ces résultats
de cibler la lutte contre un agent en particulier. Dans la quasi-totalité des lots, a été
observée une séroconversion à au moins deux agents pathogènes. Le taux de
séroconversion est très important pour les virus RS-BVD : 80 % des animaux ont
séroconverti six semaines après la mise en lots.

 

Une durée d'engraissement allongée de 59 jours

L'effet sur les performances des jeunes bovins a pu d'autre part être évalué avec des
budgets partiels. C'est la mortalité qui pèse le plus lourd sur les résultats économiques de
l'engraissement : elle seule explique 70 % environ de la perte de revenu annuel due aux
troubles respiratoires. Les frais de traitement des animaux n'en représentent que 15 %.
Aucune différence significative sur le poids vif à l'abattage et sur la conformation des
carcasses n'a été relevée entre animaux ayant été malades et les autres. C'est
l'allongement de la durée d'engraissement qui révèle l'impact des troubles respiratoires : les
jeunes bovins ayant présenté des signes cliniques d'intensité sévère ont vu leur durée
d'engraissement s'allonger de 58 jours par rapport à ceux qui n'ont pas eu de troubles
respiratoires. Ceux dont les signes cliniques étaient modérés de « seulement » 44 jours. Il
faudrait aussi intégrer à ces résultats le travail supplémentaire dû à l'allongement du temps
de présence des animaux et à soigner.

 

Le traitement statistique de l'échantillon a permis de déterminer quatre facteurs de risque pour
les troubles respiratoires : les jeunes bovins ayant déclaré des troubles respiratoires
appartenaient à un lot constitué de nombreuses provenances, étaient jeunes, légers, et allotés
en septembre-octobre. « Parmi ces facteurs de risques, il n'y en a pas un plus important que
les autres, c'est la conjonction de plusieurs de ces facteurs qui explique l'apparition des
troubles respiratoires. »

(1) Séropositivité : l'animal a des anticorps car il a déjà été en contact avec l'agent, que ce soit
par vaccination ou infection.
Séroconversion : un animal séronégatif est devenu séropositif, on s'attend à ce qu'il développe
la maladie.


Source Réussir Bovins Viande Juillet-Août 2008

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