Fièvre catarrhale ovine : La vaccination reste incontournable » estime le Dr Jean-Pierre Alzieu, vétérinaire

Propos recueillis par Bernard Griffoul

La vaccination contre la FCO reste incontournable pour sauver les animaux et asseoir le matelas immunitaire, estime le Dr Alzieu*.

Quel est le but poursuivi par la campagne de vaccination FCO en cours ?

Jean-Pierre Alzieu - La vaccination s'inscrit dans une logique absolument irréfutable suite à la campagne lancée l'année dernière. En 2008, c'était une vaccination stratégique à la fois pour arrêter la maladie et préventive pour toutes les zones qui n'étaient pas atteintes. Les moutons ont été relativement bien vaccinés. Par contre, en bovins, le matelas immunitaire de 90 %, auquel il faudrait parvenir dans toute vaccination de type infectieux, n'était pas encore atteint. Il n'y a pas eu une disponibilité vaccinale suffisante et des discours parallèles sur l'immunité naturelle ou de prétendus risques liés à la vaccination ont jeté le trouble. Je suis pour qu'on évalue des méthodes alternatives permettant de stimuler l'immunité, mais quand il y a une situation d'incendie comme l'an dernier, il ne faut pas se poser de questions. La campagne 2009 doit asseoir le matelas immunitaire et, pour ceux qui n'ont pas vacciné, assurer la protection des animaux avant la mise à l'herbe. Le but n'est pas d'éradiquer la FCO, car c'est très complexe avec une maladie vectorielle, mais d'arrêter son expression. Il faut empêcher qu'elle se propage et surtout qu'il y ait des pertes économiques. Nous avons été formés pour sauver des animaux pas pour les enterrer. Il faut en appeler à la raison et à la solidarité de tout le monde.

Dr Jean-Pierre Alzieu : « Vous savez, il faut rester modeste devant la fièvre catarrhale ovine et se méfier des radicalisations de discours. »

Dr Jean-Pierre Alzieu : « Vous savez, il faut rester modeste devant la fièvre catarrhale ovine et se méfier des radicalisations de discours. »

Il s'est dit aussi que les conséquences de la FCO sur les cheptels étaient assez limitées…

J.-P. A. - Des éleveurs sont ruinés à cause de la fièvre catarrhale ovine. Dans le département de l'Ariège, 250 ont demandé à être inscrits au RMI et nous avons eu entre 10 et 15 % de mortalité sur le cheptel de souche ovin. Quant aux bovins, j'ai effectué courant décembre 700 à 800 diagnostics de gestation sur des vaches allaitantes, dont certaines avaient été fortement impactées par la FCO à BTV1. Globalement, la maladie n'a pas fait avorter les vaches qui étaient dans la deuxième moitié de gestation. Par contre, on a observé des naissances de veaux de petite taille, le plus souvent viables. Et, certaines de ces vaches n'avaient pas beaucoup de lait. Sur celles qui étaient en début de gestation pendant le passage de la FCO ou qui allaient être saillies, il y a eu un impact sur la reproduction, soit parce qu'elles étaient fatiguées soit parce que les taureaux ont connu une panne temporaire de fertilité.

Vous avez été surpris également par la durée des virémies…

J.-P. A. - Depuis le mois d'octobre, nous suivons la virémie par PCR de 40 jeunes bovins en station de contrôle. Fin février, 34 présentaient encore une virémie très significativement positive. Les contaminations s'étant produites jusqu'à relativement tard à l'automne dernier et, même si on est en fin de virémie, on ne peut pas attester de manière formelle que les animaux contaminés ne sont plus du tout source virale pour les culicoïdes. On ne peut pas se permettre de laisser des poches susceptibles d'être des réservoirs à virus et surtout de laisser contaminer les animaux encore vierges de toute infection.

Le BTV1 vous a aussi réservé des surprises quant à l'installation de l'immunité…

J.-P. A. - En bovins, nous avons observé de façon curieuse des rechutes cliniques qui semblent contredire l'hypothèse d'une installation rapide de l'immunité post-infectieuse. Il est urgent, après avoir étouffé la maladie sous la vaccination, d'étudier un peu plus dans les détails, les mécanismes de l'immunité. Cela permettra de savoir si l'hypothèse de l'immunité naturelle rapide et durable peut être validée.

Après la campagne obligatoire en 2009, faudra-t-il poursuivre une vaccination massive ?

J.-P. A. - A mon avis oui. Je pense que la campagne 2009 va bien parachever ce qui a été fait. La situation devrait être plus calme avec, peut-être, quelques petits foyers par-ci par-là. Mais, se baser sur un an et demi de vaccination pour considérer que le matelas immunitaire est acquis, me semble encore hasardeux sur un plan scientifique et en l'état actuel de nos connaissances. On commence à peine à connaître la maladie. Rien n'est blanc, rien n'est noir.

* Le docteur Jean-Pierre Alzieu dirige le laboratoire départemental de l'Ariège depuis février dernier. Auparavant, il était vétérinaire praticien dans ce même département. Il préside également la commission parasitologie de la SNGTV. Il conduit des travaux pour mieux comprendre la FCO, notamment en collaboration avec le professeur François Schelcher de l'école vétérinaire de Toulouse.

Source Réussir Bovins Viande Avril 2009

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