Fièvre catarrhale : Questions d'actualité : La gestion sanitaire de la fièvre catarrhale génère très logiquement nombre de questions

Dr Didier GUERIN / La Creuse Agricole et Rurale

Pour les plus couramment rencontrées, La Creuse Agricole et Rurale a interrogé le Dr Didier Guérin, Directeur du Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois.

La Creuse Agricole et Rurale : Certains éleveurs se refusent à vacciner en raison des conséquences sur leurs troupeaux. Que peut-on craindre ?

Le Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois : Comme indiqué dans l'article du 06 février 2009, les implications observées dans les élevages sont dues à la maladie (contamination de l'animal par le virus qui provoque des symptômes). Ces effets sont conséquents en raison du pouvoir pathogène de ce virus, notamment sur la sphère génitale. Les vaccins fièvre catarrhale (vaccin tué et adjuvants déjà largement utilisés) n'ont induit que de « très rares incidences » comme l'indique l'Agence Nationale du Médicament Vétérinaire à savoir moins d'un animal vacciné sur 50.000 est susceptible de présenter un effet indésirable et moins d'un animal sur 200.000 est susceptible de mourir.

CAR : On constate sur plusieurs élevages que des éleveurs ayant vacciné des vaches gestantes ont eu des veaux « fous ». Peut-on expliquer ce phénomène et y a-t-il une relation de cause à effet ?

GDSCC : Comme indiqué précédemment, la naissance de veaux avec des malformations nerveuses est due au pouvoir pathogène du virus. Lors de la contamination d'une vache gestante par le virus de la fièvre catarrhale, un passage transplacentaire peut intervenir et contaminer le foetus. Soit il peut provoquer sa mort avec alors apparition d'avortements (multiplication par deux des avortements de juillet à septembre), soit il peut entrainer des troubles du développement cérébral (entre le 70ème et le 140ème jour de gestation). Les remontées des enquêtes en cours montrent un apport de la vaccination d'autant plus important que celle-ci a pu se dérouler tôt (notamment les 100.000 1ers animaux vaccinés dans la 1ère quinzaine de juin). Par la suite, la vaccination s'est effectuée dans des troupeaux avec une importante circulation virale d'où un effet limité.

CAR : Un collectif pour la liberté vaccinale a été constitué en Creuse. Ce collectif a-t-il une raison d'être ?

GDSCC : En matière d'efficacité sanitaire vis à vis de maladies concernant l'ensemble des cheptels d'une zone, l'action ne peut être que collective. C'est cette mobilisation de tous qui a permis l'éradication de « grandes maladies » depuis 50 ans (tuberculose, fièvre aphteuse, brucellose…) avec des prophylaxies médicales (vaccinations : brucellose en 1ère phase, fièvre aphteuse…) et sanitaires (dépistage, abattage…). Du fait de son impact clinique et commercial, la fièvre catarrhale demande une lutte collective. De plus, la pleine efficacité de la vaccination est conditionnée par sa généralisation. La liberté vaccinale ne peut se concevoir que dans le cadre d'une action volontaire qui ne remet pas en cause le travail collectif mené par la très grande majorité des éleveurs. Conscient de cette importance pour 2009, le Ministère de l'Agriculture, par arrêté ministériel du 04 novembre 2008, a rendu cette vaccination obligatoire contre les sérotypes 1 et 8 à partir du 15 décembre 2008. Cette vaccination concerne donc tous les éleveurs de bovins et d'ovins sans exclusive.

CAR : Les chevreuils sont cités comme potentiellement source de virus. Qu'en est-il en Creuse ?

GDSCC : Dans le cadre du suivi sanitaire de la faune sauvage creusoise, piloté par le groupe de travail composé de la DDSV23, du LDA d'Ajain, du GDSCC et de la Fédération Départementale des Chasseurs de la Creuse, les recherches prévues pour 2008/2009 sur les chevreuils étaient directement en relation avec l'actualité. Etant donné la possibilité de leur contamination par la fièvre catarrhale, le GDSCC avait programmé des prélèvements sur 200 individus sur l'ensemble du département (avec un gradient nord-est / sud-ouest) pour recherches virologiques et sérologiques de fièvre catarrhale. A ce jour, 195 chevreuils ont pu être analysés. L'ensemble des résultats virologiques et sérologiques s'avère négatif. D'autres études menées dans d'autres régions ont donné des résultats identiques.

CAR : Les éleveurs se plaignent à juste titre des changements permanents des règles de commercialisation. Pourquoi ces règles sont-elles modifiées en permanence ?

GDSCC : La fièvre catarrhale fait partie de la liste de l'OIE. Toute zone déclarée contaminée voit le commerce de ses animaux bloqué. Face à cette situation, des aménagements ont été mis en place en Europe et en France. Les animaux se trouvant en zone réglementée fièvre catarrhale BTV8 et indemne vaccinée BTV1 (cas de la Creuse) ne peuvent sortir pour aller en zone indemne que valablement vaccinés contre ces 2 sérotypes avec un délai minimum de 60 jours après la 2ème injection et issus de troupeaux vaccinés. Cependant, en période d'inactivité vectorielle, d'autres adaptations peuvent être mises en place. Elles prennent en compte les situations épidémiologiques et entomologiques des deux zones et nécessitent des accords bilatéraux entre les pays concernés d'où une certaine fluctuation dans les décisions.

CAR : Les conditions d'échanges avec l'Italie montrent une évolution positive

GDSCC : En effet, le 20 février, la DGAl a indiqué que les dispositions concernant les conditions d'échanges de bovins vers l'Italie sont dorénavant les suivantes. Un nouvel accord bilatéral définit les conditions d'expéditions des bovins, indépendantes des périodes d'inactivité vectorielle italienne ou française. Il prend effet à compter du lundi 23 février 2008. Ces dispositions sont donc valables sans limitation dans le temps et indiquent que les bovins de plus de 90 jours peuvent être expédiés sur le territoire italien s'ils ont été vaccinés contre les sérotypes 1 et 8 depuis au moins trente jours. Par ailleurs, compte tenu des derniers résultats de la surveillance entomologique sur le territoire italien, les autorités italiennes ont prolongé jusqu'au 27 février inclus la possibilité d'expédier des bovins de plus de 90 jours non-vaccinés ou non valablement vaccinés contre les sérotypes 1 et 8 de la FCO à destination des régions et provinces italiennes suivantes : région du Piemont (provinces de Verbiana, Novara, Asti, Cuneo, Alessandria, Torino, Vercelli), province autonome de Trentin, région du Frioul, région de Vénétie (provinces de Belluno, Verona, Vicenza, Treviso, Padova, Rovigo), région Emilie-Romagne (provinces de Piacenzia, Parma, Modena, Ferrara, Ravenna, région du Val d'Aoste.

CAR : Pour l'Espagne, cela reste sans changement jusqu'au 31 mars

GDSCC : Depuis le 22 janvier, un accord bilatéral entre la France et l'Espagne assouplit les conditions de circulation des bovins et des ovins entre les deux pays jusqu'au 31 mars 2009. Les mouvements de bovins et d'ovins issus de la zone vaccinale française préventive vis-à-vis du BTV1 (ZV1-8), où la circulation virale du sérotype 1 n'a pas été mise en évidence, vers l'ensemble du territoire espagnol, sont autorisés pour les bovins et ovins de moins de 90 jours sans condition particulière s'ils proviennent d'élevages vaccinés contre le sérotype 8 et pour les bovins et ovins de plus de 90 jours valablement vaccinés (deux injections de primovaccination réalisées) au moins pour le sérotype 8.

CAR : Les résultats de l'enquête démontrent bien des conséquences de la fièvre catarrhale sur les troupeaux creusois. Peut-on penser que ces mêmes incidences apparaitront l'an prochain ?

GDSCC : En 2008, nous avons subi de plein fouet l'épizootie sérotype 8. L'impact clinique a été conséquent avec des effets qui ne se découvrent que maintenant dans certains élevages. En 2009, nous serons au front de la progression du sérotype 1. La prescription majeure dans le cadre de la lutte contre une épizootie est la mise en place d'une vaccination généralisée avant la circulation virale. Ce qui n'a pas pu être pleinement réalisé en 2008, du fait de la disponibilité insuffisamment précoce des vaccins, peut être obtenu en 2009 avec une dotation vaccinale suffisante (les doses sont dorénavant disponibles en nombre suffisant) avant la reprise de l'activité vectorielle, source de circulation virale. Cela implique que pour une efficacité technique, sanitaire et, par conséquent, économique collective et individuelle, chacun s'engage dans cette vaccination généralisée même si les conditions de réalisation restent difficiles.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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