Fourrage/Changement climatique : Des besoins en stocks nettement augmentés à la fin de ce siècle

Sophie Bourgeois

Avec une saisonnalité modifiée de la pousse de l'herbe, les systèmes fourragers du futur se caractériseront par des besoins en stocks nettement plus importants.

Le changement climatique va modifier, plus que le rendement, le calendrier de la production des prairies. Avec une pousse de l'herbe plus précoce au printemps, plus tardive en automne-hiver, mais avec un creux estival très accentué sur une grande partie du territoire, les systèmes fourragers vont évoluer avec le climat. « Dans le futur proche (les années 2020-2046), les évolutions nécessaires pour s'adapter seraient assez marginales et ne rencontreraient pas de contraintes majeures. Elles sont plutôt positives. Par contre dans le futur lointain (les années 2070-2096), les modifications seraient de forte ampleur », résume Jean-Christophe Moreau de l'Institut de l'élevage.

Dans le futur proche

Dans le futur proche, la mise à l'herbe pourrait être un peu avancée et la rentrée en bâtiment pourrait être retardée. Les périodes de mise-bas et les épisodes de fortes pluies à l'automne affectant la portance des sols n'autoriseront cependant pas forcément à exploiter cette possibilité. Les besoins en stocks hivernaux seraient ainsi légèrement réduits dans toutes les régions. Pour s'adapter à la baisse de pousse estivale d'herbe, un accroissement de la surface mise à disposition des animaux serait nécessaire. Cela sous-entend d'avoir augmenté les surfaces récoltées en premier cycle au détriment des surfaces récoltées en deuxième cycle. Il faudrait aussi distribuer des stocks en été, dans l'Ouest notamment, pour s'adapter à une baisse plus importante de la pousse estivale de l'herbe. « Finalement, le chargement pourrait être augmenté d'environ 10 % en maintenant la contribution du pâturage. »

Des Pays de la Loire à la Lorraine, des systèmes pourraient se retrouver à la fin du siècle dans une configuration proche de ceux du Sud-Ouest aujourd'hui, sans pâture estivale. (F. d'Alteroche)

Des Pays de la Loire à la Lorraine, des systèmes pourraient se retrouver à la fin du siècle dans une configuration proche de ceux du Sud-Ouest aujourd'hui, sans pâture estivale. (F. d'Alteroche)

 

Dans le futur lointain

Par contre dans le futur lointain, les changements nécessaires dans le système fourrager seraient nettement défavorables. Le niveau de chargement actuel ne pourrait pas être conservé sans valorisation de la pousse hivernale ou introduction de fourrages annuels plus résistants aux sécheresses estivales. Si la mise à l'herbe serait alors avancée d'une à trois semaines, et la rentrée des animaux retardée jusqu'à un mois (de manière sujette aux aléas), la durée de pâturage ramenée à l'année se retrouverait réduite par rapport à aujourd'hui. En effet, l'arrêt de la pousse estivale de l'herbe concernerait pratiquement toutes les régions, de façon plus ou moins longue ou sévère et il faudrait distribuer des fourrages conservés aux animaux pendant cette période. « La quantité des stocks à distribuer en été deviendrait dans de nombreux systèmes, supérieure à celle à distribuer en hiver », explique l'ingénieur.
D'autre part, pour se protéger d'événements climatiques à fort impact sur les ressources fourragères, amenés à devenir plus fréquents, la plupart des systèmes devraient constituer des stocks de sécurité bien supérieurs à ceux d'aujourd'hui. À cette époque, il serait cependant possible dans une grande partie du pays de cultiver du maïs à double fin, récolté en grain ou ensilé selon le déroulement de la saison. Un moyen efficace de sécurisation. L'introduction de la luzerne comme deuxième fourrage de stock serait judicieux pratiquement partout en France. Même avec cette sécurisation des systèmes fourragers, les enjeux seraient encore renforçés sur les récoltes de prairies en premier cycle.

Beaucoup de stocks à distribuer en été

Il sera essentiel de faire beaucoup de fauche précoce et de très bien gérer la pousse de printemps, plus aléatoire et plus rapide qu'aujourd'hui. « Ceci renvoie aux outils de gestion des prairies par la mesure des hauteurs d'herbe, plus ou moins couplée à des modèles de pousse. Il s'agit aussi d'améliorer, par la diversité floristique au sein d'une parcelle ou bien d'une parcelle à l'autre, la souplesse d'exploitation des prairies », poursuit Jean-Christophe Moreau.
Ces évolutions de la flore à organiser pourrait permettre d'étaler le pic de pousse. Disposer de plusieurs chaînes de récolte (enrubannage, foin précoce, ensilage brins courts) pourrait aussi permettre d'augmenter ses chances d'intervenir à temps.

Un potentiel de pousse hivernale

Surtout dans l'Ouest, le niveau de production au coeur de l'hiver pourrait permettre le pâturage hivernal d'animaux à besoins modérés. Cette pousse pourrait représenter 15 % de la pousse annuelle. « Le mode d'emploi du pâturage hivernal reste à affiner pour ne pas dégrader les couverts et sa faisabilité demeurera aléatoire d'une année à l'autre, à cause de grands froids ou de pluies importantes. Mais il y a là une opportunité à saisir. » La technique des stocks sur pied devrait aussi être modifiée, du fait que la sénescence en fin de printemps serait accélérée. Des progrès génétiques attendus sur les prairies temporaires pourraient être d'un grand secours. Ils portent sur la pérennité sous forte contrainte (canicules accompagnées d'une forte sécheresse), la souplesse d'exploitation, et si possible le maintien de la MAT. « Peut-être faudra-t-il aussi songer à des espèces nouvelles comme la Chicorée, le Plantain fourrager. » Pour les systèmes les plus intensifs de l'Ouest, les couverts hivernaux pâturables (seigle, triticale, RGI) entre deux maïs pourraient voir leur intérêt relancé. La betterave fourragère ne manque aussi pas d'atouts. Le sorgho ensilé pourrait aussi se développer en précisant dans quelles conditions il se substitue favorablement au maïs.

Dans les systèmes Limousins et Charolais, il faudra peut-être modifier les périodes de vêlage pour les faire coïncider avec les fortes pousses d'herbe. Cela aboutirait à la production de broutards en début d'été, avec toutes les modifications que cela comprend. Des besoins en bâtiment (ou zone d'affourragement) pour l'été, vont aussi émerger, avec à la clé des volumes d'effluents fortement augmentés. L'engraissement à l'herbe, par exemple de boeufs de 3 ans, deviendrait très difficile. Et bien sûr, la liste des autres éléments qui jouent sur l'organisation des systèmes fourragers est longue : la PAC, la gestion des ressources en eau, le coût des intrants, la place des OGM dans les systèmes de production…

Source Réussir Bovins Viande Décembre 2009

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