Hervé Vasseur, président de l'Afab Ouest* : Nous lissons à la hausse comme à la baisse les prix des matières premières »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

Hervé Vasseur, président de l'Afab Ouest* : Nous lissons à la hausse comme à la baisse les prix des matières premières »

Les prix de l'aliment du bétail sont connectés aux marchés mondiaux des matières premières, et donc à leur volatilité. Mais à travers les mécanismes d'achat sur les marchés à terme qui lissent les évolutions. Les éleveurs s'impatientent de voir la baisse des cours des céréales être répercutée sur les tarifs des aliments du bétail.

Quelles sont les facteurs qui expliquent la formation des prix en ce moment ?

A noter que les prix d'aliment que nous constatons en Bretagne ont baissé depuis le début d'année, donc bien avant l'arrivée de la nouvelle récolte de céréales. Les prix des matières premières sont tributaires des marchés mondiaux et connaissent depuis déjà plusieurs années une grande volatilité. Or pour un aliment bovin, l'achat des matières premières représentent environ 80 % du prix de revient. Les 20 % restants correspondent aux coûts de fabrication, transport, formulation, qualité et services techniques, recherche… et restent donc propres aux capacités et aux stratégies de chaque entreprise.
Les fabricants d'aliments sont organisés avec des systèmes permettant de lisser au mieux les évolutions des cours des matières premières, en faisant des achats sur des marchés à terme. Les tarifications des aliments aux éleveurs sont revues régulièrement (chaque mois ou plus selon les cas) en fonction des coûts de production des entreprises. Ainsi, quand les cours des matières premières augmentent, nous ne le répercutons pas immédiatement sur les tarifs. Dans l'autre sens, cela fonctionne de la même façon. Mais nous devons être meilleurs que la moyenne des marchés.

Y a-t-il des solutions pour s'affranchir de la volatilité des cours des matières premières ?

L'évolution en ce moment du prix du pétrole relance l'intérêt de triturer blé, maïs et colza pour produire de l'éthanol et du diester. Les coproduits issus de cette industrie des biocarburants peuvent entrer dans les usines à des prix modérés. Les fabricants d'aliments bretons disposent déjà d'opportunités d'approvisionnements compétitifs en coproduits auprès des usines de bioéthanol et de celle de trituration de colza de Montoir.
Pouvoir formuler les aliments bovins à partir de sept ou huit sources de protéines différentes et complémentaires, selon les opportunités du moment, donne de la robustesse aux formules d'aliments. Ceci sera profitable en particulier pour la formulation des aliments pour bovins à 15-30 % de protéines, et dans une moindre mesure pour les aliments à 30-35 % de protéines. Pour les correcteurs azotés à plus de 42-45 % de protéines par contre, les alternatives techniques au tourteau de soja sont plus limitées.
D'autre part, après la mauvaise récolte argentine en soja, les meilleures récoltes nord-américaines cet automne devraient permettre une détente des cours. Cela permet donc de présager une baisse du prix des protéines dès la fin d'année et plus encore au printemps prochain avec l'arrivée des récoltes sud-américaines.

En période de crise lait et viande, quelle stratégie les fabricants d'aliments vont-ils adopter ?

Les aliments pour vaches laitières sont le plus touchés par la baisse des tonnages. Sur les huit premiers mois de l'année, la production est en baisse de 20 % en Bretagne. En bovins viande, la baisse des tonnages est moindre, mais reste importante, à -15 %. A noter que la comparaison est faite par rapport à 2008 où la croissance était supérieure à 25 % !
Au-delà de ces situations de crises propres à l'année 2009, nous savons que le pic des tonnages totaux a été atteint dans les années 2000. Les volumes volailles et depuis peu porc sont en baisse, en bovins les volumes augmentent régulièrement depuis plus de 20 ans, sauf cette année… Pour s'adapter à ce contexte, les entreprises s'engagent, de façon raisonnée, dans des concentrations dans le métier. La « recherche et développement », à l'écoute permanente des besoins du terrain et engageant des moyens très importants, est l'autre clé principale pour fournir des aliments toujours plus performants et… au moindre coût.

*. Président de l'Association des fabricants d'aliments du bétail de l'Ouest qui regroupe 22 entreprises pour 47 usines, aussi bien privées que du secteur coopératif, produisant près de la moitié de la production nationale (toutes espèces confondues).
La production d'aliment pour bovins viande représente 100 000 tonnes sur les 850 000 tonnes d'aliments au total pour ruminants.
. Directeur de Cecaliment, filiale Nutrition Animale de la Cecab, basée dans le Morbihan.
. Président de Feedsim Avenir, association visant à mieux comprendre et anticiper les évolutions des marchés des matières premières.

Source Réussir Bovins Viande Octobre 2009

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