Jean-François Deglorie, animateur technique de la Commission Bio d'Interbev : Nous devons préparer la croissance du bio dès maintenant »

Propos recueillis par Sophie Bourgeois

Suite à la vague de conversions, un nombre important de bovins intègreront la filière bio à partir de fin 2010. Il est capital pour tous les éleveurs de préparer cette phase de croissance.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux éleveurs bio ?

Il est très important qu'au moins six mois avant la sortie de leurs premiers animaux certifiés bio, les éleveurs qui arrivent en fin de conversion se préoccupent de leur mise en marché. À partir de la fin 2010, et surtout au premier semestre 2011, il y aura une croissance du cheptel bio importante et une vague d'arrivée de réformes laitières sur le marché. Les volumes d'animaux allaitants suivront avec un petit décalage dans le temps. Le phénomène sera encore amplifié par le fait que les éleveurs attendent souvent leur certification pour réformer davantage que les autres années. Cette croissance se poursuivra encore très probablement sur 2012, car les conversions se poursuivent à bon rythme en ce début d'année 2010.

Toutes les viandes sont-elles concernées de la même façon ?

Les éleveurs en particulier laitiers qui arrivent en fin de conversion doivent se renseigner sur les structures qui existent pour la commercialisation de leurs vaches de réforme. Ils ne doivent pas négliger la valorisation de leur production de viande. Les choix sont vastes puisque 70 % des animaux sont commercialisés en bio aujourd'hui par des structures économiques d'éleveurs (coopératives, associations). De nombreux abatteurs et négociants en bestiaux ont développé une activité bio sur le territoire français. En ovins, le message est aussi important mais il s'agit autant d'un problème de planification que de volumes. Pour le porc, le message est aussi à ne pas négliger. Mais il y a une organisation importante de filière et les conversions, nombreuses depuis 2009, doivent être validées par la filière et répondre à une réelle demande commerciale finale.

Comment pressentez-vous le déroulement de cette fin d'année 2010 ? Le marché permettra-t-il une bonne valorisation de tous les types et catégories de bovins ?

Il y aura une tension du marché, et les marges seront chahutées. Tout l'enjeu est de disposer de suffisamment de production pour répondre aux besoins, mais de ne pas trop en avoir non plus, pour pouvoir s'affirmer. Mais cela ne se présente pas mal. La filière bio représente toujours des volumes très limités, avec au maximum 1,5 % du marché national en bovins et moins de 1 % en porcs. Et le marché est en croissance dans tous les secteurs : toute la grande distribution développe des gammes bio — dont la viande — les magasins spécialisés bio s'agrandissent et commencent à développer des rayons boucherie plus attractifs, et la restauration collective, moyennant la capacité à gérer l'équilibre matière, a un gros potentiel d'écoulement. Nous avons de belles perspectives aussi avec la restauration commerciale, un secteur où l'offre bio est très rare et où tout reste à faire. De plus, il ne faut pas s'interdire les possibilités d'accords pour dégager des volumes si besoin dans les pays voisins, où la dynamique de production est en décalage avec la nôtre. Ceci a encore été peu réalisé pour la viande mais devrait être envisageable.

La situation se présente-t-elle comme la « crise de croissance » de la filière bio de 2003 ?

En 2002-2003, nous avons été dépassés par l'augmentation de production avec la vague de conversions qui a suivi les CTE. Les cours ont baissé, les animaux partaient avec des délais importants, et ceci au détriment en partie des producteurs. Aujourd'hui, nous avons beaucoup avancé sur la professionnalisation de la filière, avec de plus en plus d'organisations de producteurs, de transformateurs et de distributeurs. Les éleveurs doivent saisir leur chance en se faisant connaître auprès de ces organismes.

Source Réussir Bovins Viande Mai 2010

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