Journée GDS Creuse / GTV 23 : Fièvre catarrhale. Epidémiologie, impacts, vaccination et stratégies de maîtrise

Marien BATAILLE

Lors de la 11ème journée annuelle, la matinée a été consacrée à la fièvre catarrhale chez les bovins, ses impacts, sa vaccination, son épidémiologie et ses stratégies de maîtrise.

La 11ème journée annuelle GDS Creuse/GTV23 destinée à l'ensemble des vétérinaires exerçant en Creuse s'est déroulée le 09 novembre 2010 avec à son menu la fièvre catarrhale et les déséquilibres sanitaires. Au cours de la matinée, Christine Fourichon, Professeur à l'Ecole Vétérinaire de Nantes s'est penchée sur la fièvre catarrhale avec :
• Un bilan en matière d'effets de l'infection par le sérotype 8 sur les performances.
• Une synthèse sur les effets potentiels de la vaccination, tant en matière de protection que d'effets secondaires.
• Un point épidémiologique.
• Une approche de la stratégie de maîtrise pour les années à venir.
Françoise Letellier, inspecteur de la santé publique vétérinaire du service santé animale de la DDCSPP a fait le point sur les obligations réglementaires concernant la fièvre catarrhale et la circulation des animaux. Enfin, Cédric Dézier, du laboratoire Merial, a présenté les conditions d'utilisation des vaccins. Sont exposés dans cet article les points principaux en relation directe avec la gestion de cette maladie dans les élevages.

Une épizootie, un traitement en urgence par une vaccination massive

La fièvre catarrhale est une maladie infectieuse due à un virus qui infecte les ruminants et qui se transmet par des insectes piqueurs, moucherons ou culicoïdes. Le virus fièvre catarrhale, sérotype 8, présente la capacité de contaminer le foetus par transmission transplacentaire. Il est apparu en août 2006 en Europe du nord avec une progression constante jusqu'en 2008 avec plus de 33.000 foyers recensés en France. Avec la mise en place d'une campagne de vaccination volontaire massive courant 2008 et de deux campagnes de vaccination obligatoire en 2009 et 2010, la situation épidémiologique s'est largement améliorée avec 83 foyers en 2009 et seul un foyer recensé en 2010.

Des impacts sanitaires, donc économiques, importants

Alors que classiquement la fièvre catarrhale ovine n'entrainait des conséquences cliniques que chez les ovins (d'où sa dénomination), le sérotype 8 a montré un effet clinique marqué chez les bovins. Les conséquences de la contamination par la fièvre catarrhale peuvent se scinder en trois phases. Au départ, l'atteinte des muqueuses les plus sensibles (nasales buccales, oculaires et podales), la phase suivante découle directement de l'atteinte clinique des animaux avec de l'amaigrissement, des chutes de production et enfin un impact important sur la sphère génitale. Cela se traduit, pour les mâles, par une infécondité passagère ou définitive et pour les femelles, par un doublement du nombre d'avortements, une augmentation du nombre de mort-nés et de mortalités jusqu'à 90 jours, une forte baisse des naissances (près de 12.000 veaux en moins pour la campagne 2008/2009 en Creuse), cinq fois plus de retours en chaleur et des veaux malformés.

Une vaccination particulièrement efficace

Le rôle premier d'une vaccination est un rôle de protection contre l'infection, la transmission du virus de la mère au foetus pendant la gestation, les signes cliniques et les pertes de performances. Les campagnes de vaccination menées depuis 2008 ont montré une efficacité particulièrement importante tant en France qu'en Europe où le nombre de foyers recensés est passé de plus 60.000 au pic en 2008 à une centaine en 2010.
Côté impact négatif, quelques rares effets secondaires ont été mis en évidence. Les remontées de pharmacovigilance mettent en avant trois types de réaction : les chocs et mortalités qui se sont avérés extrêmement rares (1 cas pour 200.000 animaux vaccinés) comme les avortements et quelques rares réactions locales au site d'injection liées en particulier au vaccin demandant une injection intramusculaire. Pour les mortalités, rappelons que GDS Creuse a pris en charge celles-ci lorsque la conclusion de l'agence nationale du médicament vétérinaire a indiqué un lien possible ou probable entre la vaccination et la mortalité observée.

Un effet de la vaccination sur la fertilité « faible, non décelable »

De nombreuses remontées sont intervenues sur l'éventuel effet de la vaccination sur les résultats de fertilité. Face à cette situation, des études ont été mise en place en élevage laitier et allaitant. Les conclusions pour l'étude vaches laitières viennent d'être disponibles, celles pour les vaches allaitantes vont l'être prochainement. Pour les vaches laitières, l'Ecole Vétérinaire de Nantes et l'INRA ont comparé la fertilité de vaches vaccinées et non-vaccinées dans 3.360 troupeaux bretons non-exposés aux virus fièvre catarrhale, sérotypes 1 et 8 en 2008. Il apparait un non-effet de la vaccination en matière de dégradation de la fertilité des vaches sauf lorsque la 2ème injection de vaccin est intervenue dans la semaine suivant l'insémination, il a été observé alors une augmentation de 4,4% de retours réguliers. L'Ecole Vétérinaire de Nantes et l'INRA concluent que l'effet de la vaccination sur la fertilité est « globalement faible et non-décelable ». Ils recommandent d'éviter de faire la 2ème injection de vaccin dans la semaine qui suit l'insémination lorsqu'un grand nombre d'animaux est concerné (synchronisation, vêlages très groupés). Pour la monte naturelle, il est recommandé d'éviter la vaccination des taureaux dans les deux mois précédant la mise à la reproduction.

Une campagne de vaccination volontaire

Depuis le 02 novembre, la vaccination volontaire est à la responsabilité de chaque éleveur. La réalisation de cette vaccination peut se faire par l'éleveur ou le vétérinaire pour le cheptel de souche. Ceci rentre dans le cadre de la relation habituelle éleveur/vétérinaire traitant dans la mise en place du bilan sanitaire volontaire avec le protocole de soins et le carnet sanitaire. Concernant les animaux destinés aux exportations, la réglementation reste régie par le règlement européen qui demande un animal vacciné issu d'un cheptel vacciné avec une certification vétérinaire. Egalement, les tarifs ne sont plus déterminés en commission bipartite et cette vaccination (actes + vaccins) est à la charge de l'éleveur.

Des protocoles bilatéraux avec l'Espagne et l'Italie

Des protocoles bilatéraux permettent d'alléger les exigences réglementaires. Vers l'Italie, seule la certification de l'animal vacciné est nécessaire et pour l'Espagne, aucune vaccination ne sera demandée à partir du 1er janvier 2011. Il ne faut cependant pas occulter le fait que ces protocoles bilatéraux peuvent être remis en cause à tout moment en fonction, notamment, d'éléments épidémiologiques.

Etre volontaire dans la vaccination

L'objectif 2011 est de maintenir une couverture vaccinale. L'enjeu sanitaire est d'avoir un haut niveau de protection afin de bénéficier des acquis (seul rappel pour les vaccinés) et d'éviter la recrudescence de la maladie avec les conséquences cliniques pouvant être associées. L'ANSES (ex AFSSA) et les organisations professionnelles (GDS France, FNB, FNO…) encouragent à la poursuite massive de cette vaccination tant pour des raisons sanitaires que commerciales.
La fièvre catarrhale est un phénomène épizootique non-connu depuis 50 ans entraînant un fort impact sanitaire et commercial. Sa gestion en urgence nécessitait une vaccination de masse qui est à poursuivre pour éviter une réapparition de la circulation virale.
Pour plus de renseignements et afin de vous déterminer en toute connaissance de cause, contactez votre vétérinaire ou GDS Creuse.

Source Groupement de Défense Sanitaire de la Creuse

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