L’adaptation au changement climatique est en marche pour les systèmes fourragers

Sophie Bourgeois - Réussir Bovins Viande Mai 2013

L’adaptation au changement climatique est en marche pour les systèmes fourragers
Dans les prochaines décades, le recours aux stocks serait accru pendant l’été et réduit pendant l’hiver. La constitution de stocks de sécurité plus importants qu’actuellement serait nécessaire. © P. Cronenberger

L’Association française de production fourragère a consacré deux journées aux conséquences du changement climatique sur les systèmes fourragers. À l’horizon 2050, des opportunités pourraient se présenter. Mais le futur plus lointain recèle beaucoup d’incertitudes.

« Le changement climatique affecte déjà les productions et l’adaptation des élevages est en cours », constatait Philippe Gate, directeur scientifique d’Arvalis Institut du végétal, lors des journées organisées en mars par l’Association française de production fourragère, sur le thème du changement climatique. L’année 2003 a eu l’effet d’un électrochoc, puis les années 2005, 2006, 2010 et la première moitié de 2011 ont conduit les éleveurs à entamer une adaptation structurelle des systèmes fourragers. Pour les accompagner dans cette démarche, plusieurs études utilisant différents modèles ont été conduites en France ces dernières années. Elles s’accordent pour prédire pour les prochaines décades une avance du printemps, le développement d’une production durant l’hiver, et une baisse de la pluviométrie au printemps et en été. Globalement sur l’année, la production de matière sèche à l’hectare progresserait, principalement à cause des effets positifs de l’enrichissement de l’air en CO2 qui réduit la transpiration des plantes. « Le rendement serait augmenté au départ en végétation et en dernière exploitation. D’autre part une forte baisse de production serait observée en fin de printemps et début d’été », résume Jean-Christophe Moreau de l’Institut de l’élevage. Des événements climatiques extrêmes comme la sécheresse, mais aussi la neige et la pluie, seront plus fréquents.

L’éleveur pourrait avoir besoin de stocks de sécurité un an sur deux

Et la variabilité d’une année à l’autre sera plus importante. Pour s’adapter, les éleveurs pourront développer l’utilisation d’espèces résistantes au sec, les cultures à double fin (fourrage et grains) et les intercultures. Le recours aux stocks serait accru pendant l’été et réduit pendant l’hiver. La constitution de stocks de sécurité plus importants qu’actuellement serait nécessaire et l’éleveur pourrait en avoir besoin une année sur deux. Des modélisations (logiciels de simulation) fonctionnent déjà à l’échelle de l’exploitation au stade de la recherche. Elles permettent de réfléchir à des adaptations possibles du fonctionnement de l’élevage. C’est aussi le cas du rami fourrager, un jeu de plateau développé par l’Inra destiné aux éleveurs et aux techniciens, pour concevoir collectivement des systèmes fourragers.
Les différents scénarios climatiques tendent à prévoir une plus grande diversité entre les régions de France que celle que l’on connaît actuellement. Certaines profiteraient d’opportunités climatiques, et d’autres seraient contraintes de trouver des compensations. « Ceci plaide pour une conception régionalisée des politiques publiques, qui pourraient prendre la forme d’une mosaïque de solutions, selon Clément Villien du ministère de l’Agriculture. L’irrigation est souvent l’une des solutions d’adaptation la plus évidente et les tensions, qui sont déjà là pour la gestion de la ressource, seront forcément exacerbées. »
Pour le futur lointain, vers les années 2080, le tableau est beaucoup plus incertain, mais aussi beaucoup moins rassurant. « À long terme, les effets négatifs de l’augmentation de température et de l’évapotranspiration risquent de dominer les effets positifs du CO2, et de provoquer une diminution globale de production », résume Françoise Ruget de l’Inra d’Avignon. Les diminutions de production pourraient suivre les diminutions de précipitations qui toucheront plus ou moins tôt les régions.

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La variabilité sera plus importante d’une année sur l’autre

Les différents scénarios du Giec aboutissent à un réchauffement induit à l’horizon 2100 variant de 1,8 °C à 4 °C de moyenne. Mais c’est bien cette dernière option qui se profile. Et de grosses incertitudes demeurent, notamment sur le plan de la physiologie végétale. La température va raccourcir le cycle des plantes, mais de façon plus ou moins forte selon les espèces. Dans les nouvelles conditions de température, richesse en CO2 de l’air, et disponibilité en eau, comment les bourgeons, les nodosités des légumineuses, etc., fonctionneront-ils ? Et quel impact auront ces nouvelles conditions sur les ravageurs ? « On est au début de la recherche sur le changement climatique, estime Philippe Merot, de l’Inra de Rennes. Et il ne faudrait pas en oublier que la première mesure d’adaptation est de rester mobilisé pour lutter contre le réchauffement climatique. »

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