L’engraissement en Italie se tasse et se concentre

François d’Alteroche - Réussir Bovins Viande Octobre 2011

(F. d'Alteroche)
« Les évolutions tendancielles du marché italien pour le maigre français doivent inciter à élargir le portefeuille clients en trouvant de nouveaux débouchés. »

Marqué par une tendance à la concentration et au tassement des volumes, les évolutions de l’engraissement en Italie se répercutent sur le marché du maigre. Un peu fébrile depuis les épisodes FCO, ce marché évolue. Sans parler d’effondrement, une érosion serait à prévoir.

Pour en savoir plus

L’engraissement  en Italie se tasse  et se concentre

Voir dossier de Réussir Bovins Viande d'octobre 2011. (RBV n° 186, p. 16 à 37)

Incontournable, mais surtout indispensable ! L’an dernier, le débouché italien a concerné pour la France un peu plus de 1,2 million de bovins vivants, répartis entre les taurillons gras, les broutards et laitonnes à engraisser et les petits veaux issus du troupeau laitier. Chiffres auxquels se rajoutent un peu moins de 100 000 tonnes (équivalent carcasse) de viande bovine. Contrairement à la France où une grosse partie de l’engraissement de taurillons se situe dans les zones bocagères du Grand Ouest où domine la polyculture élevage, l’essentiel des ateliers italiens est dans les zones à très fort potentiel agronomique, où l’eau, la chaleur et les sols fertiles permettent au maïs d’exprimer tout son potentiel. C’est un peu comme si en France, les unités d’engraissement étaient presque exclusivement situées dans nos riches terres céréalières (Bassin parisien, plaines de la Limagne et de la Garonne…), là où l’on obtient les plus forts rendements pour les productions végétales et donc les rations potentiellement les moins onéreuses.

Ralentissement de l’activité

D’après une étude(1) récemment publiée par le Groupe économie du bétail de l’Institut de l’élevage, la météo ne serait plus au beau fixe pour ces exportations, en particulier pour le flux de broutards. Quand on fait le bilan de toutes les nouvelles contraintes pesant sur les engraisseurs (hausse du coût alimentaire, réduction des marges, pression foncière, directive nitrate, concurrence croissante des viandes importées…) et de la lente diminution du cheptel reproducteur italien, beaucoup d’indicateurs vont dans le sens d’un ralentissement de l’activité. « Bien des petits engraisseurs mettent la clef sous la porte et leurs places d’engraissement ne sont pas reprises en totalité par ceux qui poursuivent. Par ailleurs, dans les grands ateliers, les engraisseurs cherchent à diversifier leurs revenus, parfois au détriment du nombre d’animaux engraissés (production de biogaz). La FCO a certes perturbé fortement les échanges en 2007 et 2008, mais au-delà de cet épisode conjoncturel, l’analyse des différents maillons de la filière montre que l’engraissement italien est mis à rude épreuve et que, sans parler d’effondrement, une érosion est à prévoir », confirme l’Institut de l’élevage.
Cette tendance à la détérioration du taux d’auto-approvisionnement du pays génère un recours accru aux importations de viande venant principalement de France, d’Allemagne, des Pays-Bas, de Pologne et d’Amérique latine.
Alors, l’activité d’engraissement dans les fermes italiennes est-elle véritablement à un tournant ? L’intitulé du rapport de l’Institut « Un débouché clef menacé » semble le confirmer. En donnant ce titre, Mélanie Richard, l’un des co-auteurs de ce document reconnaît que le trait a peut-être été un peu forcé et que la présence d’un point d’interrogation n’aurait pas été mal venu.

Nouvelle stratégie de la grande distribution

Une certitude cependant, l’évolution de la stratégie des distributeurs et en particulier des enseignes de la grande distribution aura un rôle clé. « Face aux évolutions de la demande et à l’éloignement de la crise ESB, les distributeurs font évoluer leur stratégie d’approvisionnement et de segmentation du rayon viande. La large place laissée jusqu’alors au cœur de gamme, essentiellement occupée par les taurillons nés en France et engraissés en Italie, se réduit au profit du développement des segments premier prix et haut de gamme. » Dans ces conditions, la réduction du nombre de JB produits dans les ateliers italiens n’est-elle pas d’abord et surtout une formidable opportunité pour développer l’engraissement sur le territoire français afin d’exporter ensuite des camions de viande finie en lieu et place des camions de broutards ? L’équation n’est pas si simple.

* Le Marché de la viande bovine en Italie, Un débouché clef menacé, dossier réalisé par le département économie de l’Institut de l’élevage. Document disponible auprès de l’Institut de l’élevage, téléchargeable sur son site internet, www.idele.fr

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