L'illustration par deux exemples : Le veau, de l'individu au troupeau. Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire (4)

Dr Didier GUERIN

L'hiver 2007/2008 et le suivi des élevages dans le cadre du plan diarrhées creusois représentent des exemples riches d'enseignements quant à l'impact sur la santé d'insuffisances alimentaires et la démarche d'intervention en élevage à mettre en place.

L'hiver 2007/2008 et le plan diarrhée creusois illustrent le facteur de risque que peut représenter l'alimentation dans ses différentes composantes, tant en matière de fonctionnement ruminal que de couverture des besoins.

L'hiver 2007/2008 marqué par une mortalité adulte significativement augmentée

Les faits marquants pour l'hiver 2007/2008 ont été une augmentation notable de la mortalité chez les adultes avec des mortalités brutales et des tétanies en nombre. Les répercussions sur le postpartum à court et moyen termes ont été importantes (implication sur les veaux et sur la reproduction). Les élevages concernés ne présentaient pas de caractéristiques spécifiques. Nombre d'entre eux possédaient des troupeaux de bonne qualité avec des animaux habituellement bien nourris et sans problèmes particuliers.

Une focalisation sur les oligoéléments, une non-observation du manque d'état

Ce qui m'a marqué lorsque je suis intervenu chez certains en relation avec leur vétérinaire, c'est qu'ils indiquaient que la ration était identique aux années précédentes, que les animaux leur paraissaient dans un état d'entretien correct même s'ils l'étaient un peu moins que d'habitude. Ils étaient conscients que la qualité des fourrages n'était pas exceptionnelle mais leur semblait moyenne, moins catastrophique que ce à quoi ils s'attendaient ; d'ailleurs, les analyses de foins effectuées par la Chambre d'Agriculture leur avaient confirmé la qualité moyenne des fourrages. La focalisation des préoccupations alimentaires pour leurs animaux persistait sur le secteur des oligoéléments. Les vaches présentaient un état rebondi de l'abdomen avec des creux des flancs remplis de manière trop importante. A l'examen plus rapproché, on notait un état d'engraissement insuffisant, une fonte des masses musculaires.

Une ration fibreuse et pauvre entraînant amaigrissement et tétanies

Cette problématique, observée au cours de cet hiver 2007/2008 peut s'expliquer ainsi :
• Les foins obtenus dans les conditions difficiles de l'été 2007 présentaient un taux de fibres élevé avec une lignification importante. Le transit ruminal s'est retrouvé ralenti à cause de la faible digestibilité de la ration, phénomène aggravé par la très faible concentration azotée de certains de ces foins. Les animaux présentaient une panse pleinement remplie avec une importante masse solide repérable à la succution. L'ingestion était moins importante avec une ration présentant une concentration en nutriments diminuée. Cela a impliqué un prélèvement sur les réserves énergétiques (graisse, donc amaigrissement) et azotées (muscle, donc fonte musculaire).
• Cette ration très fibreuse et ligneuse a augmenté la salivation entraînant des pH ruminaux élevés. Elle manquait de sucres et d'azote soluble. Ces facteurs entrainent des baisses conséquentes d'absorption du magnésium. L'insuffisance énergétique a entraîné un amaigrissement donc une lipomobilisation, facteur de piégeage du magnésium et, donc, de baisse de la distribution de cet élément. Tout ceci a entrainé des tétanies en nombre dont certaines avec des symptômes suraigus.

Une observation des animaux primordiale

Les éléments essentiels qui en ressortent peuvent être les suivants :
• L'observation de l'état des animaux et de la réplétion ruminale reste primordiale et est à renforcer face à toute ration pouvant être à risques. Parallèlement, le relevé de la réelle quantité consommée est nécessaire face à toute alerte.
• La première préoccupation concerne les grands équilibres : quantité consommée, équilibres énergétiques et azotés, viennent ensuite les macroéléments, enfin les oligoéléments.
• Face à cette situation, la première urgence consistait à apporter des sucres et de l'azote soluble et renforcer la complémentation en macroéléments.

 

Le plan diarrhée creusois, illustration de la problématique oligoéléments

En raison de l'impact économique persistant des diarrhées néonatales en élevage allaitant, de l'agrandissement des cheptels pouvant aggraver l'impact économique de cette pathologie contagieuse, le GDSCC, en concertation avec le GTV 23, a décidé de proposer un plan départemental collectif de lutte et de prévention contre les diarrhées néonatales en 2003. Il explore les facteurs infectieux, le transfert immunitaire et le statut nutritionnel du troupeau, en particulier vis à vis des oligo-éléments, avec un volet d'aide financière. Une démarche diagnostique du troupeau basée sur ces trois éléments concrets débouche sur un plan élaboré en pleine concertation avec l'éleveur.

Le facteur de risque « alimentation » présent de façon constante

Parmi les cinq domaines de risques (alimentation, bâtiments, relation mère/produit, gestion du troupeau et statut immunitaire), l'analyse des premières années de mise en place montre que la composante nutritionnelle s'avère présente de façon constante comme facteur de risque et doit être prise en compte de façon spécifique et systématique. On observe une situation de carences plus accentuées dans les élevages confrontés à des atteintes de diarrhées néonatales par rapport à un pool d'élevages moins concernés par cette problématique. Cela confirme l'impact des carences d'oligo-éléments sur le système immunitaire de manière directe ou indirecte. D'autre part, pour les élevages qui ont mis en place une complémentation spécifique, la situation s'est largement améliorée. Pour les différents éléments, la situation ne s'avère pas identique. Pour le cuivre et le zinc, les carences observées se situent à la limite du seuil minimal et découlent essentiellement de non-distribution suffisante d'AMV (aliment minéral et vitaminé) d'un point de vue général. Par contre, les carences sont beaucoup plus lourdes en sélénium et contrastées en iode. Cela demande un diagnostic et une complémentation spécifique, notamment du fait de l'interférence entre ces deux éléments.

A suivre, une synthèse des recommandations et la démarche d'intervention dans son élevage

A partir des données et des illustrations apportées précédemment, seront explicitées dans les prochains articles une synthèse des recommandations ainsi que la démarche d'intervention en élevage.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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