La faune sauvage sous surveillance pour prévenir la tuberculose bovine

François d’Alteroche - Réussir Bovins Viande - Mai 2012

La faune sauvage sous surveillance pour prévenir la tuberculose bovine
Cerfs, sangliers et surtout blaireaux sont les trois principales espèces de la faune sauvage susceptibles de constituer des « réservoirs » à Mycobactérium bovis. © René Canta/Inra

Après l’avoir contractée auprès de bovins contaminés, blaireaux, sangliers et cerfs sont susceptibles de constituer des « réservoirs » pour la bactérie responsable de la tuberculose bovine.

La faune sauvage est-elle la seule responsable de la recrudescence du nombre de cas de tuberculose constatée dans les cheptels bovins français ces dernières années ? La réponse est clairement non. Ces animaux ont-ils un rôle dans le maintien de cette maladie dans les zones qui ont été concernées par cette pathologie ? La réponse est clairement oui. « Les bovins sont les premiers réservoirs de la tuberculose à Mycobactérium bovis, et les actions de contrôle de la maladie doivent concerner les élevages en premier lieu », explique l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) dans un récent rapport consacré au rôle de la faune sauvage dans la transmission et/ou le maintien de la tuberculose bovine.
Cependant, des animaux sauvages tuberculeux sont régulièrement trouvés dans des zones d’infection bovine en étant porteurs de souches de Mycobactérium bovis strictement identiques à celles isolées chez des bovins atteints. Cela confirme les liens épidémiologiques entre animaux domestiques et sauvages. Blaireaux, sangliers et cerfs sont les trois espèces jusqu’à présent concernées. Et l’Anses de confirmer qu’en France, cette pathologie a été observée sur la faune sauvage uniquement dans des secteurs où la maladie a sévi sur des cheptels bovins. L’origine de la contamination des populations de blaireaux, sangliers ou cerfs présents dans ces régions est donc à rechercher avec la présence de bovins porteurs qui ont vécu sur le même territoire.

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Assainir les troupeaux

En matière de lutte, assainir les cheptels contaminés est jugé comme la mesure indispensable et primordiale à réaliser. Mais cela ne devrait pas être la seule. Blaireaux, sangliers et cerfs contaminés entretiennent la présence de la maladie. Au cours de leurs pérégrinations, généralement nocturnes, sur les pâtures utilisées par les bovins et en s’aventurant même à proximité des bâtiments d’élevage, ils rendent possible la recontamination des troupeaux en disséminant le bacille Mycobacterium Bovis qui risque ensuite d’être inhalé par des bovins. « Cela met en péril les programmes de lutte, justifiant de prendre très au sérieux l’apparition de l’infection dans les populations sauvages », souligne l’Office national de la chasse et de la faune sauvage dans un article paru dans le mensuel Le Chasseur de Sanglier. Et de préciser, « aujourd’hui, la question est de savoir comment éviter à tout prix l’installation de réservoirs sauvages qui pourraient s’avérer incontrôlables. »
La croissance continue des populations de grands gibiers ces dernières années sur la quasi-totalité du territoire français et en particulier dans les régions fortement boisées est un facteur aggravant. Le rôle du développement des chasses commerciales est régulièrement mis en avant. Cela incite à favoriser la démographie galopante du sanglier. Sur ces territoires, la volonté de « faire tirer du cochon » aux actionnaires incite à favoriser des densités d’animaux allant souvent bien au-delà des réelles possibilités d’accueil du biotope. « Bien qu’il n’existe que très peu de chiffres objectifs reflétant les densités d’espèces sauvages dans la bibliographie car ils sont très difficiles à acquérir, il est démontré que les fortes densités et les concentrations artificielles (par agrainage, affouragement ou abreuvement) d’animaux sauvages augmentent les risques d’émergence puis de persistance de la tuberculose au sein des populations », confirme l’Anses. Pour les blaireaux, c’est l’absence de prédateurs naturels qui favorise l’accroissement souvent déraisonnable du niveau des populations. Le nombre croissant d’animaux morts sur les bas-côtés des routes est une bonne preuve de la dynamique des populations. Malheureusement, avec un animal aux mœurs nocturnes qui passe ses journées au fond de son terrier, les possibilités de régulation via la chasse à tir sont pratiquement nulles.
Quant aux grands cervidés, le nombre d’attribution de bracelets dans le cadre des plans de chasse est jugé bien parcimonieux par la profession agricole. Or davantage de blaireaux, sangliers et grands cervidés côtoyant régulièrement des troupeaux bovins dit risque accru de contact, mise en réserve, puis transmission de la tuberculose bovine.

Réduction des densités d’animaux sauvages

« Dans tous les cas, la réduction des densités d’animaux sauvages sensibles dans les zones d’infection contribue à la prévention du développement de la maladie et des risques de re-contamination des bovins », confirme d’ailleurs l’ONCFS. Cette mesure de bon sens est jugée insuffisamment appliquée. Bien des éleveurs ont du mal à comprendre pourquoi les règles qui s’appliquent pour les cheptels bovins quand ils sont contaminés n’ont pas leur équivalent pour la faune sauvage. Dans le cas de secteurs où des foyers de tuberculose bovine sont identifiés régulièrement chez les bovins et où des blaireaux ont déjà été reconnus infectés, l’Anses préconise dans son rapport de créer plusieurs zones. « Une zone d’abattage intensif (zone de régulation) et durable (au moins quatre années de suite) de tous les blaireaux dans un rayon d’un kilomètre autour des foyers bovins identifiés. » Cette zone pourrait être étendue en cas de présence d’autres foyers situés à une distance de moins de sept kilomètres. L’Anses préconise ensuite de procéder à des analyses sur les blaireaux adultes abattus dans ce cadre, mais également de mettre en place une zone tampon de 5 kilomètres de rayon autour de la précédente zone d’abattage intensif où la surveillance sanitaire de la faune sauvage sera renforcée.
Quant à l’éventualité de vaccin oral pour les blaireaux à l’image de ce qui fut à une époque pratiqué pour les renards contre la rage, c’est pour l’instant encore inenvisageable. « À ce jour, aucun vaccin administrable par voie orale n’est disponible et ne le sera avant plusieurs années », confirme l’ONCFS. « Quand il y a un problème sanitaire, l’État doit pouvoir intervenir sans demander de compte à personne. Si on demande l’avis à tout le monde on n’avancera jamais », expliquait début avril Pascal Martens, président du GDS de Côte d’Or dans une interview à Terres de Bourgogne. « Nous demandons l’autorisation du gazage dans trois secteurs où la situation est ultra sensible. Pour le reste du département, nous voulons une régulation par piégeage. Les GDS et les éleveurs pourront dépenser toute l’énergie qu’ils voudront, on n’arrivera pas à maîtriser la situation s’il n’y a pas d’avancées importantes en matière de blaireaux. »

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