« La fin des quotas aura des impacts sur la filière bovine », estime Yves Trégaro de FranceAgriMer

Propos recueillis par Cyrielle Delisle - Réussir Bovins Viande Octobre 2012

« La fin des quotas aura des impacts sur la filière bovine », estime Yves Trégaro de FranceAgriMer
« Une diminution du nombre d’élevages mixtes - lait/viande- est à envisager » affirme Yves Tégaro.

Le régime des quotas laitiers prendra définiti-vement fin le 1er avril 2015, ce qui pourrait faire évoluer le secteur laitier et par ricochet, celui de la viande bovine.

Agro-économiste

« La fin des quotas aura des impacts sur la filière bovine », estime Yves Trégaro de FranceAgriMer

Yves Trégaro a intégré FranceAgriMer en 1994 en tant qu’agro-économiste chargé du secteur porcin. Il a été nommé chef de la division économie et prospective en 2005 avant de devenir chef de l’unité produits animaux, pêche et aquaculture en 2009.

. Pourriez-vous nous rappeler dans quel contexte arrive l’après quotas ?

Yves Trégaro - Depuis l’instauration des quotas en 1984, les exploitations laitières se sont concentrées dans le croissant laitier. Zone qui s’étend des Pays de la Loire jusqu’aux contreforts du Massif central, en passant par la Bretagne, la Normandie, le Nord et les plaines de l’Est. Par ailleurs, les effectifs de vaches laitières en France ont régulièrement diminué (- 1,2 % par an entre 2000 et 2011) en raison de l’augmentation de la produc- tion laitière moyenne par vache. Cette décapitalisation s’est traduite par une baisse du nombre de réformes laitières disponibles pour les abattoirs et outils industriels, situés principalement dans le croissant laitier.
Autres observations : la diminution et l’évolution de la consommation de viande plus orientée vers des produits élaborés, rapides à cuire et peu chers (notamment le steak haché).

. Quelles changements pourraient se dessiner après 2015 ?

Y. T. - Plusieurs idées se dégagent. On devrait observer une concentration des effectifs de vaches laitières dans le croissant laitier et à l’inverse, plutôt une déprise dans des zones où le lait est marginal. On pourrait également aller vers davantage de spécialisation de l’atelier lait, ce qui sous-entend des animaux à haut potentiel laitier et de moins en moins conformés. Le revenu viande deviendrait marginal et n’inciterait pas les producteurs à la finition des bêtes. La génétique pourrait encore accentuer ce phénomène, car l’amélioration des performances laitières se fait au détriment de la viande. Une diminution des réformes laitières et par conséquent du « minerai » pour le steak haché est donc à envisager. Pour l’instant, il est encore un peu trop tôt pour valider ces hypothèses. Il faut attendre début 2013 pour entrevoir les stratégies que les éleveurs laitiers vont mettre en place.

. La fin du régime des quotas aura-t-elle également des conséquences sur la filière allaitante ?

Y. T. - Les consé- quences de la fin des quotas laitiers sont complexes à évaluer. Il existe une forte imbrication des ateliers lait et viande dans de nombreuses exploitations. Cette spécificité de la filière bovine française fait que les impacts pressentis sur le troupeau laitier vont au-delà et touchent également le troupeau allaitant. L’après 2015 marquera sûrement un changement tout comme l’a été l’instauration des quotas en 1984. À cette époque, beaucoup d’éleveurs laitiers avec des quotas insuffisants se sont tournés vers la création d’un atelier d’engraissement, voire vers la constitution d’un troupeau allaitant, pour valoriser des surfaces herbagères disponibles, soutenant ainsi la production de viande bovine. En 2015, le contexte devrait être complètement différent.
 

. Quels impacts pour la filière viande bovine ?

Y. T. - Les évolutions pressenties laissent envisager une baisse du nombre des éleveurs mixtes. Dans le contexte de la spécialisation de l’atelier lait, ces producteurs pourraient favoriser le troupeau laitier aux dépens de l’allaitant, pour des raisons économiques et d’organisation de l’exploitation.
Par ailleurs, le déficit de « minerai » laitier devrait conduire à une réflexion au sein de la filière allaitante sur les choix à opérer pour les années à venir. Ces transformations entraîneront donc une modification des apports pour l’industrie de la viande bovine. Les industriels devront vraisemblablement mettre en œuvre plusieurs solutions pour maintenir l’équilibre offre-demande. Dans cette situation, de nombreuses questions se posent aux acteurs de la filière (génétique, éleveurs, abatteurs, transformateurs). Quel type d’animaux produire demain pour être en mesure de répondre au mieux à la demande ?

Pour en savoir plus : www.franceagrimer.fr

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