La parafilariose bovine : des cas observés actuellement en Creuse

GDS 23 GDS Creuse

La parafilariose bovine : des cas observés actuellement en Creuse

« Sueurs de sang » => Ces dernières semaines, des trainées de sang coagulé ont été observées sur plusieurs bovins, essentiellement des taureaux, dans différents élevages. Il s’agit de la parafilariose bovine, aussi appelée « maladie des sueurs de sang ».

Laparafilariose bovine est une maladie parasitaire du printemps/été due à la présence, au développement et à la migration dans le tissu conjonctif sous-cutané et intermusculaire d'un nématode, la filaire Parafilariabovicola. Elle se manifeste par la formation de nodules hémorragiques cutanés, surtout sur les parties antérieures et dorsales de l'animal(plaies d'été d’où son appellation de « maladie dessueurs de sang »), ainsi que par des lésions sous-cutanées et musculaires ayant l'apparence decontusions. Le parasite est transmis aux bovins par des mouches.

Une répartition mondiale, uneprésence en France, plutôt en zones allaitantes

Cette affection est rencontrée dans de nombreuses régions du globe commel’Afrique (sud, Maroc, Tunisie…) ou l’Asie (Inde, Philippines…).Enzootique en Suède, Bulgarie et Roumanie, elle évolue en France depuis plus d'un demi-siècle avec une répartition malconnue. Des cas ont été décrits dans le Sud-ouest (Piémont Pyrénéen), le MassifCentral, en Franche-Comté et en Bourgogne.

Une saisonnalité marquée avec unpic d’observation de mai à juillet

Les 1erssaignements apparaissent au printemps et disparaissent en fin d’été. En Suède,un pic de saignements s’observe en mai avec une diminution en juin et unelégère reprise en juillet avant une complète disparition. Parallèlement, on remarqueune saisonnalité des saisies pratiquées sur les carcasses pour parafilariose.En relation avec le cycle (cf. encadré), l’incidence lésionnelle est faibled’août à décembre pour augmenter à partir de janvier pour atteindre un maximumde février à mars. Ce niveau maximum est maintenu pendant 6 mois avant dediminuer à partir de juillet. Ce pic d’observation des saignements au printempss’expliquerait par les éléments suivants : long développement chez lebovin, biologie des mouches, apparente nécessité d’un ensoleillement suffisantcomme stimulus à la ponte du Parafilaria bovicola.

Une observation majoritaire sur lesjeunes taureaux

La fréquence des animaux atteints augmente àpartir de 2 ans jusqu’à 4 ou 5 ans. Les mâles sont beaucoup plus souventatteints et plus sévèrement touchés que les femelles. Les génisses sont plusatteintes en 1ère saison de pâture et les vaches adultes neprésentent que très rarement des symptômes. Ceci est très certainement enrelation avec le développement d’une immunité sous influence d’hormonessexuelles. Par contre, certaines vaches immunisées peuvent être porteusessaines et indirectement contaminer les taureaux nouvellement introduits.

La parafilariose se manifeste par la formation de nodules hémorragiques cutanés, principalement sur les parties antérieures et dorsales de l'animal. Ce sont des tuméfactions remplies de sang dans lesquelles sont encapsulés des vers femelles (ver filiforme, blanc nacré, de 3 à 7 cm de longueur sur 0,35 à 0,5 mm de diamètre). Lors de la ponte, les femelles créent un orifice cutané par lequel s’échappe un filet de sang.

Les nodules hémorragiques avec« sueurs de sang », signes visibles de la maladie

Les bovins atteints présentent sur la peau desnodosités dures et indolores de la taille d'un pois à une noisette.Ce sont des tuméfactions remplies de sang dans lesquelles sont encapsulés desvers femelles. Lors de la ponte, les femelles créent un orifice cutané parlequel s’échappe un filet de sang laissant une tramée de sang coagulé longuede 15 à 30 cm. Ensuite  le nodule s'affaisse et disparaît. Si les nodules sont nombreux et s'ouvrent dans unlaps de temps réduit, l'ensembleprend l'aspect de « sueurs de sang ». Les surinfections bactériennes sont rares, certaines nodosités peuvent se transformer en abcès sous-cutanés. L'étatde santé des animaux infestés est, le plus souvent, normal avec un bon étatgénéral et un appétit conservé. Parfois,un animal (souvent un taureau) peutapparaître « raide », gêné dans ses déplacements avant l'apparition des signes locaux. Les points de saignement sont répartis des 2 côtés del’animal avec une localisation préférentielle dans la moitié supérieure ducorps en relation avec la nécessité de l’ensoleillement pour la ponte desfemelles.

Un traitement des bovins identifiésavec de la clinique le plus précocement possible

Le traitement est basé surl’ivermectine sous sa forme injectable à la dose de 200 microgrammes parkilogramme de poids vif. Une injection par voie sous-cutanée en début depériode de saignement permet l’arrêt des hémorragies cutanées et prévient laformation de nouveaux nodules. La prescription du médicament sera réalisée parle vétérinaire traitant après consultation du bovin et confirmation dudiagnostic. Au-delà du temps d’attente du médicament, afin de limiter lessaisies partielles pour parage et épluchage des zones atteintes, un délai dedeux mois pour l’abattage est indiqué, temps nécessaire pour la résorption deslésions et la limitation des séquelles. En l'absence de traitement, la parafilariose prendl'allure d'une maladie récurrente, s'exprimant chaque année sur le même animal (souvent un taureau), jusqu’a trois ou quatre ans de suite d’oùl’intérêt d’une intervention thérapeutique dès l’observation des 1erssymptômes.

Une parasitose sporadiquesous-diagnostiquée

En France, il est très difficile de préciser la prévalence réelle decette parasitose. Comme le montrent les remontées de ce printemps, elle existemais reste sporadique. Sa méconnaissance fait penser que laparafilariose bovine demeure très certainement sous-diagnostiquée. Lessaignements sont souvent attribués à des blessures (barbelés, coups de cornes) ou à despiqûres d'insectes. De plus, ces saignements sont généralement de courte duréeet peuvent donc passer inaperçus. La ressemblance des lésions avecdes contusions suite au transport des animaux ainsi que le faible nombrede vers présents sur les carcasses, justifie aisément qu'aucun abattoir enFrance ne recherche le parasite à l'inspection des carcasses.

Dr Didier GUERIN -GDS Creuse - www.gdscreuse.fr

La parafilariose bovine : des cas observés actuellement en Creuse

Parafilaria bovicola : un cycle avec une implication des mouches

Pour se réaliser, le cycle nécessite une mouche,hôte intermédiaire, et un bovin, hôte définitif.

Les« mouches d’automne », vectrices 

L’hôte intermédiaire, obligatoire pour la réalisation du cycle, est uninsecte suceur labial du genre Musca, Musca automnalis (la « mouched’automne ») en France. Cette mouche apparaît tôt au printemps autour dela tête des bovins (yeux, mufle) et accessoirement près de l’encolure et dugarrot. Elle est active d’avril à octobre, à une température ambiante de 14 à25°C. Ces mouches transmettent souvent, en même temps que la parafilariosebovine, la kératoconjonctivite infectieuse bovine. La mouche femelle, seulehématophage, est attirée par le sang épanché à la surface des nodules produitspar la ponte du filaire femelle adulte. En même temps que le repas sanguin, lamouche absorbe des œufs du parasite qui évoluent en microfilaires (larve stadeI). Elle héberge la larve du stade I au stade III avec un développement en unevingtaine de jours. L’infestation d’autres bovins s’effectue par les mouches aumoment du repas, soit sur les nodules hémorragiques, soit au niveau orbitairelorsque les mouches se nourrissent des sécrétions lacrymales. Elle intervientde mi-juin à début juillet.

Unelongue période de développement chez le bovin

Au cours de sa migration dans les tissus conjonctifsous-cutané et intermusculaire, le développement larvaire se poursuit passantdu stade III au stade V puis en adulte en 135 jours. Les femelles pondent leursœufs embryonnés 240 jours après infestation à la surface de la peau qu’ellesdoivent donc traverser grâce à l’appareil vulnérant qu’elles possèdent, il estconstitué de six petites lames tranchantes disposées de part et d’autre de labouche. Après la ponte, les parasites meurent et s’enkystent dans le tissuconjonctif. 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires