Laurent Griffon de l’Institut de l’élevage encourage à "préparer la collecte des phénotypes de demain "

Propos recueillis par Sophie Bourgeois - Réussir Bovins Viande Mars 2013

Laurent Griffon de l’Institut de l’élevage encourage à "préparer la collecte des phénotypes de demain "
Laurent Griffon est coordinateur génétique de la filière bovins viande du département génétique et phénotypes de l’Institut de l’élevage. © S. Bourgeois

Lors d’une journée technique sur l’engraissement (1) , des pistes pour la génétique de demain ont été dévoilées. De nouveaux caractères pourraient être support de sélection.

.  L’arrivée de la génomique invite-t-elle à repenser les objectifs de sélection en races allaitantes ?

Laurent Griffon - En matière d’engraissement, l’exploitation actuelle des différences de potentiel génétique des reproducteurs se fait sur les performances de poids, de croissance et de morphologie au sevrage, de croissance post-sevrage, et un peu sur l’efficacité alimentaire. Nous partons d’un schéma existant assez performant et l’arrivée de la génomique permettra de l’améliorer. C’est l’occasion d’inclure de nouveaux critères de sélection, de recalculer les poids économiques des différents caractères et de prendre en compte les orientations de la filière et des organismes de sélection. Ceci afin d’aboutir à un consensus et à la construction de nouveaux index de synthèse. Attention toutefois à la diffusion du progrès génétique. Pour l’instant, l’IA et les taureaux issus du contrôle de performance ne couvrent que les deux tiers des besoins sur la voie mâle.

. Vous interpelez la filière sur la précocité des animaux. Pourquoi ?

L. G. - Aujourd’hui nous satisfaisons toutes les demandes de la filière avec le cheptel allaitant tel qu’il est, en exploitant toute sa diversité. Mais n’est-on pas allé un peu loin sur le caractère tardif de nos races allaitantes ? Cette réflexion des équipes de l’Inra a pour idée centrale d’augmenter l’efficience des femelles et leur capacité d’adaptation. Ne pourrait-on pas élever des femelles plus précoces, de format adulte plus réduit, qui seraient plus aptes au vêlage à 2 ans et plus adaptables aux contraintes ? Les besoins d’entretien de telles femelles devraient être moins importants, d’où l’hypothèse d’une meilleure efficacité alimentaire. De plus, qui dit réduire le format adulte dit donner une réponse à l’alourdissement des carcasses tout en n’empêchant pas d’améliorer la croissance des jeunes bovins et des génisses, et donc de diminuer l’âge à l’abattage. On obtiendrait un abaissement du poids adulte des animaux et par là même un abaissement du poids de naissance. Nos races allaitantes présentent beaucoup de variabilité et nous faisons l’hypothèse qu’il en existe sur la précocité. Si un axe clair pour la sélection se dessinait en ce sens, nous pourrions la réorienter vers davantage de précocité. Tout en restant en France l’exception européenne avec nos races pures allaitantes et leurs atouts. Il est aussi possible de « réinventer » le croisement si telle était la demande de la filière.

. Quelles sont les sources d’information pour la sélection génétique ?

L. G. - Depuis 2012, on utilise exclusivement les données Normabev pour les jeunes bovins. Nous pensons qu’il sera intéressant dans le futur d’exploiter les informations sur les génisses. Par ailleurs, en Irlande, les images issues des machines à classer permettent de prédire l’importance des différentes pièces de découpe regroupées par valeur marchande. Cela présente-t-il un intérêt pour les filières françaises ?

Plus largement, il faut préparer la collecte des phénotypes qui seront utilisés demain par la réorientation d’outils comme les stations, par le développement de réseaux d’éleveurs engraisseurs… Ils pourraient porter sur la santé à partir du carnet sanitaire des éleveurs ou de certaines données issues de l’inspection sanitaire à l’abattage. On pourrait même aller plus loin sur l’efficacité alimentaire. Une révision des protocoles de contrôle individuel a été démarrée dans ce but en 2012 mais il faut se reposer la question de la mesure de la composition corporelle. L’importance du dépôt adipeux n’est pas liée à la croissance et elle est peu corrélée génétiquement avec l’efficacité alimentaire (- 0,30). Pour véritablement travailler sur l’importance de ce dépôt adipeux, il faudrait l’estimer par une mesure en vif.

Enfin, nous pourrions envisager des collectes autour de la thématique d’émission de méthane entérique.
 

 
(1) Journée technique organisée en février par l’Institut de l’élevage, en collaboration avec les chambres d’agriculture et Interbev sur l’engraissement des mâles et des femelles.

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