Le Débat de Terre d'Infos : L'élevage bovin et ovin a-t-il encore un avenir en France ?

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

Dans un contexte économique difficile pour les filières ovines et bovines, les attaques contre l'élevage se multiplient. En effet, manger de la viande serait mauvais pour l'environnement, voir pour la santé et peu rentable pour les éleveurs, alors quel avenir pour l'élevage en France ?

Depuis peu, certains font courir le bruit que manger de la viande serait mauvais pour la santé. Martine Pellae, médecin nutritionniste rejette ce propos : « en manger de manière excessive, peut comporter des risques pour la santé. Il serait pourtant dommage de la supprimer de nos assiettes car elle apporte 8 à 12 acides aminés essentiels au fonctionnement de notre organisme». Fait relayé par le Plan National de Nutrition Santé.

D'après Louis Orenga, directeur du Centre d'Information des Viandes, la consommation moyenne des français est de 16 kg/hab/an contre 40 aux USA et 60 en Amérique Latine. « La consommation de produits bruts ou frais a diminué de 20% en 20 ans, et la viande suit cette tendance. La mondialisation du discours tend à faire penser que la consommation de viande bovine a explosé, alors qu'elle est en baisse ici».

La production bovine est également montrée du doigt, notamment par la FAO, par rapport à son impact négatif sur l'environnement. Pour Marc Dufumier, agronome, «les bovins dégagent du méthane, donc réduire sa consommation de viande contribuerait à une diminution de l'effet de serre. Mais l'on peut aussi jouer sur l'alimentation bovine et introduire des cultures rotatoires prairie/légumineuse/céréales».

Daniel Gremillet, président de la Chambre d'agriculture des Vosges, trouve les propos de la FAO « dangereux et malhonnêtes » car « ils ne tiennent pas compte du stockage de carbone par les prairies ». De plus, un travail considérable est réalisé sur le traitement des déjections animales. Mr Orenga précise d'ailleurs que « la finalité du bovin, c'est d'être multifonctionnel : il produit du lait, de la viande et entretient 13 millions d'hectares en herbe».

Un éleveur est payé 2% de moins qu'il y a 10 ans

L'élevage est actuellement la filière agricole la moins rentable. Mr Gremillet précise que l'éleveur est payé 2% de moins qu'il y a 10 ans. C'est en grande partie dû au coût des mesures sanitaires et de la mise aux normes des bâtiments d'élevage imposées par l'UE et la France.

La flambée des prix des céréales, composante de la nourriture du bétail entre également en ligne de compte. Selon Mr Dufumier, la France a dû s'aligner sur les prix internationaux, or «on ne peut pas être compétitifs avec les normes que nous nous imposons. Il faut d'abord songer à nourrir la France, mettre des quotas et des droits de douane, éviter la surproduction».

Louis Giscard d'Estaing, Député du Puy de Dôme estime que l'on “assiste souvent à un discours ambigu qui rejette la chute des barrières tarifaires mais souhaite l'accès au marché international des pays émergents. Le cadre européen nous a donné une grande stabilité, mais si l'on doit se comparer aux cours mondiaux, nous devons compenser pour protéger nos productions agricoles qui peuvent se révéler indispensables pour nourrir la planète».

Une relation plus équilibrée avec la distribution

Afin d'augmenter la rentabilité de cette filière, des groupements de producteurs et des coopératives font face ensembles à la situation tendue des marchés, font attention à la saisonnalité de la production, et tentent de limiter les investissements.

Les professionnels souhaitent également que la relation avec la distribution soit plus équilibrée, que l'on continue à être innovant sur les produits transformés, et que l'on valorise la production française via les labels et indications de provenance.

Sur le même sujet

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires