Le pâturage dynamique apporte précision et souplesse

Sophie Bourgeois

Le pâturage dynamique apporte précision et souplesse
Cette technique dénommée TechnoGrazing rend facile le pilotage du pâturage avec un haut niveau de précision. (S. Bourgeois)

Subdiviser en bandes ou en cases les prairies permet de mesurer facilement et précisément la disponibilité en herbe. Cette technique venue de l'hémisphère Sud permet d'accéder à un niveau supérieur de performances au pâturage.

Sous la dénomination de TechnoGrazing, cette technique de pâturage est maîtrisée et très répandue depuis une dizaine d'années en Nouvelle-Zélande, en Australie et aussi en Irlande. Les Français qui la mettent en oeuvre l'appellent pâturage de précision ou pâturage tournant dynamique. Elle repose sur le principe de la division des parcelles en petites surfaces élémentaires.

Il en existe deux formes : des couloirs de 25 mètres de large ou des cases dont la forme s'adapte aux contours de la parcelle.

Pourquoi 25 mètres ? C'est ce qui fonctionne le mieux. Cela permet de calculer facilement la surface offerte aux animaux. Avec une clôture high tensile, un piquet est placé tous les 25 mètres, ce qui permet de cloisonner très facilement le couloir en unités de 6,25 ares (25 m x 25 m) soit 1/16e d'hectare. Cela permet aussi aux animaux de se répartir harmonieusement sur la surface offerte, en accord avec le fonctionnement social du troupeau.

Une présence d'un jour par « case » est idéale pour des animaux à l'engrais. On peut aller jusqu'à trois jours de présence pour des vaches pleines, des animaux d'élevage, mais jamais plus longtemps. Cela pour ne pas entamer le potentiel des repousses et pour que les bovins ne commencent pas à trier les plantes. Cette organisation prévoit le retour des animaux sur la case ou le couloir, au printemps, au bout de 20 jours.

« Sur le plan agronomique, il n'y a rien de nouveau », explique John Bailey de Pature Sens (1), qui dispose d'une large expérience de cette technique. Le spécialiste se réclame de l'héritage d'André Voisin, agronome normand, dont le livre paru en 1957, Productivité de l'herbe, est toujours d'actualité.

80 à 100 euros pour clôturer un hectare

« L'apport des pays de l'hémisphère Sud par rapport à ces connaissances consiste en l'expérience acquise en trente ans. Elle rend facile le pilotage du pâturage avec un haut niveau de précision. »

À première vue, cela peut paraître compliqué et coûteux à mettre en oeuvre. Une première impression que les éleveurs qui se lançent dépassent très vite. « Si le virage psychologique que représente le pâturage tournant dynamique n'est pas à négliger, la mise en pratique s'est très bien passée. Tous les éleveurs sont enthousiasmés par leurs expériences et ils n'ont pas fini de progresser, raconte Matthieu Bessière, directeur de l'association départementale d'éleveurs des Deux-Sèvres. Il ne faut pas se lancer seul dans cette pratique, mais il faut être bien encadré » Un groupe de 22 éleveurs membres de l'Adeds, dont 14 élèvent des bovins viande, pratiquent cette technique depuis 2010. Grâce à une aide du conseil régional et l'achat groupé du matériel, le coût de la pose des clôtures et du système d'abreuvement reviennent dans le cadre de ce groupe entre 40 et 50 euros par hectare, pour une durée de vie de l'installation de 15 à 20 ans. D'une façon plus générale, il faut compter de 80 à 100 euros par hectare pour les clôtures et un système pour l'abreuvement. L'installation peut représenter une journée de travail par hectare environ, ou beaucoup moins s'il s'agit de simplement partager une parcelle en trois.

Adaptable à toutes les conditions

Le nombre de fois que les bovins prélèvent l'herbe dans l'année — et donc la production de la prairie — est beaucoup plus élevé qu'avec un système de pâturage classique tournant. En avançant régulièrement, de front, les bovins ne gaspillent pas l'herbe. Le piétinement régulier fait même l'effet d'un hersage. Les bouses et pissats sont répartis uniformément et à long terme, ils ont un impact sur la fertilisation beaucoup plus sensible que lorsque les déjections sont concentrées autour des points d'eau ou d'ombre de la parcelle. Les bovins se synchronisent à la rotation quotidienne, et s'appliquent davantage à pâturer pour combler leurs besoins nutritionnels. Le couvert des parcelles devient régulier et égal. Rapidement, le développement des bonnes fourragères est favorisé et les espèces indésirables perdent du terrain.

« Le système peut s'adapter à toutes les conditions pédoclimatiques et à toutes les qualités de prairies, assure John Bailey. Quel que soit le potentiel des prairies, par rapport à un pâturage fixe, je peux avancer que cette technique permet d'améliorer d'au moins 30 % le rendement en matière sèche. Et grâce à la meilleure digestibilité des plantes — amélioration de la flore et stade optimum de pâture — les performances de croissance sont au moins doublées. »

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John Bailey de Pature Sens : « Le système peut s'adapter à toutes les conditions pédoclimatiques et à des qualités de prairies les plus variées. » (S. Bourgeois)

Un pilotage facilité

L'un des avantages — peut être le plus important de cette organisation — est de faciliter pour l'éleveur l'anticipation des différentes périodes de pâturage. La vitesse d'avancement, la taille des cases ou couloirs et l'ajustement du nombre des animaux offrent de nombreuses solutions.

Plusieurs autres avantages, indirects mais très intéressants, sont mis en avant par les éleveurs. Les animaux sont calmes, ils ne perdent pas d'énergie en déplacement. Ils sont faciles à surveiller. Le travail quotidien pour un lot d'animaux en place est très réduit car tout a été prévu pour. Le fait que les animaux avancent régulièrement fait qu'il n'y a pas de risque de détérioration de la prairie en cas de fortes pluies dans la mesure où les animaux ne restent qu'une journée sur une zone donnée. Et les éleveurs qui utilisent cette technique n'apportent pas d'azote minéral sur leurs parcelles pour ne pas ralentir les légumineuses et pour lisser le pic de pousse d'herbe du printemps. À partir du moment où l'on commence à mettre en oeuvre ce système, il faut en général trois à quatre ans pour vraiment bien le maîtriser. Mais dès la première année, les bénéfices sont évidents et importants.

(1) http://paturesens.com

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Commentaires 3

AIGLE201

Ce système fonctionne à merveille et ont peu faire du pâturage 10-12 mois sur 12.Le livre d'André VOISIN devrait être dans toutes nos bibliothèques, dans tous les CDI des écoles. Une fois que vous avez lu cette "bible" c'est facile de se lancer et d'aller au bout de la technique quelques soit l'année ou le type de sol.

marisa

rien de nouveau !!!!!!ca fait 35 ans que l on fait ça pour nos laitieres .

bbra2

Cette technique est paradoxalement peu répandue en FRANCE alors qu'elle réussit le tour de force de limiter tous les intrants, engrais, compléments alimentaires tout en accroissant sensiblement la production de MS, en réduisant le volume de travail, en assurant la croissance des animaux ... en se fondant sur l'optimisation de l'interaction entre la prairie et les animaux. Les résultats sont spectaculaires pour les troupeaux allaitants autant que sur leur environnement, qualité de la couverture que ce soit en quantité, biodiversité et donc agronomiquement parlant.
Elle tire tous les paramètres vers le haut et est exemplaire de "l'écologiquement intensif" recherché tout en redonnant à l'agriculteur une certaine maitrise de l'ensemble de son outil, à la météo près et encore ces terrains menés en PTD sont ils plus à même de résister à des conditions extrèmes et ont offert une excellente tenue lors de ce printemps pluvieux.
C'est donc très satisfaisant et à promouvoir, très économe et très productif notamment pour des allaitants.

y a t-il des exemples et références en laitier, en ovins ?
merci

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