« Le secteur bovin viande est en danger », estime Pierre Chevalier, de la Fédération nationale bovine

Propos recueillis par François d’Alteroche - Réussir Bovins Viande Février 2013

« Le secteur bovin viande  est en danger », estime Pierre Chevalier, de la Fédération nationale bovine
Pierre Chevalier, président de la FNB. « Les entreprises d’abattage devront s’engager sur des projets de contractualisation si elles veulent continuer à assurer un approvisionnement suffisant de leurs outils dans les années à venir. » © F. d'Alteroche

Pérenniser la production de viande bovine passe par une revalorisation du prix par l’aval et un soutien accru pour les surfaces fourragères.

. Quelle est votre stratégie pour favoriser une hausse du prix des bovins ?

Pierre Chevalier  - Il faut d’abord mettre en place une contractualisation avec l’aval à des tarifs rémunérateurs pour les éleveurs en prenant en compte l’évolution des coûts de production et en particulier l’alimentation. Tous les moyens doivent être utilisés pour permettre une hausse des prix, tant pour le maigre que les animaux finis. Nous avons beaucoup œuvré auprès des pouvoirs publics pour la négociation de certificats sanitaires ouvrant de nouveaux débouchés sur les pays tiers. C’est ce qui a permis d’aboutir à des résultats positifs depuis l’automne 2011. La FNB maintiendra ce cap et nous nous félicitons à ce titre de l’engagement actif de plusieurs entreprises, privées comme coopératives, pour l’export sur pays tiers. Pérenniser l’élevage allaitant et tous les acteurs de la filière passe en priorité par de réelles perspectives économiques pour les producteurs.

. Compte tenu des aléas sanitaires ou diplomatiques, faut-il envisager les pays tiers comme des débouchés ponctuels ou pérennes ?

P. C. - Pourquoi ces pays se sont-ils tournés vers nos élevages ? Car ils sont confrontés à une raréfaction des disponibilités pour les animaux qu’ils importaient ces dernières années, essentiellement d’Amérique latine où le prix des bovins a beaucoup progressé. Le bouvillon brésilien est passé de 1,50 €/kilo carcasse en janvier 2007, pour grimper à 3 € pratiquement tout au long de 2011 avant de redescendre à 2,50 € l’automne dernier. L’export vers le pourtour méditerranéen restera une dynamique de fond mais avec d’inévitables irrégularités dans les flux. C’est pour cela qu’il faut continuer à amplifier les actions engagées pour élargir l’éventail de nos débouchés.
Dans le même temps, les experts de la FAO et de l’OCDE s’accordent à dire que la demande mondiale en viande bovine va croître dans les années à venir du fait des hausses de consommation dans les pays en développement. Il y aura des tensions entre l’offre et la demande. Cela semble inévitable.

. Que vous inspirent les évolutions de revenus annoncées en décembre par le ministère de l’Agriculture ?

P. C. - Au prix actuel des céréales, un éleveur du Cantal m’a dit en décembre dernier que même à 50 quintaux à l’hectare, il était, pour lui, plus rentable d’utiliser ses rares parcelles labourables pour produire des céréales et non des fourrages. Quand, même sur la planèze du Cantal, à 1000 mètres d’altitude, des hectares sont mieux valorisés par le grain que par les prairies temporaires destinées à nourrir des bovins, il y a de quoi s’interroger !
Bien des indicateurs laissent à penser que cette tendance s’inscrit dans la durée. Certains opérateurs français du commerce du grain commencent à contractualiser la moisson 2015 à 220 € la tonne ! Dans ces conditions, si la rentabilité des élevages de ruminants ne s’améliore pas, les surfaces en céréales ou oléagineux continueront à progresser aux dépens des prairies dans la plupart des zones intermédiaires.

. La prochaine PAC devra donc poursuivre la réorientation des aides initiée en 2008 ?

P. C. - Pour la prochaine PAC, il faudra d’abord obtenir le maintien d’une aide couplée de 200 € par tête, bénéficiant à l’ensemble des vaches allaitantes présentes sur le territoire. Il faut une revalorisation des DPU pour les hectares de surface fourragère (prairies permanentes, temporaires, maïs fourrage…) en procédant à un rééquilibrage avec les zones céréalières les plus favorisées. De toute façon, si on ne procède pas à cette réorientation des aides au profit des secteurs agricoles actuellement les moins favorisés par la conjoncture, on va faire exploser le système. Il ne sera tout simplement pas tenable aux yeux de l’opinion publique, alors même que le contexte économique est difficile pour la plupart de nos concitoyens.
Il en va aussi de la pérennité du secteur bovin viande qui est véritablement en danger. Il y a actuellement plus de 50 % des chefs d’exploitation de ce secteur qui ont plus de 50 ans. Il est urgent et indispensable de donner de vraies perspectives de revenus aux jeunes, si on veut les inciter à s’installer.

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Commentaires 4

bisounours

vache folle :pour qu'une minorité s'en mettent ds les poches,il y a eu mort d'homme (Chropheljacob); d'autres ont mis le travail d'une vie ,en 1 jour ,à l'abattoir;tous les éleveurs ont perdus des millions voir des milliards d'€(chute des cours ,test ESB). Les innocents payent et continuent à payer! normal? Au fait,les coupables , même pas un procès ...( les + gros importateurs de farine animale anglaise à l'époque : glond ,doux ...) Tient , doux...Ou est passé l'argent gagné ? il faut remettre la main à la poche ?

tralala

1046 tu n'as pas tort , dans cerealier on met tous ceux qui produisent des cereales celui qui a des petites terres usantes tres dependant des primes pac qui sont la totalité de son revenu comme celui qui a de tres bonnes terres et qui va gagner 15000 euros par mois comme moi qui peuvent se permettre d'avoir un salarié, et je l'avoue ma vie est plutot facile...malheureusement la surprime des 50ha va encore defavorisé celui qui a des petites en plus grand nombre pour avoir un revenu decent que moi ...travailler plus pour gagner moins...il faut le dire aujourd'hui je ne serai pas choqué qu'on reprenne une partie de mes primes voire toutes mes primes une bonne année comme celle là pour redistribuer....meme si la situation est dramatique pour bcp d'eleveurs les premiers a devoir payer ce sont les consommateurs , les industriels et les gms.... les cerealiers en general quoiqu'on en dise n'ont pas des salaires de footeux ils me semblent pourtant bien plus utile, une société qui deifie ses acteurs et sportifs et qui laisse crever ceux qui les nourissent est une société qui ne tourne pas bien rond

1046

Tous les agri doivent pouvoir vivre decemment;ca implique desproductions a leur juste prix .Mais svp arretez ce discours contre les cerealiers.Il y a aussi des gros eleveurs qui cumulent les dpu et des ceraliers modestes .L eleveur a un metier exigeant et doit en tirer un revenu merite mais il n est pas le seul a travailler.Installe depuis 86 sur une ferme moyenne en zone moyenne je suis arrive a lautonomie en tresorerie grace aux 2 dernieres annees;a 50 ans dois je en avoir honte?Depuis mon installation j ai connu la pac et la jachere ,la modulation de glavany ,le reequilibrage de la pac et j ai donne ma paille les annees seches.Mais jamais personne n ai venu a mon aide les annees difficiles ou il fallait courir apres les banques et les delais de paiment.En ce jour de st valentin j en profite neanmoins pour souhaiter bonne fete a tous les agri amoureux de leur metier .COURAGE

steph 85500

ok , mr Chevalier , suis d accord avec vous,mais il faudra vraiment avoir des resultatseconomique tres bon , au dessus des cerealier , pour donner envie aux jeunes de s installer, vu le travail qu engendre le elevage actuellement, c 24h sur 24.

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