Le sel chez les ruminants. A tous les animaux, toute l’année !

Dr Didier GUERIN

Le sel chez les ruminants. A tous les animaux, toute l’année !

Alerte carence en sodium => La carence en sodium est la plus courante et la plus répandue dans le monde et en France. Une météorologie humide représente un risque aggravant. Pourtant, en profitant de l’appétit spécifique des ruminants pour le sel, l’apport en sodium est facilement réalisable et peu onéreux.

Blocs et seaux à lécher : deux grands types à bien différencier

Le sel chez les ruminants. A tous les animaux, toute l’année !

Les blocs ou seaux à lécher sont àbase de sel ou de mélasse, le goût salé ou sucré attirant les animaux etpermettant une distribution en libre service. Cependant, il est impératif debien distinguer ces deux catégories :

· Les pierres de sel : elles doiventcontenir au minimum 70 à 80% de sel (30% de Na) pour entraîner chez le bovinune autorégulation de consommation. Ces pierres se composent de sel pur, ellespeuvent être enrichies en oligo-éléments.

· Les blocs ou cuvettes à support mélasse ouassimilé : ils apportent des macroéléments (Ca, P, Mg),des oligoéléments et peu de sel.

En conséquence, les blocs ou cuvettesà support mélasse ou assimilé ne représentent pas une forme d’apport desel suffisant et doivent donc être accompagnés de pierre de sel de façonsystématique. Ces seaux ou blocs sont adaptés à une distribution collective.Par rapport à une complémentation sous forme d’AMV classique, ces blocs ouseaux présentent l’avantage de faibles contraintes de main d’œuvre et peuventêtre utilisés au pâturage. Les principales limites à l’utilisation de ces présentationssont une large variation de consommation entre animaux, une consommation delongue durée pour apporter les quantités suffisantes et, par conséquent, uncoût important par rapport à une complémentation AMV.

Les aliments des ruminants necontiennent pas suffisamment de sodium pour satisfaire les besoins. Faute decomplémentation, la carence s’installe se traduisant d’abord par du pica puisune chute de l’appétit et de la production. Les années pluvieuses entraînantune accentuation des déminéralisations, ce 1er semestre 2013 s’avèreparticulièrement favorable pour les carences en sel avec toutes lesconséquences que cela implique.

Unrôle important du sel dans l’alimentation animale

Le sel joue un rôle important dansl’alimentation animale. Il apporte du sodium (40%) et du chlore (60%). Lesodium et le chlore, ainsi que le potassium, maintiennent la pression osmotiqueet régulent l’équilibre acido-basique. Ces électrolytes des liquides corporelsrentrent spécialement en jeu au niveau de la cellule, lors des échanges aqueux,de la valorisation des éléments nutritifs et de la transmission de l’influxnerveux. Le sodium et le chlore aident au passage des nutriments à l’intérieurdes cellules et des déchets à l’extérieur. Le sodium doit être présent dans lalumière de l’intestin grêle pour l’absorption des sucres et des acides aminés. Uneinsuffisance en sodium diminue l’utilisation de l’énergie et des protéines et l’absorptiondes vitamines hydrosolubles. Le chlore est retrouvé dans les secrétionsgastriques où l’acide chlorhydrique joue un rôle important dans la digestionprotéique. Il est aussi retrouvé dans la bile, le suc pancréatique, lessécrétions intestinales et il est essentiel pour l’activation de l’amylaseintestinale.

Le sel, une source de sodium incontournable et peu onéreuse

Sa relative abondance, son prixraisonnable et sa faible « toxicité » ont fait du sel une source desupplémentation en sodium et chlore. Le sel est le seul minéral que les vachesont la « sagesse nutritionnelle » de consommer régulièrement poursatisfaire leurs besoins nutritionnels. Pour cela il leur en faut toujours àdisposition (de 1,5 à 2 g de sodium/kg de MS, soit environ 4 g de sel/kg deMS).

Lesfourrages insuffisants en sodium avec une variabilité selon les fertilisations,le stade, la météorologie… d’où une alerte en 2013 !

La plupart des graines et desconcentrés protéiques, de même que les fourrages, sont pauvres en sodium. Deplus, de nombreux facteurs affectent les concentrations de chlorure de sodiumdans les plantes. L’utilisation de chlorure de potassium comme fertilisationpotassique, augmente la teneur en chlore de la plante mais diminue la teneur ensodium du fourrage compte-tenu de l’antagonisme entre sodium et potassium. Dansla majorité des cas, sodium et chlore diminuent quand les plantes arrivent àmaturité. Les conditions météorologiques et la teneur en matière sèche desfourrages influent aussi sur la teneur en minéraux de ces derniers, une herbed’été concentre plus de minéraux qu’une herbe de printemps ou une herbe issued’une période humide qui souffre d’un effet de dilution. Les années pluvieusesentraînent une accentuation des déminéralisations. 2013 représente donc uneannée fortement à risque.

Le sel chez les ruminants. A tous les animaux, toute l’année !

La carence en sodium, le 1er signe, le pica, avec une expression d’abord chez le veau, mais aussi une aggravation des diarrhées néonatales

La carence en sodium se manifested’abord par un léchage systématique, puis par une diminution de l’appétit. Unedéficience prolongée peut entraîner une baisse de la croissance, uneaggravation des diarrhées néonatales... Un animal carencé en sel pourra extériorisercette carence par le « pica ». Cette affection se manifeste par unedéviation du comportement alimentaire. Les animaux lèchent les murs, lesséparations métalliques, les bois… Ils ingèrent de la litière, de la terre, desrésidus (cendres, plumes, ficelles…). Ils sont très attirés par l’absorption dematières comme l’urine croupie ou fraîchement émise par leurs congénères, l’eauboueuse, le purin. Le veau est le premier à l’exprimer.

Une complémentation pour un apport de sodium à tous les animaux toute l’année…

La complémentation minérale peut êtrecontinue ou discontinue, individuelle ou collective. L’utilisation quotidienned’un aliment minéral et vitaminé (AMV) est la meilleure façon de gérer les apportsminéraux. Si elle est envisageable en période hivernale, elle est cependantplus difficile à mettre en œuvre en période de pâturage. Selon la concentrationen sodium de l’AMV et sa quantité quotidienne distribuée, il sera apporté uncomplément de sel, si nécessaire, pour atteindre les 1,5 à 2 g de sodium/kg deMS recommandés. Cet apport peut se réaliser sous forme de sel vrac ou de pierrede sel. Tous les animaux, toute l’année doivent avoir à disposition unecomplémentation en sel permettant de couvrir leurs besoins.

… tout en étant vigilant vis-à-vis des erreurs à éviter

Maintenir un apport à volonté de sel(pierre à lécher) est donc primordial. Après une absence prolongée d’apport, onévitera une distribution ad libitumcar l’animal en ingérerait une quantité susceptible de l’intoxiquer. On commencerapar lui proposer une quantité journalière de l’ordre de 40 grammes puis, aubout d’une semaine, de l’ordre de 60 grammes par jour. Si l’on propose despierres à lécher, on mettra à disposition 2 heures par jour puis on augmenteraprogressivement la durée. Au bout d’un mois, on pourra le laisser en disposer àvolonté. De plus, une remise en route de complémentation en sel ne se réaliserapas en fin de gestation. Cela pourrait entraîner des cas de fièvre vitulaire oude tétanie en période de peripartum. Dans ce cas, on attendra la mise-bas pourcompléter pleinement en sel. Concernant leur disposition, on ne placera pas lesblocs de sel trop près des points d’abreuvement afin d’éviter dessurconsommations pouvant entraîner des troubles.

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