Les avant-gardistes de l’élevage salers sans corne

Patricia OLIVIERI

Vingt-huit éleveurs issus de 15 départements français se sont lancés dans la sélection et la diffusion de reproducteurs salers “polled”, c’est-à-dire sans corne.

Pour les puristes, c’est comme un jour sans pain, la Butte Montmartre sans le Sacré-Coeur, Marseille sans l’OM, une hérésie, une entorse aux lois ancestrales de la nature. Pensez donc, élever des salers sans corne qui plus est dans le berceau de la race ! Des vaches, veaux, taureaux dont les ancêtres ont été sélectionnés sur ce fameux gène “polled” (sans corne). Pour les responsables et les membres du GIE polled excellence salers, il faut au contraire vivre avec son temps, avec les attentes des éleveurs tout autant qu’avec celles des acheteurs de génétique et d’animaux salers. Revendiquant une démarche conduite en pleine transparence et loin de tout prosélytisme, ces éleveurs salers - pour beaucoup sélectionneurs - ont entrepris de travailler au développement d’une filière française sans corne, loin des débats passionnés et passionnels qui agitent depuis des années les instances raciales. Et ce, en partant de deux constats : celui d’une demande unanime d’animaux sans corne de la part des marchés extérieurs au berceau de la race et des acheteurs étrangers qui pour l’heure, plébiscitent souvent la race angus, et celui d’exploitations dont la taille s’agrandit avec une main d’œuvre qui tend à se raréfier.

Joker, un taureau sans corne homozygote acheté en Écosse et à la descendance prometteuse.

Rester maîtres d’œuvre

“C’est simple, tous les animaux que je vends pour l’Angleterre ou l’Irlande sont écornés dès qu’ils débarquent. C’est dans l’évolution même de l’agriculture de ce XXIe siècle”, expose Pascal Trapenat, éleveur à Besse (63). Au-delà, l’enjeu initial était aussi pour ces éleveurs pragmatiques de ne pas laisser leurs homologues britanniques leur damer le pion sur ce sujet : “On s’est aperçu qu’ils y avaient déjà pas mal travaillé et qu’ils étaient avant-gardistes. C’est aussi eux qui nous ont poussés à réagir avec l’objectif pour nous de rester maîtres d’œuvre de ce développement, sachant que les Britanniques ont aussi besoin de venir se ressourcer avec des gènes de souches du berceau”, développe François Nolorgues, éleveur à Golinhac (12) et dont la société est spécialisée dans la vente de reproducteurs aubracs et salers. C’est autour de lui que se sont fédérés une poignée d’éleveurs en 2010 pour constituer ce GIE qui compte aujourd’hui 28 membres d’horizons géographiques variés : Cantal, Corrèze, Puy-de-Dôme, Aisne, Sarthe, Seine-Maritime, Meurthe-et-Moselle, Nièvre, Bas-Rhin, Mayenne... Vingt-huit élevages, dont les troupeaux représentent 10 % des vaches inscrites au herd-book salers, tous adhérents à Bovins croissance et choisis par parrainage. “Nous souhaitons travailler en confiance avec des éleveurs qui, grâce au contrôle de performances, per- mettent de quantifier les résultats des animaux sans corne”, explique Lionel Monier de Labesserette.

Ils ont tiré leur Joker

Leur objectif : introduire et développer le gène polled sans altérer les qualités raciales de leurs animaux. Comment ? D’abord en s’approvisionnant en embryons en provenance d’élevages canadiens où les premières salers importées au début des années 1970 ont été croisées à de l’angus pour obtenir rapidement des animaux polled. En 2010, le GIE acquiert donc 38 embryons(1) de trois lignées différentes, implantés chez une dizaine d’élevages adhérents. Deux ans plus tard, en décembre dernier, une commission a parcouru quelque 3 000 km pour évaluer les produits issus de ces embryons. Verdict : “On a trouvé plusieurs veaux très intéressants, avec des résultats plus qu’encourageants, des veaux très précoces avec beaucoup de croissance”, se félicite Pascal Trapenat. “Ce sont des animaux extrêmement doux, calmes, voire affectueux, qui ne nécessitent pas de contention. C’est le rêve pour l’éleveur”, assure Renaud Le Morvan, qui en a fait l’expérience sur son élevage à Aix en Corrèze. Parallèlement, en 2011, le GIE a eu le nez fin en achetant aux enchères en Écosse, Joker, un taureau alors âgé de deux ans et au nom prédestiné. Un taureau homozygote (présentant les deux allèles du gène polled, ce qui est rare) qui plus est issu de lignées françaises. Joker a été prélevé en Angleterre pour fournir 3 500 doses de semences et chaque adhérent du GIE en a reçu 200. Ses premiers descendants seront commercialisés par le GIE en 2014 “à un prix que l’on veut rémunérateur”, avancent les membres du bureau du GIE. Un prix qu’ils ne voient pas à moins du double de celui d’un reproducteur à cornes. Dans les prochains mois, le GIE compte continuer à diversifier ses apports de “sang” polled, de nouveaux achats étant ainsi envisagés en Europe.

(1) Pour 24 000 euros.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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Commentaires 1

pajano

oui les sans corne cet une belle avancez aussi pour l'homme que pour la bete mois de stresse

pour vendre ces taureau le double du prix d'un taureau corné il faudra voir les acheteurs ,ils veulent bien avoir un sans corne mais pas payer plus ::je suis en limousin sans corne
je connais les difficulté pour vendre 1000euros de plus qu'un taureau normal
BONNE CHANCE

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