Les besoins alimentaires de la génisse et de la vache : Le veau, de l'individu au troupeau. Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire (2)

Dr Didier GUERIN

La détermination du niveau de risque que constitue la sous-alimentation quantitative ou qualitative nécessite de connaître les recommandations d'apports chez la vache avec une considération spécifique de la génisse.

Après avoir vu le fonctionnement ruminal et avant d'aborder dans un prochain article l'impact des insuffisances alimentaires quantitatives ou qualitatives, sont apportées ici quelques éléments essentiels pour pouvoir estimer le niveau de risque.

Des besoins relativement modestes, une qualité fondamentale des fourrages

Les recommandations alimentaires d'apports journaliers pour une vache gestante pendant son tarissement ou en lactation sont résumées dans le tableau où l'on retrouve également les indications par kg de matière sèche ingéré qui en découlent pour les éléments principaux. De plus, il est recommandé 15 mg/kg de cuivre, 50 mg/kg de zinc, 1 mg/kg d'iode, 0,2 mg/kg de sélénium, 5.000 UI de vitamine A, 500 UI de vitamine D, 5 à 10 UI de vitamine E, un minimum de 20% de cellulose brute, un maximum de 20% d'amidon et un minimum de 20% de fibres longues. Ces besoins sont à rapprocher des apports possibles par le fourrage hivernal principal que représente le foin. La variabilité de qualité de foin peut impliquer, pour une même ration de base, une situation tout à fait favorable ou, à l'inverse, une problématique importante comme nous l'avons vue l'hiver dernier.

Une situation contrastée entre les macroéléments et les oligoéléments, du sodium à tous les bovins, toute l'année

Les vaches allaitantes ont des besoins en minéraux majeurs relativement limités. Quelle que soit la qualité de l'herbe et qu'il s'agisse de prairie naturelle ou temporaire, les teneurs en P et Ca sont suffisantes pour une vache allaitante. Il n'y a donc pas à se préoccuper de complémentation phosphocalcique au pâturage. Parmi les fourrages, de nombreuses graminées conduisent à des apports insuffisants en ces quatre éléments, la situation étant un peu meilleure pour les fourrages issus de prairies permanentes. Les légumineuses sont mieux pourvues en calcium, phosphore et magnésium. Par contre, pour le sodium (sel), la complémentation est nécessaire pour tous les bovins, toute l'année. Pour les oligoéléments, le risque de carence est élevé dans la plupart des situations avec de plus des spécificités régionales (ex. : pauvreté particulière du Massif Central pour le sélénium).

 

Une période critique à prendre en compte : « 2 mois avant à 2 mois après le vêlage »

Dans notre approche de l'alimentation de la vache allaitante, deux éléments complémentaires sont à prendre en considération :
• Le premier est général. Il concerne le délai d'action de toute modification alimentaire. Globalement, un délai de deux mois est à prendre en compte entre l'apport ou le retrait d'un nutriment et son plein effet sur l'animal. Toute complémentation ne sera donc pleinement active que deux mois plus tard, l'impact de toute carence ne se verra totalement qu'après le même délai. Cela implique également que l'apport par rapport aux périodes où les besoins sont augmentés devra se réaliser deux mois avant.
• Le deuxième est spécifique à la vache allaitante. Sa période de forts besoins se situe en fin de gestation et début de lactation (pour assurer une lactation suffisante et une fertilité adéquate).
La conjonction de ces deux éléments détermine la période où il faudra concentrer le suivi de l'alimentation de la vache allaitante, à savoir de deux mois avant à deux mois après le vêlage. La prise en compte de cette exigence va modifier la saisonnalité des apports pour certains troupeaux. De plus, étant donné l'évolution des périodes de vêlages dans certains élevages, cela demande une adaptation de l'alimentation en fonction de ces modifications en prenant en compte les particularités de saison : composition de la ration, taux de matière sèche et de fibres, densité et type d'énergie ou azote, apports de macroéléments ou d'oligoéléments…

La génisse à suivre de manière spécifique

Les primipares sont à considérer de manière spécifique car leur développement au moment du vêlage va avoir une influence conséquente en raison de l'impact sur les dystocies (vêlages difficiles) et donc sur les mortalités néonatales et la vitalité du veau (anoxie, transfert immunitaire insuffisant…). Rappelons que les facteurs les plus importants en matière de perturbation du transfert immunitaire chez la génisse sont les difficultés de vêlage et l'insuffisance de qualités maternelles, la quantité et la qualité du colostrum n'intervenant qu'après. Ce développement résulte de l'ensemble de la croissance pendant toute la vie de la génisse avec des périodes clés importantes à considérer. En cas de croissance insuffisante, les cas d'infantilisme du bassin sont nombreux.

Un âge au vêlage à choisir en fonction de ses objectifs

L'âge au vêlage des génisses est déterminé au niveau de chaque élevage de manière plus ou moins voulue. Le plus souvent, il est de 36 mois en élevage allaitant. Il peut être ramené à 30 mois (notamment pour les élevages ayant deux périodes de vêlage, printemps – automne) voire 24 mois (en particulier en race limousine). Il est parfois observé plus âgé ! Un vêlage facile nécessite un poids au vêlage suffisant. Les difficultés au vêlage augmentent significativement lorsque le poids du veau excède 8 à 9% de celui de la mère après mise-bas. Pour un veau de 50 kg, le poids minimum de la génisse après vêlage doit être de 555 à 625 kg, soit 640 à 710 kg avant vêlage. L'accroissement global du poids vif résulte de la croissance des différents tissus et organes. Chacun des éléments à un rythme de croissance qui lui est propre. La croissance du squelette est très élevée pendant la vie foetale et celle des muscles durant les 1ers mois de vie postnatale. La croissance de la carcasse est fortement dépendante des 18 1ers mois de vie. Les 6 1ers mois vont conditionner le développement des réservoirs et contenus digestifs.

4 « périodes clés » de la génisse à considérer avec soin

A certaines périodes, les erreurs alimentaires pèsent le plus sur les performances ultérieures de notre génisse devenue vache. 4 phases critiques ou « périodes clés » peuvent être ainsi définies :
Le jeune âge (jusqu'au sevrage) marqué par l'absence de croissance compensatrice.
La puberté tend à apparaître pour un stade de développement corporel constant qui est en rapport étroit avec le poids de la génisse (chez les races allaitantes, environ 55% du poids adulte moyen), donc sa vitesse de croissance, c'est-à-dire avec l'alimentation reçue. La puberté est relativement indépendante de l'âge.
La mise à la reproduction est directement dépendante de la puberté. Un délai de 2 à 3 cycles depuis la première chaleur est nécessaire pour obtenir une fertilité correcte des génisses (60% de réussite sur un cycle, 90% sur deux cycles).
En fin de gestation, l'état d'engraissement doit être suffisant pour assurer le postpartum mais ne pas être trop important afin de ne pas augmenter les dystocies (diminution du diamètre pelvien par la présence de graisse).

Les impacts sur la santé dans un prochain article

Le prochain article de cette série concernera les impacts sur la santé, notamment des veaux, des insuffisances, excès ou déséquilibres alimentaires.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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