Les éleveurs de bovins viande sont au Smic

Bernard Griffoul - Réussir Bovins Viande Décembre 2011

Les éleveurs de bovins viande sont au Smic
Efficacité des charges, produit élevé ou productivité du travail importante : le réseau d’élevage du Limousin a mis en évidence plusieurs voies pour dégager une rémunération du travail correcte. © B. Griffoul

L’harmonisation du calcul du coût de production en viande bovine donne un nouvel éclairage sur la rentabilité des productions. Le travail est rémunéré de façon similaire.

Le travail rémunéré à hauteur d'un smic

Coût de production et produit par 100 kilos de viande vive produite en 2009

Malgré une productivité du travail (kilos de viande par UMO), des coûts de production et des produits très différents, toutes les productions rémunèrent le travail au même niveau. Le coût de production est calculé pour une rémunération du travail forfaitaire de 1,5 Smic. C’est ce qui explique qu’il soit supérieur au produit et que ce dernier ne permet de dégager qu’un Smic en 2009.Source : IE (505 élevages)

Celui qui produit beaucoup de viande n’est pas forcément plus riche que celui qui en produit moins. » Tel est un des enseignements que Sébastien Guillot, éleveur dans le Puy de Dôme, a retenu de la formation sur le coût de production qu’il a suivi récemment. « Cette méthode nous a permis de nous comparer quels que soient les systèmes de production et les races », témoignait-il lors du Sommet de l’élevage. Il a apprécié que la rémunération du travail soit prise en compte. La méthode de calcul du coût de production de l’Institut de l’élevage intègre en effet des charges qui autrefois étaient occultées : la rémunération du travail des exploitants et celle du capital d’exploitation (hors foncier). Les amortissements sont également pris en compte car le coût de production n’est évidemment pas le même entre une exploitation en phase d’investissement et une autre en croisière. L’éleveur a touché du doigt également combien « les aides sont vitales pour équilibrer le coût de production et le produit. » Et aussi, que ce n’est pas la quantité de viande produite qui fait le revenu, mais la cohérence entre la production et les charges.

Un Smic par unité de main-d’œuvre

C’est certainement un des grands enseignements de la nouvelle méthode de calcul du coût de production, mise au point par l’Institut de l’élevage. Ses concepteurs ont eu la bonne idée de ramener tous les critères de calcul au kilo de viande vive produite. Ce qui permet de comparer des systèmes qui étaient auparavant réputés incomparables. Le calcul des coûts de production, effectué de la même manière partout en France dans plus de 500 élevages, permet de constater que les éleveurs ont a peu près le même « salaire » dans toutes les productions de viande bovine. Du producteur de veaux sous la mère à l’engraisseur de jeunes bovins, du naisseur en race rustique au naisseur-engraisseur, en 2009, le travail était rémunéré en moyenne à hauteur d’un Smic par unité de main-d’œuvre (UMO). Pourtant, le coût de production est très différent selon les systèmes : il va de 208 euros par 100 kilos de viande vive produite (100 kgv) pour l’engraissement de jeunes bovins jusqu’à 700 euros pour le veau sous la mère. Mais, comme le produit fait aussi le grand écart, au final, cela donne une rémunération équivalente. En revanche, à l’intérieur de chaque système, celle-ci varie de un à cinq, parfois plus.
Bref, peu importe le système : tout dépend de la façon dont on s’y prend pour produire.
Les services techniques du Limousin se sont penchés sur les soixante exploitations suivies par le réseau d’élevage pour tenter d’expliquer ces écarts et surtout comprendre comment s’y prennent les éleveurs qui voient leur travail bien rémunéré. Constat a été fait aussi qu’il y a plusieurs manières d’atteindre ce même objectif. Les éleveurs ont été séparés en deux groupes : d’un côté ceux qui ont une rémunération supérieure à un Smic par UMO, de l’autre, ceux qui sont à moins d’un Smic. Les éleveurs qui s’en sortent le mieux maîtrisent bien leur coût de production, particulièrement sur deux postes importants : l’alimentation et la mécanisation. Pour l’alimentation, l’écart entre les deux groupes est de 20 à 25 euros par 100kgv, quel que soit le système, naisseur ou naisseur-engraisseur. Il semble, qu’au-delà d’un seuil de 70 euros, la rentabilité soit affectée. Pour la mécanisation, la différence est encore plus grande. « Les rémunérations les plus élevées s’accompagnent également d’une bonne technique », ajoute l’Institut de l’élevage. La productivité, exprimée en kilos de viande vive produite par UGB, est supérieure de 15 à 20 kg dans le groupe des éleveurs les plus performants.

Efficacité des charges ou produit élevé

L’étude a également mis en évidence plusieurs façons de bien s’en sortir. Deux logiques de rentabilité assez opposées, mais qui permettent d’obtenir toutes les deux 1,5 Smic par UMO, sont mises en œuvre par les éleveurs quels que soient les systèmes de production. Il y a d’abord ceux qui se différencient par l’efficacité des charges donc des coûts de production très bas. Ils n’ont pas un produit plus élevé que les autres, mais ils sont très économes avec des charges tirées au plus près des besoins des animaux et de la taille de l’exploitation. Ils font preuve également d’une bonne productivité, aussi bien animale (kilo de viande produite par UGB) que du travail (kilo de viande par UMO). Les seconds ont, au contraire, un produit élevé pour faire face à un coût de production un peu supérieur, mais qui reste raisonnable, et à une productivité moyenne. Ils ont deux manières d’y parvenir : soit avec un bon prix de vente des animaux (finition, vente en filières de qualité, conformation et état d’engraissement des animaux, période de mise sur le marché) ; soit en bénéficiant de soutiens importants (nombre de PMTVA élevée et aides du second pilier). Plutôt des naisseurs-engraisseurs et des producteurs de veaux sous la mère dans le premier cas et des naisseurs dans le second.

Jouer la productivité du travail

Il y a enfin une troisième façon de gagner correctement sa vie, c’est de « s’organiser et s’équiper pour produire plus de kilos ». Parmi les soixante élevages étudiés dans le Limousin, six naisseurs–engraisseurs dégagent un « salaire » de 2,7 Smic par UMO grâce à une productivité du travail exceptionnelle. Ils produisent 55 tonnes de viande vive par UMO, soit 18 tonnes de plus que l’ensemble des naisseurs–engraisseurs, et gèrent 90 vêlages par UMO. Ce sont majoritairement des exploitations de polyculture – élevage de grande taille (330 ha et 190 vêlages) bien équipées en matériel et bâtiments pour faire face à la charge de travail. Si le produit est dans la moyenne, le coût de production est en-dessous de la référence grâce à un poste travail plus faible et aux économies d’échelle liées au volume de production. « Quelle que soit la logique de rentabilité, le revenu reste soumis à des incontournables », conclut l’Institut de l’élevage. A savoir, une bonne technique, un coût de production maîtrisé et une productivité du travail de bon niveau. Rien de bien nouveau, mais ça a le mérite d’être aujourd’hui clairement chiffré.

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