Les impacts de l'alimentation sur la santé : Le veau, de l'individu au troupeau. Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire (3)

Dr Didier GUERIN

Les insuffisances, excès ou déséquilibres alimentaires impactent sur la santé. Pour les gestantes, le retentissement sur le veau va être de manière indirecte. Pendant la gestation, la vache va se « sacrifier » pour la mener à terme, la perturbation s'observant après le vêlage.

Après avoir vu le fonctionnement ruminal et les besoins des vaches allaitantes dans de précédents articles, nous allons aborder ici l'influence sur la santé des bovins des différents facteurs alimentaires que ce soit par leur insuffisance, leur excès ou les déséquilibres. Ils sont à envisager dans l'ordre logique qui doit être suivi lors de toute approche alimentaire, quel que soit le motif.

Un état d'engraissement, dépendant de l'apport énergétique, à surveiller

Un déficit énergétique supérieur à 1,5 UFL/j pendant 150 jours se traduit par une perte d'état importante supérieure à un point de note d'état (50 kg PV), un retard des chaleurs et de la fécondation, une baisse de la fertilité, des veaux plus fragiles (augmentation des taux de mortalité et d'animaux malades) et des croissances retardées chez les veaux. L'alimentation des vaches pendant la gestation semble avoir peu d'influence sur la qualité du colostrum et le transfert immunitaire. Cela reste vrai dans le cas d'une restriction énergétique alimentaire de 15%. Un état d'engraissement excessif en fin de gestation peut entrainer une augmentation des vêlages difficiles. En lactation, lorsque la mère maigrit excessivement car ses besoins en énergie ne sont pas couverts (déficit supérieur à 2 UFL/j), le lait, riche en acide gras longs, est alors moins digeste et peut ainsi provoquer des troubles digestifs chez le jeune veau allaitant. C'est également le cas lorsque les mères ont une ration excédentaire en énergie et carencée en protéines.

 

Un apport azoté essentiel en fin de gestation et début de lactation

Les protéines sont indispensables pour digérer la cellulose des fourrages et stimuler l'appétit, pour les besoins d'entretien (660 g PDI/j), la croissance du foetus (250 g PDI/j durant le 9ème mois de gestation), un colostrum de qualité riche en anticorps, pour la production laitière (400 g PDI/j pour 8 litres de lait) et la reproduction (1ère chaleur, fécondation). Les besoins sont donc plus importants en fin de gestation et début de lactation. En cas de sous-alimentation protéique, pour subvenir à ses besoins incontournables, la vache va pomper sur ses réserves que sont les muscles. On observera donc une fonte musculaire irréversible qui s'accentue au cours des années dans les élevages chroniquement concernés. Dans le cas d'une restriction protéique importante dans les 90 derniers jours de la gestation (- 40% de l'apport quotidien recommandé en protéines), la production de colostrum diminue et est compensée, seulement en partie, par une augmentation des concentrations colostrales d'immunoglobulines. Une ration restreinte de 45% en protéines entraine des veaux avec un poids de naissance significativement plus faible et un maintien de la température corporelle difficile. L'excès d'azote soluble dans la ration (ensilages d'herbe, herbe jeune..) ou une alimentation trop riche en protéines peuvent provoquer des troubles digestifs chez le veau par concentration trop importante d'urée dans le lait.

Un apport en macroéléments à peaufiner l'hiver, du sel à apporter toute l'année

Les fourrages pailleux sont pauvres en magnésium (1-1,5g/kg MS) par rapport aux besoins chez les bovins (2 à 2,5g/kg MS). L'hypomagnésémie est très fréquente par manque de stock disponible, difficulté de mobiliser rapidement le magnésium tissulaire et une absorption ruminale diminuée si le pH est supérieur à 6,5. L'élément minéral dont la carence est très répandue et, pourtant, facile à compenser, est le sodium. Du sel doit toujours être offert aux animaux. De plus, c'est un élément pour lequel les bovins s'autodéterminent. Des apports insuffisants en sodium retentissent sur le métabolisme de l'animal et sur le fonctionnement ruminal. La salive a alors un faible pouvoir tampon. Chez les jeunes bovins qui expriment en premier les symptômes, les risques de pica, d'acidose, de nervosité … sont alors accrus. Au niveau des adultes, on observe une diminution du niveau d'ingestion, une perte de poids, une diminution de la production laitière, du pica, une prédisposition accrue à une carence en magnésium, des troubles de la fécondité.

Les veaux, principales victimes des carences en oligoéléments

Lors de carences en oligoéléments chez les vaches allaitantes, les manifestations à leur niveau sont plutôt subcliniques mais ce sont surtout les veaux qui paient un lourd tribut dans ce contexte, leurs carences offrant un terrain particulièrement favorable aux maladies infectieuses. Certains nutriments sont impliqués dans l'immunostimulation. La réponse leucocytaire liée aux minéraux et vitamines dépend du degré de complémentation des mères. La carence en cuivre peut être primaire ou secondaire suite surtout à un excès de soufre, fer ou molybdène. L'ingestion de terre (riche en fer) peut perturber l'absorption du cuivre. Ainsi, lorsque l'herbe est trop rase en prairie, le cuivre est deux fois moins bien absorbé du fait de l'ingestion importante de terre (jusqu'à 10% de la matière sèche ingérée). Cela peut représenter un phénomène conséquent lors de sécheresse ou lors de récolte difficile des fourrages. Dans les fourrages, les concentrations en cuivre et en zinc diminuent avec le stade de maturité de la plante. Elles sont plus importantes chez les légumineuses que les graminées (6 ppm), à noter la richesse du pissenlit en cuivre.

Une déficience nutritionnelle en zinc diminue la concentration en anticorps et augmente le temps de réponse aux traitements. La déficience nutritionnelle en sélénium se manifeste par l'apparition de mortinatalité, de myopathie, d'incompétence à la succion, de suppression de l'immunité. Le sélénium influe aussi sur la synthèse des immunoglobulines, sur la production du colostrum mais également sur l'absorption des IgG chez le veau. Il existe une corrélation positive entre le sélénium plasmatique chez la mère et la concentration en IgG dans le colostrum. La complémentation en sélénium en fin de gestation chez les vaches carencées a des effets sur le transfert immunitaire et sur le statut en sélénium du veau après la naissance. De plus, la carence en sélénium pourrait être à l'origine de l'émergence de souches virales plus virulentes. Une carence en iode diminue le temps d'absorption des immunoglobulines. En revanche l'excès d'iode pendant la gestation contribue à un défaut de transfert d'immunoglobulines. Les carences en iode associées à une carence ou un excès en sélénium constituent des facteurs de risques de l'anoxie néonatale et du syndrome de détresse respiratoire du nouveau-né.

L'illustration par deux exemples dans l'article suivant

L'hiver 2007/2008 avec la mauvaise qualité des fourrages et le suivi des élevages, dans le cadre du plan diarrhées mis en place dans notre département depuis 2003, représentent des exemples riches d'enseignements quant à l'impact sur la santé d'insuffisances alimentaires et la démarche d'intervention en élevage à mettre en place.

Source Groupement de Défense sanitaire du Cheptel Creusois

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