Les Jeunes Agriculteurs préparent un projet pour remettre la filière bovins viande en synergie

Réussir Bovins Viande Décembre 2011

Les Jeunes Agriculteurs préparent un projet pour remettre la filière bovins viande en synergie

Deux éleveurs qui appellent à la réflexion et à l'action

© S. Bourgeois

« Nous avons le sentiment d’un grand gâchis. Il ne faudrait pourtant pas grand-chose pour que la filière reprenne vie, » assurent Nicolas Maurel (à gauche sur la photo) et Benoît Aurière. Nicolas Maurel élève depuis 2002 une cinquantaine de Blondes dans le Tarn. En EARL avec son père, il conduit aussi 95 ha en polyculture. Benoît Aurière est installé depuis 2003 dans le Cantal en Gaec avec ses parents et élève 130 Salers.

Comment et pourquoi votre organisation syndicale s’attelle-t-elle à un projet pour la filière viande bovine ?

Nicolas Maurel - C’est une réflexion qui a démarré en septembre 2010. Pour sortir la filière viande bovine du marasme, il est nécessaire qu’elle soit portée par un projet de long terme. Nous avons d’abord rencontré les représentants de tous les segments de la filière, à tous les échelons.
Benoît Aurière - Nous avons d’abord voulu comprendre, recueillir la version de tous les acteurs. Il n’est pas question de se substituer à un autre métier de la filière mais de reprendre le dialogue.

Quel diagnostic du fonctionnement de la filière en avez-vous tiré ?

B. A. - D’abord toutes les personnes rencontrées sont bien conscientes des énormes difficultés que les éleveurs rencontrent pour gagner leur vie. Mais tout le monde se tourne le dos, se regarde en chien de faïence en se demandant ce que l’autre est en train de préparer contre lui. Ceci est une attitude observée à tous les niveaux, des éleveurs aux industriels. C’est vraiment un problème culturel propre à notre filière.
N. M. - Nous avons le sentiment d’un grand gâchis. Cela se fait toujours au détriment des éleveurs. Surtout que de grandes opportunités se présentent pour la viande bovine avec l’augmentation de la demande à l’export, et que la France a tous les atouts nécessaires pour en tirer profit. Il ne manque pas grand-chose finalement pour que chaque échelon de la filière retrouve une rentabilité qui lui ouvre des perspectives, lui redonne vie.

Comment faire pour améliorer le fonctionnement de la filière ?

N. M. - Il s’agit globalement de lui redonner de la cohérence, de retrouver une synergie. Nous peaufinons notre dossier pour le présenter début 2012. Nous sommes déjà parvenus à la conclusion que l’action prioritaire à conduire est le regroupement de l’offre. Nous pensons qu’il faut avoir une organisation de l’offre calibrée sur celle des segments de marchés et/ou du tissu industriel. Nous sommes certains qu’il doit être possible de faire passer en GMS, une hausse du prix payé aux éleveurs à condition d’être organisé.
Il est indispensable que l’éleveur reprenne la main sur la vente de ses animaux. J’invite pour commencer chaque producteur à s’interroger sur le devenir des animaux qu’il vend, sur l’identité de leur distributeur final. Il faut que les éleveurs se mobilisent au sein de leurs organisations de producteurs. Ensuite, nous sommes convaincus que la viande bovine française a grand intérêt à percer davantage le marché de la restauration hors foyer. C’est actuellement une niche pour la viande européenne importée. Et c’est là que se consomme de plus en plus de viande bovine.

Les installations en viande bovine sont plus que jamais problématiques en ce moment. Avez-vous de bonnes nouvelles pour les futurs éleveurs ?

B. A. - Dans cinq à dix ans, nous serons face à un énorme problème de renouvellement de génération. Il faut d’abord retrouver de la rentabilité pour les éleveurs, c’est l’objet de notre projet pour la filière. Ensuite, nous avons fait depuis l’an dernier beaucoup de propositions, qui sont en cours d’expertise, pour adapter les outils d’aides à l’installation au contexte d’aujourd’hui. La prochaine PAC reconnaît d’ailleurs en les inscrivant dans le premier pilier l’importance des aides à l’installation. Nous serons prêts pour ce défi, mais il faudra que les cédants nous aident en restant davantage à l’écoute. On ne pourra pas réussir seuls.

Propos recueillis par Sophie Bourgeois le 9 novembre 2011

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