Les litières, une source de contamination à maîtriser. L’illustration par les diarrhées néonatales

Dr Didier GUERIN

Les litières, une source de contamination à maîtriser. L’illustration par les diarrhées néonatales

Les litières constituent des sources potentielles de contamination. Une gestion adéquate représente une mesure sanitaire de base comme l’illustrent les diarrhées néonatales.

De nombreux agents pathogènes sont présents dans les secrétions ou les déjections et se retrouvent dans les litières d’où des précautions à prendre pour leur gestion.

Une population bactérienne conséquente, une présence virale persistante, quelques parasites de stabulation particulièrement résistants

Les litières concentrent les bactéries responsables des diarrhées, excrétées avec les fèces. Les eaux fœtales, les sécrétions utérines et vaginales, les placentas peuvent contenir en grandes quantités les agents responsables des avortements et des infections génitales. Enfin, des bactéries responsables de diverses infections cutanées, podales, ombilicales… peuvent être évacuées dans les litières avec les suppurations. A l’exception des formes sporulées, la durée des risques engendrés va de quelques jours à quelques mois. Des maladies virales (diarrhées néonatales à rotavirus ou coronavirus) peuvent être transmises par les fumiers ou lisiers. Quelques parasites (coccidies, cryptosporidies, ascaris, strongyloïdes) assurent leur recyclage par les bouses en stabulation.

La litière peut être un agent accélérateur de contamination lorsque la température de la litière à 10 cm de profondeur excède 36°C. Une limitation de la dynamique de contamination demande donc que le fumier soit retiré lorsque la température interne de la litière atteint ou dépasse 36°C.

Des pathologies particulièrement à risques

En matière de diarrhées néonatales, le risque d’infection bactérienne et virale et d’infestation par les ookystes (coccidies, cryptosporidies) est élevé et durable (cf. encadré). Les clostridies sont très résistantes dans le milieu extérieur. Sous leur forme de spore, elles peuvent survivre plusieurs années voire plusieurs dizaines d’années. Les maladies, les plus connues, dues aux clostridies rencontrées dans les élevages sont les suivantes : entérotoxémies, tétanos, botulisme. La principale caractéristique de Mycobacterium paratuberculosis, germe responsable de la paratuberculose est son extrême résistance dans le milieu extérieur, en particulier en terrain humide et acide. La persistance du germe dans les fumiers est de l’ordre de 150 jours.

Un effet thermique accélérateur de la dynamique de contamination en stabulation

Au delà de son implication dans la concentration des germes émis par les animaux par leurs différentes sécrétions (fèces, urines, sécrétions utérines et vaginales…), la litière peut être un agent accélérateur de la dynamique de contamination lorsqu’elle se trouve dans des conditions favorables à la multiplication microbienne. Une litière humide (ventilation insuffisante) et/ou épaisse (paillage surabondant, curage insuffisant) constitue un facteur de risque important. Ce risque est quantifiable par la prise de la température de la litière à 10 cm de profondeur qui ne doit pas excéder 36°C. Une limitation de la dynamique de contamination demande donc que le fumier soit retiré lorsque la température interne de la litière atteint ou dépasse 36°C.

L’avenir du veau se joue dans les heures suivant sa naissance. Dans l’utérus, le fœtus se trouve sous haute protection. A la naissance, un envahissement brutal de son tube digestif par les micro-organismes se réalise alors qu’il est totalement dépourvu de défenses immunitaires. L’apparition de diarrhées vient d’un déséquilibre agents infectieux/défenses immunitaires. Cela implique de quantifier chaque facteur afin de déterminer les actions prioritaires à initier.

Encadré : Apparition d’un épisode de diarrhées néonatales. Quelles mesures à mettre en place en urgence

Lors de période de vêlages plus ou moins avancée, apparaissent dans certains élevages des épisodes de diarrhées néonatales. Ceux-ci laissent, le plus souvent, démunis les éleveurs, car, se considérant devant une situation inéluctable qu’il va falloir subir jusqu’à la fin de la période hivernale. Or, la connaissance des mécanismes impliqués, alliée aux résultats obtenus dans le cadre du plan départemental “ diarrhées néonatales ” de GDS Creuse, permet de définir une méthodologie d’action.

Les actions urgentes à mettre en place lors de présence d’un épisode diarrhéique

1.  Identifier et quantifier la problématique

L’apparition de diarrhées vient d’un déséquilibre agents infectieux/défenses immunitaires. Cela implique de quantifier chaque facteur :

ð  Evaluer le niveau de transfert immunitaire : dans les élevages confrontés à des diarrhées néonatales, 25 à 60% des veaux présentent un défaut de transfert immunitaire. Une prise de sang réalisée sur 5 veaux âgés de 2 à 6 jours permettra de connaître la quantité et la qualité du colostrum absorbé. Cette analyse est prise en charge à 100% par GDS Creuse (voir article du 16 novembre 2011).

ð  Identifier les agents infectieux présents : un prélèvement de fèces sera réalisé sur 2 à 3 veaux en début de maladie et n’ayant subi aucun traitement.

2.  Augmenter les défenses immunitaires

L’augmentation des défenses du veau demande l’apport supplémentaire de colostrum qui peut être complété par une vaccination (délai d’action minimal de 15 jours) qui permet l’obtention d’anticorps spécifiques mais qui n’augmente pas le niveau d’anticorps de façon substantielle. Cela implique que lors de qualité insuffisante du colostrum, la vache ne pouvant augmenter, dans l’immédiat, la concentration de son colostrum en anticorps, le plus utile sera un colostrum de complément à tous les veaux à la naissance.

Au fur et à mesure de la saison de vêlages, on observe deux phénomènes qui vont favoriser la progression du nombre et de la gravité des diarrhées, d’une part, une baisse de la qualité du colostrum qui implique une baisse du niveau de défenses immunitaires du veau et, d’autre part, une augmentation de la contamination du milieu, les veaux étant d’excellents relais multiplicateurs des agents pathogènes présents.

3. Limiter la pression infectieuse

Afin que les veaux naissants ne se retrouvent pas dans un milieu hyper contaminé (cf. impact de la litière et de sa température sur l’accélération de la dynamique de contamination), les vaches non-vêlées seront regroupées et mises dans des cases nettoyées et désinfectées ou dans des lieux n’ayant pas été confrontés à cette problématique depuis plus de 6 mois (notamment pour les élevages en plein-air). Pour limiter toute nouvelle dynamique de contamination, tout éventuel nouveau veau diarrhéique sera isolé dès les 1ers symptômes.

La présence de diarrhées en nombre signe la présence d’un déséquilibre « agents infectieux/défenses immunitaires » important. Cela implique de rétablir cet équilibre en augmentant les défenses immunitaires et limitant la pression infectieuse.

En conclusion, d’abord une application stricte des mesures sanitaires

Les diarrhées néonatales sont des phénomènes infectieux épidémiques se développant en présence de facteurs favorisants. L’application stricte de mesures sanitaires, notamment la gestion des litières, permet de limiter l’amplification du phénomène. Rappelons que tout élevage soumis à une problématique de diarrhées (plus de 15% de veaux atteints) dispose aujourd’hui de moyens de prévention et de lutte adaptés. Pour tout renseignement complémentaire, contactez votre vétérinaire ou GDS Creuse.

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