Les pays de l’ex-URSS veulent des allaitantes

Cyrielle Delisle Réussir Bovins Viande Novembre 2011

Les pays de l’ex-URSS (l’Union des Républiques socialistes soviétiques) commencent à rouvrir leurs frontières. Et s’ils font beaucoup d’émules, c’est en raison de l’importance de ces marchés.
La Russie, par exemple, importe à elle seule 60 000 reproducteurs (lait et viande) chaque année. Mais malheureusement pour la France, ce débouché reste bien étroit comparativement aux animaux provenant d’Australie (environ 50 000 têtes), d’Allemagne et de Hollande (environ les 10 000 têtes restantes). Selon Alain Hoguet, qui a travaillé vingt ans en Russie, la France n’a pas les savoir-faire et les connaissances nécessaires dont usent ces pays.
Autre particularité de la Russie, les chefs d’exploitations sont des investisseurs qui mettent des salariés dans les élevages. Ces derniers ont parfois  des connaissances assez limitées sur la conduite au quotidien d’un cheptel allaitant. « Les vaches doivent être peu exigeantes, maternelles et avoir des facilités de vêlages. Il est donc essentiel d’assurer un suivi technique sur place pour former les salariés », explique Alain Hoguet.

Jean-Luc Kress et Samuel Kouba de KBS Génétic. © C. Delisle

« Ces pays représentent un marché important mais le sanitaire reste notre épée de Damoclès. »

Au Kazakhstan, la viande est une ressource stratégique

« Grand pays d’élevages du temps de l’URSS, le Kazakhstan a vu son agriculture s’écrouler avec la chute du régime et passer d’exportateur net à importateur net. Depuis deux ans, l’État souhaite remonter un troupeau allaitant et devenir le principal fournisseur de viande de ses voisins (Chine, Russie…) », explique Dominique Pagès, un Français qui a fondé une société de conseils à Almaty au Kazakhstan. C’est dans ce contexte, qu’une délégation kazakh a fait le déplacement au Sommet de l’élevage, sous la direction d’Aïgul Ahmedzhanova, la présidente de Kazagro Marketing, filiale de la holding d’État en charge du développement du secteur agricole.
« Pour améliorer la qualité de nos races locales, nous comptons importer les meilleurs reproducteurs de différents pays. D’où notre présence en France. Nous connaissons les races Charolaise, Limousine et Aubrac. Nous sommes certes intéressés par la génétique, mais également par les technologies qui s’apparentent à l’élevage (équipements, conduite d’élevage…). On ne veut pas juste importer de la génétique, on veut apprendre à l’utiliser », précise Aïgul Ahmedzhanova. À cette fin, l’État verse une subvention de 1 000 euros par reproducteur de race pure importé, l’objectif annoncé étant de 70 000 têtes. Des opportunités s’ouvrent donc à la filière bovine française, même si les Américains et les Canadiens sont déjà très présents dans le pays.
Pour les négociants en animaux d’élevage, il est indispensable de se positionner dès aujourd’hui, même si cela est coûteux et demande un travail sur le long terme, car « les troupeaux déjà en place là-bas sont des preuves incontestables de la bonne adaptation de nos races françaises dans ces pays aux conditions extrêmes. Il y a dix ans, on a expédié des bêtes de quatre races différentes (Limousine, Aubrac, Salers et Charolaise) à Tioumen en Sibérie. Ce troupeau, qui s’est reproduit depuis, permet de faire la démonstration de l’adaptation des animaux en Sibérie, où les conditions sont dures (chaleur et insectes en été, températures glaciales en hiver…). Tioumen représente l’avantage d’être proche du Kazakhstan et sert ainsi de vitrine à ce pays. On y retourne prochainement afin de montrer les savoir-faire français en matière de découpe. C’est un état qui n’a pas de tradition bouchère. L’objectif est ainsi de prouver la meilleure valorisation des carcasses d’animaux issus de race française par rapport aux anglo-saxonnes », commente Jean-Luc Kress, directeur de KBS Génétic.

Plusieurs envois successifs

« On observe une forte demande d’animaux reproducteurs de la part des pays de l’ex-URSS. L’offre en retour est également importante, notamment d’Australie, du Canada et des États-Unis qui expédient des bêtes à moindre coût mais de qualité inférieure. Récemment, nous avons effectué une exportation pionnière en Mongolie de 220 bovins (dont 140 génisses de l’année et 8 taureaux de race limousine). Cet acte commercial incluait deux missions techniques préalables, afin de préparer l’arrivée des animaux. Une troisième est prévue ultérieurement pour la transmission des savoirs techniques », commente Gilles Lequeux, commercial d’Interlim Génétique.
Pour la société Charolais expansion, les années 2006 et 2007 ont vu se succéder trois marchés vers la Russie « En 2006, ce sont 786 génisses de 18 mois, autant de génisses de 9 à 12 mois et 26 taureaux qui ont intégré la province de Krasnodar au Sud de la Russie pour créer un élevage de bovins viande. Avant d’être rejoints par 800 génisses gestantes et 50 mâles en 2007. Un dernier envoi de 400 génisses gestantes a eu lieu dans la région de Kaluga (au Sud-Est de Moscou) en 2007. Pour chaque transaction, un suivi technique sur place a été procuré », note Cécile Lainé, animatrice Charolais expansion. Vers le Kazakhstan, Jean-Paul Boyer, négociant dans l’Aveyron,  vient de signer un contrat pour une expédition de 350 Aubracs dont 341 génisses et 6 taureaux. Ces animaux sont entrés en quarantaine en France début octobre. « Un fils d’éleveur français va suivre les animaux durant un mois pour la mise en route du point de vue génétique, alimentaire et infrastructurel. Avant de retourner pour les vêlages. Ce pays représente un réel potentiel, à nous de l’exploiter. A nous opérateurs, de nous battre pour percer sur ces marchés », commente Jean-Paul Boyer.
KBS Génétique a cette année exporté 700 génisses Limousine de 16 mois ou gestantes sur la région de Kostroma (Nord-Est de Moscou). « Cette première expédition dans cette région a été une réussite sanitaire, les quarantaines en France et en Russie se sont effectuées sans incident. C’était important car notre ennemi numéro un sur ces destinations reste le sanitaire. Aujourd’hui, un second départ du même ordre est en marche », souligne Jean-Luc Kress. Le suivi technique reste indispensable lors d’exportations de reproducteurs. Une mission de ce type est d’ailleurs prévue avec l’Institut de l’élevage et l’ambassade de France en Russie, afin de prouver la bonne adaptation des races françaises et de former les Russes sur les productions fourragères et à la conduite de ce troupeau allaitant.

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