Les prophylaxies collectives : Leurs besoins et apports, leurs droits et obligations, le positionnement de la fièvre catarrhale

Marien BATAILLE / D'après Dr Hervé PETIT

Les prophylaxies collectives : Leurs besoins et apports, leurs droits et obligations, le positionnement de la fièvre catarrhale

Dans la continuité de l'article sur l'organisation sanitaire générale, cet article, basé sur l'intervention du Dr Hervé Petit de GDS France à l'A.G. du GDSCC le 24 avril 2009, fait le point sur les prophylaxies collectives avec leurs besoins et apports, leurs droits et obligations, le positionnement de la fièvre catarrhale.

Dans les années 50, du fait du nombre conséquent d'élevages à petit cheptel vivant en autarcie et de la mauvaise situation sanitaire du cheptel, des maladies contagieuses circulent. Il est dénombré 340.000 foyers de fièvre aphteuse en 1952, une prévalence supérieure à 10% de tuberculose bovine et à 50% de brucellose bovine. Ces pathologies présentent de graves enjeux de santé publique puisque certaines de ces maladies sont des zoonoses (tuberculose, brucellose) et de graves enjeux économiques pour le secteur agricole, du fait des pertes dues aux maladies animales contagieuses.

Une gestion sanitaire s'organise

Pour faire face, les services vétérinaires de l'Etat chargés de la lutte contre les maladies animales réglementées, mettent en place un arsenal réglementaire afin de limiter le développement de ces maladies. Cependant, les moyens financiers et humains sont limités car le rôle du vétérinaire praticien est alors basé sur les soins aux animaux malades. Les missions collectives n'existaient pas. C'est pourquoi, seule une action collective via une association d'éleveurs, pour compléter l'action des services vétérinaires, pouvait être efficace d'où la création des Groupements de Défense Sanitaire avec la mise en commun de moyens humains et financiers (voir article précédent).

Des moyens limités mais efficaces

L'intégration des aspects de santé publique notamment vis à vis des zoonoses deviennent alors une priorité sanitaire. Les mesures de lutte sont radicales. En ce qui concerne la fièvre aphteuse, en cas de foyers, le cheptel est abattu puis détruit en totalité, pour les autres élevages la vaccination est réalisée de manière préventive. Pour la tuberculose, la brucellose et la leucose, un dépistage systématique des effectifs et l'élimination des animaux positifs est réalisé ainsi que le contrôle des mouvements avec un dépistage à l'introduction, une surveillance des manifestations cliniques, la déclaration des avortements et la vaccination préventive éventuelle.

Un renforcement progressif des moyens et des actions collectives

Au fil du temps, de nouvelles missions sont prises en charge. La fièvre aphteuse et la tuberculose en sont à l'origine, puis viennent s'ajouter la brucellose, la leucose ainsi que les pathologies concernant d'autres espèces animales. Le renforcement des moyens passe par la structuration des DDSV avec la contribution des vétérinaires praticiens, c'est ainsi qu'apparaissent les mandats sanitaires, puis la généralisation et le développement des GDS. D'autre part, la création des laboratoires de santé animale permettent d'apporter un appui technique et un diagnostic dans la recherche de ces pathologies.

Une adaptation des stratégies de lutte

La diversification et l'évolution des stratégies de lutte vont favoriser la gestion des foyers déclarés et permettre de mettre en place un dépistage systématique de la tuberculose, de la brucellose et de la leucose dans les élevages et ainsi instaurer un réseau d'épidémiosurveillance. Ces stratégies de lutte s'adaptent aux évolutions de la situation épidémiologique. Au fil du temps, des allègements progressifs voient le jour, comme la suppression de la tuberculination d'effectifs et la remontée de l'âge de dépistage de la brucellose de 12 à 24 mois en 2000 pour 6 départements, dont la Creuse. Une mesure fondamentale, appliquée tout au long de la lutte est la surveillance des mouvements et des rassemblements avec des simplifications.

Des stratégies de lutte en fonction des situations

La transmissibilité d'une maladie (contagiosité, vecteur…) est une caractéristique aux conséquences implacables. Plus la transmissibilité est importante, plus les mesures individuelles sont vouées à l'échec car elles nécessitent une absolue maîtrise de la totalité de la population ciblée. D'une part, les mesures de lutte peuvent être médicales avec des moyens préventifs (vaccins) ou curatifs (traitements) ou sanitaires avec la destruction de l'agent pathogène ou la protection des animaux sains par des moyens autres que médicaux. D'autre part, les mesures vont être offensives (foyers, zones adjacentes) ou défensives (biosécurité en élevage, protection du territoire). Ces mesures sont à adapter en fonction de l'agent pathogène visé avec une variété de combinaisons possibles.

Les conditions de l'efficacité : exemple de la vaccination

Concernant la vaccination, plusieurs objectifs sont possibles :
Sur le plan individuel (à l'animal), le but est d'éviter qu'il ne tombe malade. L'efficacité clinique dépendra du respect des préconisations du fabricant ou du vétérinaire.
Sur le plan collectif, le but est de faire diminuer, voire disparaitre la maladie d'une zone donnée, tous les animaux doivent alors être protégés pour que la lutte soit efficace (loi de Charles Nicolle : « la fraction à vacciner est en général de 80%, les 20% d'individus restants sont protégés par les autres).

Application à la fièvre catarrhale : bilan…

En 2006, les 1ers foyers de fièvre catarrhale sérotype 8 apparaissent en Europe de l'ouest. Dans un contexte d'intensification et de mondialisation des échanges, cette maladie vectorielle, non zoonotique mais hautement transmissible, présente alors nombre d'inconnues (épidémiologie, vecteur, virulence du sérotype…). Les moyens de lutte sont quasi inexistants et la réglementation communautaire est axée sur les sérotypes du pourtour méditerranéen, ce qui implique la gestion de cette crise en urgence. Pour la campagne 2007-2008 la France a connu une extension géographique fulgurante du sérotype 8 par le nord-est et une apparition et une diffusion du sérotype 1 par le sud-ouest. Nous sommes face à la plus grande épidémie en Europe depuis les années 1950 avec des impacts sanitaires et commerciaux importants, donc des enjeux économiques considérables. Les programmes de recherche mis en place ont permis la réalisation de progrès rapides avec la mise à disposition des 1ers vaccins inactivés et les adaptations réglementaires vis à vis de la circulation des animaux.

… et perspectives

Pour la gestion future de cette pathologie, plusieurs orientations sont possibles :
1. Rechercher l'éradication des sérotypes 1 et 8 : cela supposerait une vaccination généralisée (cf. loi de Charles Nicolle), une obligation réglementaire avec un respect strict de celle-ci et des moyens complémentaires pour la surveillance et la recherche.
2. Limiter l'impact clinique et commercial des sérotypes 1 et 8 : cela supposerait une vaccination obligatoire et certifiée pour les échanges, une vaccination volontaire et facultative des autres animaux mais avec toutes les conséquences sanitaires et commerciales et les implications collectives dans la gestion de cette crise.
3. Prévenir la survenue d'autres sérotypes en se protégeant de leur arrivée, en se donnant les moyens de les repérer très vite en accentuant la vigilance ou au cas échéant de les éradiquer avant diffusion.

Source Groupementy de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires