Les risques sanitaires induits, l'adaptation de la prévention : Evènements météorologiques 2011

Dr Didier GUERIN - GDS Creuse

Les risques sanitaires induits, l'adaptation de la prévention : Evènements météorologiques 2011

Sécheresse et pluies => Les fortes perturbations météorologiques contrastées de ce premier semestre 2011 induisent des risques sanitaires à bien cerner afin d'adapter son plan d'action et ainsi en limiter les conséquences sur son cheptel.

Des températures printanières puis estivales précoces, une sécheresse conséquente, des pluies intermittentes orageuses puis plus continues… constituent autant d'évènements météorologiques conséquents. Ces fortes perturbations induisent des risques sanitaires à bien identifier dans chaque élevage afin d'adapter son plan de prévention.

Apporter de l'eau en quantité et de qualité

Selon les conditions, pour un bovin adulte, la quantité quotidienne d'eau nécessaire varie de 50 à 150 litres, voir plus. Lors de restriction d'abreuvement, les animaux deviennent nerveux et agressifs. Il peut se produire des « intoxications » à l'eau lorsqu'une période d'abreuvement libre suit une période de restriction. On peut alors observer des urines avec une coloration rouge, des coliques appelées coliques d'eau ou des diarrhées.
Des critères de qualité sont déterminés pour l'eau d'abreuvement des ruminants. Le dépassement de ces normes limite leur production et favorise les problèmes sanitaires. En cas de limitation d'eau potable disponible, le rapport risque/bénéfice est à étudier. Les eaux stagnantes (mare, étang…) représentent les eaux les plus à risque. Leur charge microbienne est élevée et augmentée lors de pollution organique. La présence de matière organique interdit la décontamination par le chlore car il induit la composition de composés toxiques, les chloramines. La présence de cyanobactéries ou « algues bleues » se développe lors de conditions favorables (richesse en nutriments, température élevée) donnant une couleur « bleu-vert » aux eaux concernées. Certaines cyanobactéries produisent des hépatotoxines et des neurotoxines. Les conseils en matière de pompage d'eau pour abreuver les ruminants peuvent donc être les suivants : choisir en priorité de l'eau circulante qui apparait limpide et ne recevant pas de sortie d'égout ou de fosse septique en amont ; en cas de pompage dans une eau stagnante, proscrire les eaux colorées « vert-bleu », éviter les eaux où il y a un accès direct des animaux à la réserve d'eau, privilégier les réserves d'eau où le renouvellement est encore présent et où l'eutrophisation n'est pas trop importante.

Assurer une couverture énergétique et un encombrement suffisants

Les ruminants demandent d'abord un bon fonctionnement de la panse avec un volume de la ration suffisant et un apport de fourrages fibreux en quantité adaptée au volume ruminal. Un apport insuffisant de lest entraînera, chez les adultes, une sensibilité accrue aux dysfonctionnements du rumen (acidose, alcalose, coliques hydriques…) et chez les jeunes, en particulier les veaux sous la mère, une insuffisance de développement des réservoirs gastriques (réseau, rumen, feuillet) irréversible. En deuxième lieu, une fois le lest assuré, l'apport énergétique doit être suffisant pour assurer les besoins d'entretien et de croissance de l'animal. Toute sous-alimentation énergétique entraînera, chez le jeune, une croissance diminuée qui ne pourra être compensée et chez l'adulte (note d'état inférieure à 2,5), une insuffisance immunitaire et une atteinte de la fonction de reproduction (problèmes de fécondité ultérieure et de développement foetal). Consultez la Chambre d'Agriculture et son réseau de conseillers pour adapter vos rations.

Limiter les insuffisances azotées et vitaminiques

L'apport de fourrages conservés permet de répondre assez facilement aux besoins énergétiques (paille + mélasse). Par contre, les couvertures azotée et vitaminique peuvent être insuffisantes. D'une part, l'azote est nécessaire pour assurer les productions de lait et de viande, mais aussi pour la synthèse des éléments de défense et de fonctionnement (hormones, enzymes, immunoglobulines..). Une ration restreinte de 45% en besoin protéique entraîne des veaux chétifs avec un déficit immunitaire. D'autre part, une alimentation à base de fourrage sec apportera de manière insuffisante les vitamines liposolubles. Etant donné que le besoin connaît un pic autour du vêlage et au moment de la mise à la reproduction, environ 2 mois après le vêlage, l'apport des vitamines AD3E se fera 2 mois avant le vêlage et autour du vêlage. Il sera apporté 5 millions d'unité de vitamine A par cure, soit sous forme poudre ou liquide par voie orale à raison d'un million d'unité de vitamine A par jour pendant 5 jours (10 ml d'une solution pure d'AD3E par jour pendant 5 jours) distribué dans l'eau de boisson ou sur les aliments, soit sous forme injectable à raison de 5 millions de vitamine A par injection (10 ml d'une solution injectable d'AD3E). Cela représente un coût inférieur à 1 € H.T. par vache et par cure. Vu le rapport coût/apport pour l'animal, cette mesure s'avère indispensable lors de sécheresse.

Complémenter de manière plus importante en minéraux : macroéléments, oligoéléments… sans oublier le sel

En minéraux, la séquence sécheresse-pluie cumule les effets négatifs : les fourrages sont moins bien pourvus ; l'ingestion de terre (pâturage au ras du sol) entraine la présence de minéraux en excès (fer, manganèse…) antagonistes de certains oligoéléments ; les fortes pluies ont lessivé certains sols… d'où la nécessité de renforcer la complémentation.
Pour les macroéléments (phosphore, calcium, magnésium), l'apport est à réaliser pour les animaux avec fourrages conservés (foin, paille…).
Pour les oligoéléments, la période autour de la mise-bas (deux mois avant, deux mois après) est primordiale. La complémentation sera donc mise en place dès deux mois avant la mise-bas sous forme d'aliment minéral ou de bloc à lécher. Un apport spécifique en sélénium et en iode sera à effectuer. Pour plus de renseignements, consultez le point 09_1_5_Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire sur www.gdscreuse.fr.
Enfin, il ne faut pas oublier l'apport systématique en sel (chlorure de sodium). Une pierre de sel doit être à disposition de tous les animaux toute l'année. En cas d'absence de sel depuis plusieurs semaines, la remise à disposition sera progressive afin d'éviter une intoxication au sel par surconsommation dans les premiers jours.

Surveiller les infestations parasitaires en strongles digestifs et respiratoires, puis en grande douve

Le printemps précoce, la pluviométrie intermittente puis plus continue, les impasses de prévention au printemps dans certains élevages… font que les risques d'infestations en strongles digestifs ou respiratoires sont importants :
• Pour les strongles digestifs, le pic de contamination se trouve en avance d'un mois. Cela implique une surveillance particulière des animaux de moins de deux ans avec la mise en place d'un traitement rémanent pour les populations à risque.
• Pour les strongles respiratoires, nous nous trouvons face à une année à risque important. Le prochain article fera un point sur cette problématique.
Pour la grande douve ou le paramphistome, le risque d'infestation est augmenté du fait d'un séjour prolongé sur les zones humides du fait de la raréfaction des fourrages.

Adapter de manière spécifique son plan de prévention à son élevage

La période que nous connaissons entraîne de graves difficultés pour la mise en place d'un plan fourrager cohérent avec des répercussions d'ordre sanitaire. Dans chaque élevage, une identification des risques spécifiques est à réaliser avec la mise en place d'actions correctives à court et moyen termes en fonction des possibilités. Dans tous les cas, l'intégration des risques doit être effectuée afin d'éviter certaines conséquences néfastes supplémentaires des évènements météorologiques de ce premier semestre 2011.

Source GDS Creuse

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