Maïs ensilage : Des pistes pour s'adapter au réchauffement climatique

Sophie Bourgeois

D'après des résultats d'Arvalis Institut du Végétal, la culture du maïs fourrage devrait être favorisée dans le futur proche, mais nécessiter des adaptations assez importantes pour le siècle prochain.

La première conséquence du réchauffement climatique sur les productions fourragères est l'accélération de leur développement. Avec un cumul des températures qui augmente au fur et à mesure des années, les stades phénologiques des plantes sont atteints plus rapidement et les cycles des cultures sont raccourcis. « Cela conduirait dans les années 2020-2046 (futur proche) à une floraison des maïs une semaine plus tôt qu'actuellement, et une quinzaine à une vingtaine de jours plus tôt dans les années 2070-2096 (futur lointain). Le stade récolte ensilage serait alors centré sur le début août », explique Bernard Lacroix, d'Arvalis Institut du Végétal. Par diminution du rayonnement intercepté au cours du cycle de végétation, l'effet serait a priori négatif sur les potentiels de rendement. Mais cet effet pourrait être contourné en adaptant les itinéraires techniques, en semant plus tôt des variétés plus tardives. C'est une adaptation déjà pratiquée depuis une trentaine d'années, qui pourra être poursuivie. En anticipant la date de semis de deux à quatre semaines selon la région, et en utilisant des variétés moins précoces de deux groupes, les rendements augmentent d'après les simulations de 2 à 4 tonnes de MS/ha dans le futur proche, avant de revenir pour le futur lointain aux niveaux actuels.

Semer plus tôt des variétés plus tardives permettrait de tirer parti jusqu'à la fin du siècle du réchauffement climatique. (S. Leitenberger)

Semer plus tôt des variétés plus tardives permettrait de tirer parti jusqu'à la fin du siècle du réchauffement climatique. (S. Leitenberger)

L'effet C02 encore mal connu

D'une valeur aujourd'hui de 360 ppm, la teneur en CO2 de l'air pourrait atteindre 840 ppm dans le scenario le plus pessimiste. L'augmentation de la richesse de l'air en C02, matière première de la photosynthèse, est bénéfique pour le rendement des plantes. Cependant elle amène, à partir d'un certain niveau de richesse en C02, à réduire la transpiration, et a par ce biais un effet négatif sur le rendement. Avec moins de transpiration pour « tirer l'eau » à travers la plante, moins d'eau et de nutriments seraient consommés par les racines et la croissance ralentirait. L'estimation de cet effet C02 fait débat entre scientifiques. « Les modélisations montrent un effet considérable de l'enrichissement de l'air en CO2 sur le rendement, pouvant aller jusqu'à un gain de 25 à 30 quintaux en maïs grain pour le futur lointain par exemple. Il faut rester prudent sur la validité de sa représentation », estime Bernard Lacroix.

« Pour le futur lointain, l'anticipation encore plus importante des stades (semis plus précoces de variétés plus tardives) est toujours possible, mais les niveaux de rendements ne se maintiennent que dans les situations favorables, avec des sols profonds et dans les zones où le stress hydrique ne s'accentue pas trop. » Cependant l'avancée des semis en saison trouvera peut-être sa limite avec la pluviométrie et la portance des sols. D'autre part dans les zones où la ressource en eau sera limitante, il faudra développer une « stratégie d'esquive » : semer le plus tôt possible des variétés pas trop tardives pour éviter le stress hydrique de plein été. Cela pose aussi la question de la gestion des ressources hivernales en eau, qui seront plus importantes qu'actuellement.

Recherche génétique en première ligne

« De nombreuses questions se pose pour la recherche. » L'incidence des fortes températures à différents stades du cycle, et des températures froides en début de cycle par exemple. « Les pistes d'adaptation passent essentiellement par la recherche de progrès génétique. » Le changement climatique pourrait également modifier le cycle de l'azote, en particulier la minéralisation de l'azote organique dans le sol. La grande inconnue est l'évolution des bioagresseurs. La nature et l'agressivité des pathogènes et des ravageurs se modifieront. Les flores adventices aussi.

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2009

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