Maîtrise de la reproduction en élevage a : Un impact économique conséquent mais négligé

Dr Didier GUERIN / Marien BATAILLE

L'impact de la fécondité sur la rentabilité globale de l'élevage est mal connu en élevage allaitant alors que sa maîtrise peut constituer un levier d'amélioration économique conséquent.

Si les suivis de fécondité en troupeau laitier se sont largement développés, il peut être étonnant de constater que de tels systèmes d'amélioration de la rentabilité de l'élevage n'aient pas connu les mêmes succès en élevage allaitant. Le manque d'éléments tangibles de bilan et d'analyse facilement disponibles au niveau de l'éleveur, associé à une sensibilisation insuffisante de l'impact du volet fécondité sur la rentabilité globale de l'élevage ont, certainement, fortement participé à cette situation.

Un impact économique à deux niveaux

Le premier effet d'une bonne maîtrise de la reproduction s'évalue en nombre de veaux produits par vache et par an. Ainsi, le seul fait de passer d'un intervalle vêlage – vêlage (IVV) moyen de 370 jours à 380 jours sur 37 vaches équivaut à la perte d'un veau même si le bon d'équarrissage n'est pas présent ! La productivité numérique, qui intègre cette notion d'IVV moyen associée aux taux de gestation et de mortalité, constitue une notion primordiale à connaître pour tout éleveur. De plus, étant donné que la fonction de reproduction sera la première détériorée lors de toute présence de facteurs de déséquilibre dans l'élevage, de bons résultats sur ce point caractérisent de bonnes situations sanitaires avec toutes les conséquences bénéfiques que cela engendre, notamment en matière économique.

Les éléments de mesure de l'efficacité de la reproduction

Le nombre de veaux sevrés par vache mise à la reproduction et par an est le critère le plus important, mais il est trop global et ne permet aucune recherche des causes des plus ou moins mauvais résultats. Deux critères plus analytiques permettent de caractériser l'efficacité de la reproduction. Leur détermination suppose un inventaire précis et rigoureux de tous les animaux présents sur l'exploitation.

 

 L'intervalle entre vêlages :

L'intervalle moyen entre vêlages successifs est le critère le plus pratique pour exprimer la fécondité d'une vache. Cependant, la considération des paramètres techniques du troupeau dans son ensemble présente un plus grand intérêt économique. La moyenne des intervalles entre vêlages des vaches ayant vêlé deux campagnes consécutives traduit bien, en première approximation, la fécondité du troupeau. L'objectif étant d'avoir un intervalle vêlage – vêlage (IVV) de l'ordre de 365 à 370 jours. Une moyenne supérieure à 380 jours est le premier indicateur d'infécondité. Cette moyenne est toutefois la résultante de situations très inégales. Elle peut parfois traduire, soit des intervalles individuels longs pour l'ensemble des vaches du troupeau soit des intervalles très longs (supérieurs à 390 jours) sur un certain nombre de vaches. Plus de 10% des vaches avec des IVV supérieurs à 390 jours constitue un 2ème critère d'alerte.

 Le taux de gestation :

Ne tenant pas compte des vaches vides, le calcul de l'IVV moyen ne permet pas d'interpréter les variations annuelles de fécondité d'un troupeau ou les différences entre troupeaux au cours d'une même année sauf pour des taux de gestation voisins. Le taux de gestation est le seul mode d'expression de la fertilité. Il est égal à la proportion de femelles pleines par rapport au nombre de femelles mises à la reproduction. L'objectif étant d'avoir un taux de gestation supérieur ou égal à 92%. Ainsi, un IVV inférieur à 370 jours peut être considéré comme un bon objectif de fécondité à condition qu'il s'accompagne d'un taux de gestation de 92% ou plus.
Le taux de mortalité des veaux avant le sevrage viendra compléter ces deux critères pour déterminer le nombre de veaux sevrés par vache mise à la reproduction ou productivité numérique. Ce taux de mortalité doit être inférieur à 5%.

Les notifications, sources d'informations

Chaque éleveur peut tirer profit des enregistrements qu'il effectue. Chaque élevage dispose déjà de tous les éléments nécessaires à la réalisation d'un bilan de reproduction basique. En effet, les notifications effectuées réglementairement constituent les sources. Elles sont présentes dans chaque exploitation, il ne reste plus qu'à les utiliser. Une première approche est possible avec le livre des bovins envoyé par l'EDE à chaque éleveur en début d'année. Les chiffres fournis de nombre de bovins présents par classe d'âge (notamment les femelles de plus de 36 mois) reliés au nombre de naissance donnent une 1ère approche.

Des outils informatiques gratuits pour l'éleveur ou chez son vétérinaire sanitaire

La synthèse de l'ensemble des informations apportées par les notifications est beaucoup plus aisée avec un outil informatique. Or, des outils gratuits sont mis à disposition des éleveurs directement ou par l'intermédiaire de leur vétérinaire sanitaire. Ils fournissent les éléments de fécondité (IVV moyen avec les indications spécifiques primipares et écarts supérieurs à 390 jours, âge moyen des primipares…), les taux de mortalité et de manière indirecte les résultats de fertilité (taux de gestation) pour chaque période de reproduction choisie. C'est ORANI WEB pour les éleveurs (il suffit de s'inscrire auprès de l'EDE) et BDIVET pour les vétérinaires (il suffit de demander les tableaux récapitulatifs à son vétérinaire sanitaire).

Pour aller plus loin des logiciels de suivi de troupeau

Les logiciels de suivi de troupeau (BOVITEL, GEIDEL, ISAGRI…) permettent, pour la partie reproduction, des investigations plus avancées sur les taux de gestation, la répartition des mises bas, les facilités de vêlage… Ils apportent des comparatifs par rapport à des objectifs et des moyennes de la race ou de troupeaux similaires.
Une incitation de l'EDE à la notification par voie électronique
L'utilisation de l'outil informatique pour les notifications électroniques est incitée par une réduction de 10% de la cotisation IPG bovine pour l'éleveur auprès de l'EDE. Pour des renseignements complémentaires sur ces outils, prenez directement contact avec Bruno SIMON de l'EDE23. Les éleveurs concernés pourront avoir ainsi accès aux données bonifiées, notamment en matière de reproduction.

 

Une analyse des résultats pour adapter sa gestion de troupeau

A la fin de chaque campagne, il est important de réaliser un bilan afin d'établir un état des lieux de la situation par période de reproduction et non par année civile. Le troupeau sera positionné par rapport aux différents critères. Toute action préventive repose d'abord sur l'appréciation de degré d'infécondité initiale du troupeau. Il convient de vérifier si elle est le fait de l'ensemble des vaches ou si elle relève d'une situation hétérogène. D'une façon générale, l'analyse vise à identifier les individus qui pénalisent la fécondité globale du troupeau et à rechercher s'ils ont des caractéristiques communes. Les causes et les moyens d'amélioration seront abordés dans le prochain article.

En conclusion, le bilan de reproduction, un acte de gestion incontournable

La réalisation et l'analyse du bilan de reproduction constitue une base de gestion incontournable pour chaque éleveur en raison des implications économiques et sanitaires directes et indirectes que cela représente. Sa non-réalisation est d'autant plus dommageable aujourd'hui que les principaux éléments d'enregistrement nécessaires sont réalisés du fait des obligations réglementaires.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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