Observer les animaux souvent et hors périodes de soin

François d'Alteroche

Observer les animaux souvent et hors périodes de soin
Les signes sexuels les plus fréquemment exprimés en phase oestrale sont les signes sexuels secondaires (flairage et léchage sexuel, tête posée sur le dos ou la croupe, flehmen…) - © F. d'Alteroche

Mieux détecter les chaleurs en observant ses animaux davantage et aux bons moments. Telles sont les recommandations préconisées dans le cadre du programme Repro 2020.

F. d'Alteroche

Cinq signes de chaleur à observer

1 - Acceptation du chevauchement : la vache s'immobilise lorsqu'elle est chevauchée par une congénère. C'est le signe le plus spécifique de l'oestrus, mais il est rare et dure peu (6 à 10 heures). Une détection des chaleurs basée exclusivement sur ce signe peut conduire à de bons résultats si la fréquence de surveillance est élevée, mais elle devient une pratique à risque si elle ne l'est pas suffisamment.

2 - Les signes sexuels dits secondaires (flairage et léchage de la zone ano-génitale, menton posé sur la croupe ou le dos d'une congénère) et chevauchement d'autres congénères. Ce sont des signes moins caractéristiques mais exprimés beaucoup plus fréquemment que l'acceptation du chevauchement. Ils gagnent à être confirmés avec d'autres signes sexuels secondaires ou acceptations de chevauchement, afin de ne pas se tromper sur l'identification de la femelle en chaleur.

3 - Davantage de temps passé debout. C'est un bon indicateur mais il est difficile à chiffrer précisément. Il gagne à être utilisé en association avec d'autres signes et permet en cela de conforter une prise de décision.

4 - Comportements sociaux (flairage et léchage en dehors de la zone ano-génitale, coups de tête…). Ces comportements s'expriment également en dehors de la période des chaleurs et doivent donc être pris en compte avec précaution. Leur fréquence accrue peut venir compléter des signes de chaleur plus spécifiques.

5 - La présence de glaires est à utiliser avec beaucoup de précaution. Des études en troupeaux laitiers ont prouvé que ce signe n'était pas spécifique de l'oestrus et donc peu fiable. Il ne peut venir qu'en complément de signes de chaleurs plus spécifiques.

Quelle est la stratégie la plus opportune pour repérer le mieux possible les vaches en chaleur sans avoir recours aux différents outils et capteurs communément appelés monitoring ? Une synthèse des données disponibles a été proposée à l'occasion du colloque « Repro 2020 », organisé début octobre à l'occasion du Sommet de l'élevage, avec en parallèle l'édition et la diffusion d'un fascicule de synthèse(1).

Une enquête réalisée en 2010 auprès de 255 élevages allaitant avait permis de mieux cerner les pratiques et perceptions des éleveurs à ce sujet. Quand ces derniers estiment se heurter à des difficultés pour détecter les chaleurs de leurs animaux, cela découle majoritairement d'un manque de disponibilité pour faire ce travail jugé fastidieux et chronophage. La détection des chaleurs est affectée par l'augmentation de la dimension des troupeaux et la concurrence avec d'autres activités, qui limitent le temps disponible par animal et par unité de main-d'oeuvre à consacrer à cette activité. Or les conséquences d'une mauvaise surveillance des chaleurs peuvent se traduire par un impact important sur la fertilité du cheptel, avec des IA réalisées au mauvais moment. Les IA peuvent aussi ne pas être réalisées, tout simplement car la vache n'a pas a été vue en chaleur du fait de l'expression très discrète de ces dernières, ou faute d'avoir eu suffisamment de temps à consacrer à la surveillance des animaux. Autant d'événements qui pénalisent l'IVV et donc la productivité numérique. « Globalement, la plupart des éleveurs font confiance à l'acceptation du chevauchement, qui reste le signe le plus fiable. Étonnamment, les glaires sont jugées assez communément comme un signe fiable par les éleveurs, alors que des études en troupeaux laitiers ont prouvé que ce signe n'était pas spécifique de l'oestrus », précise le compte rendu de l'étude.

Observation discrète deux à trois fois par jour

À partir des connaissances déjà engrangées sur la détection visuelle des chaleurs dans les élevages laitiers, certaines recommandations ont pu être mises en avant. Il est préférable d'observer discrètement les lots deux ou trois fois par jour en dehors des périodes d'alimentation, quand les animaux sont calmes, et d'accepter de consacrer au moins quinze minutes par jour à ce travail en fractionnant ces séances. « En bref, les recommandations pour optimiser la détection des chaleurs sont de prendre en compte tous les signes sexuels : acceptation du chevauchement, chevauchements, flairages et léchages de la zone arrière, appui du menton sur le dos d'une congénère ».

D'autres facteurs gagnent ensuite à être pris en compte et nécessitent une bonne connaissance du comportement et du caractère de ses animaux. « Certaines vaches sont plutôt « réceptives », c'est-à-dire qu'elles acceptent souvent le chevauchement mais vont peu vers les autres. D'autres ont un comportement inverse : elles sont plutôt « actives ». Elles chevauchent les autres vaches, posent leur menton sur les croupes, reniflent et lèchent la vulve des autres vaches mais acceptent plus difficilement le chevauchement. » Ces caractéristiques comportementales interagissent avec les « affinités » entre telle et telle vache, sans oublier de prendre en compte la hiérarchie entre les animaux cohabitant dans la même case.

Une autre donnée pouvant confirmer ou infirmer la présomption de chaleur est l'intervalle entre deux chaleurs ou deux IA. S'il est de trois ou six semaines, cela doit inciter à redoubler d'attention. D'où aussi l'importance de bien noter tous ces différents événements découlant de l'observation du troupeau.

 

Observer les animaux souvent et hors périodes de soin

Effet bâtiment et saison

La qualité du bâtiment, en particulier sa luminosité, impacte la reprise de la cyclicité des femelles et l'expression de leurs chaleurs. Une ambiance saine et lumineuse est tout particulièrement bénéfique, pour ne pas dire indispensable. Cela passe par le respect des normes habituelles pour la couverture du bâtiment (6 à 7% de la toiture en translucides pour un bâtiment ouvert, et 8 à 10% pour un bâtiment fermé). Le sol n'est pas à négliger. Des aires raclées ou des surfaces en caillebotis glissantes pénalisent le déplacement et l'expression des chaleurs. Toute boiterie est pénalisante pour les mêmes raisons.

La reprise de l'activité ovarienne après vêlage dépend aussi de la saison. Elle est plus rapide en automne qu'en hiver. La situation est tout particulièrement défavorable en début d'hiver, s'améliore en fin d'hiver et se rétablit dès la mise à l'herbe.

(1) « Expression et détection des chaleurs dans les troupeaux bovins allaitants », document de synthèse réalisé par l'Institut de l'élevage dans le cadre du programme Repro 2020. En vente à Technipel : technipel@idele.fr.

Source Réussir Bovins Viande

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