Pathogénie de la FCO : Lourd impact en début de gestation

François d'Alteroche

Les connaissances scientifiques progressent sur la sensibilité des bovins au virus de la fièvre catarrhale. L'impact de la maladie est sévère dans les premières semaines de gestation.

Dans les pays chauds, Culicoïdes imicola est le vecteur habituel du sérotype 8 de la fièvre catarrhale. Ce petit insecte de un à deux millimètres de long est une espèce d'origine tropicale qui tend à remonter vers le nord de la Méditerranée à la faveur du réchauffement climatique. Sous nos latitudes, il ne peut cependant pas être le seul vecteur de la maladie. Pour expliquer la progression fulgurante de ce virus arrivé en Europe du Nord en août 2006, alors même que ces zones géographiques ne font pas partie du territoire habituel de Culicoïdes imicola, d'autres insectes véhiculant la maladie doivent forcément être incriminés.
Pour les scientifiques, il s'agit en particulier d'autres membres de la grande famille des culicoïdes, mais endogènes cette fois-ci aux différents territoires du nord de l'Europe. Elles ont très probablement acquis la faculté de transmettre le virus d'où cette progression très rapide de l'épidémie à partir du Bénélux. Elles sont donc elles aussi devenues des vecteurs du sérotype 8 au même titre que Culicoïdes imicola.
Seules les femelles de ces insectes transmettent le virus. Elles ont en effet besoin d'un repas de sang pour assurer la maturation de leurs oeufs. C'est en piquant un ruminant infecté qu'elles contractent le virus. Il se multiplie dans leur organisme et en particulier dans leurs glandes salivaires puis au fil des différents repas de sang de la femelle de l'insecte, il est transmis à ses nouvelles victimes.

Volet reproduction

Pour les bovins non immunisés, les conséquences de la contamination par le virus de la fièvre catarrhale se scindent en trois phases. Il y a d'abord l'atteinte des muqueuses les plus sensibles (nasales, buccales, oculaires et podales). La phase suivante découle directement de l'atteinte clinique des animaux avec de l'amaigrissement, des chutes de production et un impact important sur le volet reproduction. « Chez les taureaux, cela se traduit par une infertilité transitoire mais pouvant dans certains cas devenir définitive. Elle est liée à l'hyperthermie consécutive au passage du virus. Sur des animaux infectés, on a pu isoler le virus dans les testicules, l'épididyme, les vésicules séminales et la prostate au cours de la virémie », explique Fabiana Dal Pozzo, chercheur à l'université de Liège, en Belgique.

Sur les vaches et génisses non immunisées, cela se traduit également par des troubles importants de la fertilité. Le virus a en particulier la faculté d'être transmis par voie placentaire au foetus. Les conséquences pour ce dernier varient en fonction du stade de gestation de la vache au moment où elle est contaminée. « Chez les bovins, lorsque le virus est transmis au foetus dans les premières semaines de gestation (avant 70 jours), cela génère des mortalités embryonnaires ou foetales conduisant à des avortements précoces. » Pour l'éleveur, cela va se traduire par des retours en chaleurs et des animaux qui se « décalent ». Un scénario largement constaté dans les cheptels allaitants au cours de l'été 2008. Bien des vêlages qui auraient dû avoir lieu pendant l'hiver 2009 se sont décalés quelques mois plus tard au printemps ou en début d'été 2009. « Lorsque la transmission du virus au foetus a eu lieu un peu plus tard entre 70 et 130 jours de gestation, cela se traduit par des veaux souvent atteints de nécroses cérébrales ou du développement anormal de l'encéphale. Les hémisphères cérébraux sont remplacés par des poches contenant du liquide céphalo-rachidien », explique Fabiana Dal Pozzo. Les veaux ne sont donc pas viables.
Lorsque la transmission placentaire a lieu peu après 130 jours de gestation, les chercheurs ont fréquemment constaté la naissance de veaux présentant différentes anomalies cérébrales hypothéquant là aussi le devenir du veau. Les répercussions sur le foetus sont en revanche nettement moins pénalisantes lorsque la vache contracte le virus en fin de gestation.

Situation épidémiologique actuelle : 6 des 24 sérotypes de la FCO sont présents en Europe

 

24 sérotypes de la fièvre catarrhale sont actuellement recensés dans le monde. Six d'entre eux sont présents en Europe. La France n'est concernée que par le n° 1 et le n°8. Les autres (n° 2, 4, 9 et 16) sont principalement situés dans le sud de l'Union. Quant à la grande moitié Nord-Est de l'Italie, elle semble toujours assez miraculeusement épargnée !

Source Réussir Bovins Viande Janvier 2011

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