Pathologies respiratoires récurrentes. Contrôler le bâtiment d’élevage

Dr Didier GUERIN

Pathologies respiratoires récurrentes. Contrôler le bâtiment d’élevage

La « visite bâtiment » => Lors de pathologie respiratoire récurrente dans votre élevage, il est indispensable de s’intéresser au bâtiment pour déterminer s’il est en cause.

Parmi les facteurs de risques pouvant favoriser l’amplification des maladies respiratoires, le bâtiment est fortement concerné, notamment lors de récurrence de ces pathologies dans votre élevage. Densité animale trop élevée, ventilation insuffisante, présence de courants d’air, litière mal entretenue, zones humides sous la litière… sont autant de facteurs de stress à identifier et corriger, d’où la nécessité d’une « visite bâtiment », étape incontournable de notre concept « Le sanitaire… j’adhère ! ».

L’ambiance du bâtiment : essentielle

L’ambiance du bâtiment découle des facteurs suivants : surface, orientation, entrées et sorties d’air, température ambiante, densité d’animaux… et de leurs interactions.

Concernant la température, les bovins craignent davantage le chaud que le froid. Ils sont ainsi capables de supporter des températures négatives sans difficultés, s’ils sont nourris en conséquence et si les autres conditions d’ambiance sont satisfaisantes. Les veaux les plus jeunes sont plus sensibles au froid. La « zone » de confort pour les veaux nouveau-nés est de 7 à 25°C et passe de 5 à 25°C pour les veaux de 15 jours à 1 mois. Des précautions sont donc  à prendre pour cette catégorie d’animaux.

Une évacuation nécessaire de l’humidité et des polluants produits par les animaux

Dans un bâtiment d’élevage, des éléments polluants émanent des animaux ou de leur environnement : ammoniac, gaz carbonique, agents infectieux, poussières…La teneur en ammoniac doit être inférieure à 5 ppm, ce qui correspond à une odeur à peine perceptible. L’ammoniac est un témoin, sa perception signe une insuffisance de ventilation.

A cela s’ajoute une quantité importante d’eau : un couple « vache et veau » rejette entre 15 et 20 litres d’eau par jour. Pour une stabulation abritant 100 vaches, en fin de saison de vêlages, avec leurs veaux… c’est 1.500 à 2.000 litres d’eau à évacuer chaque jour. Et si toute cette eau est correctement éliminée… les autres éléments nocifs le seront aussi !

L’humidité néfaste à plusieurs titres

L’humidité maintient une litière moite malgré le paillage ; d’ailleurs, vous aurez tendance à augmenter la quantité de paille nécessaire pour compenser ; elle diminue également les capacités des animaux à lutter contre le froid : le rôle isolant du pelage est réduit si les poils sont mouillés ; elle favorise ensuite le développement des agents infectieux dans l’environnement ; enfin, elle entraîne une détérioration prématurée du bâtiment : condensation, charpentes en bois noircies, pièces métalliques rouillées…

Une ventilation sans courants d’air…

Donc, une première qualité du bâtiment doit être d’évacuer toute cette eau par une ventilation suffisante mais sans courants d’air. Comme l’humidité, les courants d’air  accroissent la sensation de froid. Si cela peut être recherché en été, en hiver, un accroissement de la vitesse de l’air de 1 m/s correspond à une sensation de baisse de température qui peut atteindre -3 ou -4°C. La vitesse de l’air à rechercher est de 0,5 m/s pour les adultes et de 0,25 m/s pour les veaux. Ceci correspond à une vitesse à peine perceptible. Lors de présence de poussière (après paillage avec la pailleuse par exemple) ou d’utilisation de fumigène (à réaliser en présence des animaux), le temps de vidange doit se situer entre 3 à 5 minutes quel que soit le bâtiment.

… à raisonner en fonction du type de bâtiment

La ventilation du bâtiment est à raisonner en tenant compte du type de bâtiment, des entrées et des sorties d’air, de la surface, de l’environnement (autres bâtiments à proximité, haies…, tout élément qui pourrait modifier la trajectoire du vent ou augmenter l’humidité ambiante), de l’orientation du bâtiment, de la présence du fourrage dans le bâtiment, des matériaux utilisés… Il existe plusieurs solutions pour laisser passer l’air sans créer de courants d’air : tôles perforées, filets brise-vent, bardage bois ajouré… Les caractéristiques peuvent varier et avoir des conséquences importantes. Certains systèmes, comme les tôles perforées ou les bardages décalés peuvent accélérer la vitesse de l’air. Les tôles perforées et les filets brise-vent peuvent s’obstruer, notamment lors d’utilisation de pailleuse, il est alors indispensable de réaliser un entretien, sinon, très rapidement, l’effet de ventilation recherché sera anéanti. Enfin, l’entrée d’air devra être prévue à une hauteur de 2 m à 2.50 m au-dessus d’une cloison. Ainsi, les animaux ne sont pas directement soumis à l’air entrant.

Pathologies respiratoires récurrentes. Contrôler le bâtiment d’élevage

Respecter l’« espace de vie » de vos animaux

En lien avec leurs besoins physiologiques, psychologiques et comportementaux, les animaux ont besoin de disposer d’une superficie minimale, ce qui correspond au respect d'une densité maximale (nombre d'animaux/m2). Cette densité maximale correspond à celle au-delà de laquelle on observe une diminution des performances et une augmentation des pathologies (cf. illustration pour les pathologies respiratoires) et des interactions agressives, d’où les préconisations de surface par animal.

Penser ambiance du bâtiment dès sa conception

Faire appel à des techniciens spécialisés « bâtiment » à l’étape de l’élaboration du projet permet d’englober le critère « ambiance » dès le départ. Cela concerne les bâtiments neufs et aussi les réaménagements ou agrandissements de bâtiments, l’augmentation du nombre de bovins dans un bâtiment existant. Pour les bâtiments de très grande taille, de largeur et de hauteur importantes, il est souvent nécessaire de prévoir des relais de ventilation dans le toit (toitures écailles, toiture à fente..).

Lors de problèmes récurrents, observez votre bâtiment…

Une fois le bâtiment réalisé et les animaux à l’intérieur, si vous n’avez pas de problèmes sanitaires et si vous obtenez les performances attendues, c’est que le bâtiment fonctionne. Par contre, si vous êtes confrontés régulièrement à des problèmes respiratoires, posez-vous la question de la qualité de l’ambiance de votre bâtiment : observez (condensation, humidité sur les cloisons, charpente en bois noircie, plaques de toiture abimées...), appréciez l’ambiance (odeur d’ammoniac, courants d’air, retombées d’air froid), examinez vos animaux (toux, poil mouillé, couchés sur toute la surface ou des secteurs évités par les bovins, surface disponible par animal). Pour les secteurs évités, essayez de connaître l’origine : humidité, courant d’air, sensation de froid… Notez toutes vos observations et les évolutions en fonction des conditions météorologiques.

Pathologies respiratoires récurrentes. Contrôler le bâtiment d’élevage

… et faîtes faire une « visite bâtiment »

Si des anomalies sont repérées, avant de chercher à modifier le bâtiment par vous-même, il est alors préférable de faire appel à un technicien qui réalisera une « visite bâtiment » (cf. illustration). L’analyse issue de ce bilan débouchera sur un plan d’action élaboré après concertation entre le technicien et vous-même. Dans 90 % des cas, les mesures d’amélioration proposées restent simples et relativement peu coûteuses.

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