Philippe Manry, directeur Sanders Centre Auvergne* : La volatilité des prix, un danger pour l'agriculture »

Propos recueillis par Cyrielle Delisle**

La récente flambée des matières premières conduit inéluctablement à une augmentation du coût des aliments pour animaux. Explications du directeur d'une entreprise d'alimentation animale, située au coeur du bassin allaitant.

Depuis quelques mois, on observe une nouvelle et soudaine flambée des cours des céréales. Pensez-vous que ce phénomène va perdurer ? Est-ce que l'augmentation des prix est identique pour le soja et les céréales ?

Philippe Manry - Le renchérissement des cours des matières premières que nous subissons actuellement n'est pas basé sur les mêmes fondamentaux qu'en 2007. En 2010, les stocks mondiaux ne sont pas à un niveau aussi bas. Mais, la soudaineté et la dureté de cette nouvelle augmentation est très pénalisante. Elle représente un danger pour l'élevage. Concrètement, où va s'arrêter la hausse, je n'en sais rien. Par contre, je peux dire que l'accroissement rapide du prix des matières premières est dangereux pour la pérennité de l'élevage.
La cotation des céréales a doublé en quelques mois. Pour ce qui est du prix des tourteaux (soja, colza), on observe une moindre augmentation, mais il restait déjà à un niveau très élevé en 2009. À partir de novembre, la hausse des cours des protéines va s'amplifier. On espérait un tassement des cours, l'actualité est toute autre.

Pensez-vous que le coût élevé des matières premières va peser à la hausse ou à la baisse sur le volume des aliments produits au cours des prochains mois ?

P. M. - Avec un prix élevé des matières premières, les aliments composés du bétail retrouvent plus de compétitivité. Je n'exclus donc pas un développement des volumes produits d'aliments composés au détriment d'une baisse de l'utilisation des matières premières en l'état.

Pour Philippe Manry, à la tête de Sanders Centre-Auvergne depuis 2003, « la fluctuation rapide et spontanée du cours des matières premières est un réel danger pour les filières animales. » (C. D.)

Pour Philippe Manry, à la tête de Sanders Centre-Auvergne depuis 2003, « la fluctuation rapide et spontanée du cours des matières premières est un réel danger pour les filières animales. » (C. D.)

 

Comment allez-vous vous adapter à l'augmentation des cours des matières premières ? Quelles sont ,selon vous, les pistes à envisager pour obtenir une meilleure compétitivité ?

P. M. - L'important est d'apporter des produits et services qui vont permettent d'amener de la performance dans l'élevage. Seule la culture de la performance dans l'élevage entraînera sa pérennité. L'aliment fait partie par ailleurs des charges opérationnelles. Celles-ci peuvent augmenter mais l'essentiel est le résultat sur le produit animal. Pour les atténuer, une meilleure performance à l'UGB est nécessaire. Il est important de comparer les charges de structure et opérationnelles, car trop diminuer les charges opérationnelles peut mettre en péril l'exploitation. Le réel enjeu est de limiter l'impact du coût de l'aliment par l'amélioration des performances techniques de l'élevage. À l'échelle de notre société Sanders Centre-Auvergne, il faut sans cesse améliorer notre efficacité par une gestion des charges rigoureuse. Dans notre région, nous devons trouver des alliances ou des accords pour diminuer les coûts logistiques. Nous devons poursuivre nos efforts d'optimisation aux niveaux, industriel, logistique et performance aux achats pour proposer les meilleurs prix qui seront déterminants dans le choix du lieu d'achats d'aliments de l'agriculteur.

Comment envisagez-vous les relations à venir entre les secteurs des productions animales et végétales ?

P. M. - À l'avenir, il serait intéressant de trouver de nombreuses synergies entre le végétal et l'animal : obtenir une meilleure productivité par la complémentarité. Ou encore, favoriser des contractualisations de filière pour une meilleure compétitivité avec nos partenaires et concurrents européens. Un des enjeux futurs serait l'intégration de l'augmentation du prix des aliments par tous, ceci impliquant une revalorisation des prix agricoles jusqu'aux consommateurs. Par contre, je pense que la fluctuation et la spéculation restent un danger pour les filières animales.

* Sanders Centre-Auvergne regroupe deux sites de fabrication, un à Boucé dans l'Allier et un à Aigueperse dans le Puy-de-Dôme, auxquels s'ajoute Sanders Périgord à Périgueux. L'activité de cette région tourne autour de trois piliers : ruminants, porcs et volailles. Sur ces différents sites, 260 000 tonnes d'aliments dont 100 000 tonnes pour les ruminants sont produits par an.

**(Rédaction le 14 octobre 2010)

Source Réussir Bovins Viande Novembre 2010

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