Photovoltaïque : le grand calme après le grand rush

François d'Alteroche - Réussir Bovins Viande Juin 2012

Installation de panneaux photovoltaïques sur un bâtment agricole en Bretagne par l'Entreprise Facilasol énergies.
Malgré l'évolution des conditions de rachat, il existe encore des agriculteurs qui ont des projets. © S. Leitenberger/archives

Le grand boum du photovoltaïque est pour l’instant terminé. La baisse drastique des tarifs contractuels de rachat de l’électricité produite fait dégringoler le nombre de nouveaux projets. Après une courte phase de développement quasi exponentielle, la récession menace.

Pour en savoir plus

Photovoltaïque : le grand calme après le grand rush

Voir dossier Réussir Bovins Viande de juin 2012. RBV n°194 p. 16 à 31.

Photovoltaïque : le grand calme après le grand rush
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Après un démarrage en trombe et un peu trop débridé, le secteur du photovoltaïque accuse le coup. La réduction progressive, continue, mais surtout très conséquente des tarifs contractuels de rachat de l’électricité produite contraint à mettre en sommeil ou tout simplement un terme à bien des projets. La baisse, elle aussi sensible, du prix des installations est souvent jugée encore insuffisante pour compenser la franche dégringolade du prix de l’électricité photovoltaïque. Ce qui était encore très rentable il y a peu ne le serait désormais plus du tout. Une fois encore, ce sont les premiers à avoir tenté leur chance qui auront gagné la mise !
 Ce brutal renversement de tendance secoue durement les multiples entreprises du secteur. « Rarement filière d’avenir a été aussi maltraitée : le revirement du gouvernement en décembre 2010 a entraîné la disparition de plus de 10 000 emplois, sur un effectif estimé à 25 000, et le dépôt de bilan de centaines de PME/PMI », expliquait en mai dernier dans un communiqué le Groupement des particuliers producteurs d’électricité photovoltaïque, craignant que cette hémorragie ne soit pas terminée si les tarifs de rachat restent sur la tendance baissière actuelle. Le boom de cette activité de pose de panneaux avait il est vrai provoqué un effet d’aubaine dans lequel s’étaient engouffrés de nombreux nouveaux entrepreneurs flairant la bonne affaire. Un assainissement du secteur semblait inévitable.
 Les tarifs attractifs de la phase de lancement étaient intenables sur le long terme. Associés aux crédits d’impôt pour les particuliers, les investissements dans le photovoltaïque, dégageaient des niveaux de rentabilité excédant bien des placements bancaires et surtout sans prendre de grands risques puisque garantis sur 20 ans. Malgré l’importance de la mise de fonds initiale, rien d’étonnant à ce que le nombre de demandes de raccordement ait explosé. Il dépassait surtout très largement les objectifs affichés par le Grenelle de l’environnement dans le cadre du plan de développement de la production d’énergies renouvelables. Rappelons que pour le secteur du photovoltaïque, l’objectif du Grenelle est d’arriver à 1 100 MW de puissance installée fin 2012 et 5 400 fin 2020, soit un rythme de 500 MW de nouvelles installations par an. La première baisse conséquente des tarifs de rachat en janvier 2010, n’avait pas suffi à faire fléchir le rythme des demandes de raccordement C’est ce qui a motivé la mise place du moratoire de décembre 2010. En faisant plonger les tarifs de rachat, il a mis fin à la bulle spéculative qui en deux ans avait gagné ce secteur.
 

Photovoltaïque : le grand calme après le grand rush

Dans un rapport rendu en février 2011 à la demande du précédent ministère de l’Environnement, ses co-auteurs Jean-Michel Charpin et Claude Trink expliquaient : « Fin 2010, la capacité installée était de l’ordre de 1GW et en date du décret suspensif du 9 décembre 2010, les demandes de raccordement atteignaient plus de 6 GW. Cette croissance des demandes ouvre certes des perspectives intéressantes de développement de la filière mais se traduit par des engagements financiers susceptibles de peser lourdement sur le pouvoir d’achat des consommateurs. » Dit autrement, il s’agissait de mettre un frein au développement débridé de cette filière à terme coûteuse pour le consommateur puisque c’est lui qui la sponsorise indirectement via l’acquittement de sa facture d’électricité.
 Ce même rapport Charpin - Trink avance d’ailleurs des chiffres à ce sujet. « Cette contribution (NDLR relative aux contrats liés au fort développement des achats aux filières renouvelables, essentiellement photovoltaïque et éolienne) représente une hausse de la facture d’électricité des consommateurs de l’ordre de 2 à 3 % alors que la production d’électricité photovoltaïque correspondante est de l’ordre de 0,5 % de la consommation totale d’électricité. »
 Dans ces conditions, après avoir contribué à amorcer le développement du secteur, et même si les énergies renouvelables ne sont pas responsables de la totalité de l’augmentation de la facture d’électricité des Français, le niveau artificiellement dopé des tarifs de rachat du photovoltaïque ne pouvait perdurer. Surtout dans un pays où le nucléaire est archi-dominant et entend défendre cette position !
 Bien évidemment, le brutal revirement de position du précédent gouvernement a été particulièrement mal perçu par les professionnels du secteur. Ils attendent désormais un geste de la part de la nouvelle équipe gouvernementale. « Favoriser la montée en puissance des énergies renouvelables en soutenant la création et le développement de filières industrielles dans ce secteur », constituait, il est vrai, l’une des nombreuses propositions de campagne du nouveau Président de la République.

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Rappels

. En France : le Grenelle de l’environnement a fixé à 23 % la part de la production d’électricité qui devra être produite par les différentes énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, hydraulique, géothermique, biomasse, biogaz…) à l’horizon 2020. Un ratio supérieur au seuil de 20 % proposé par l’Union européenne.
. En dehors de nos frontières : en 2011, selon le baromètre de l’observatoire des énergies renouvelables EurObser’ER, près de 29 000 mégawatts de panneaux photovoltaïques ont été installés dans le monde. L’Europe en a à elle seule installé près de 22 000 mégawatts. L’Allemagne et l’Italie ont été en la matière les deux pays les plus actifs.

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Commentaires 1

cestmoi

comment tuer une filière...
Il est vrai que la rentabilité était au rendez-vous pour le tarif de rachat à 60cts, mais avec un investissement énorme, un risque important (choix des poseurs, suivi du dossier administratif, retard de chantier, retard de paiement par EDF...). Bref, ne pas croire que c'est la panacée ou la poule aux œufs d'or!!!

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