Plantes toxiques : Soyez vigilant avec la flore de vos pâtures

Dr Sophie Mémeteau

La période estivale est propice à la consommation de plantes toxiques par les animaux, surtout durant la sécheresse. Certaines conservent leur toxicité dans les fourrages.

Beaucoup de plantes sont toxiques ; on ne peut pas toutes les citer. Certaines sont régulièrement mises en cause dans des intoxications, comme la fougère aigle, l'oenanthe safranée, la mercuriale, ou encore des arbustes constituant des haies comme l'if, le buis, le thuya, le laurier-cerise ou le laurier rose. Elles peuvent être consommées sur pied ou, pour certaines, dans les fourrages. Pour les arbustes constituant des haies, les rameaux issus de la taille, tombés au sol, qui risquent d'être ingérés. Lorsqu'ils sont en pâtures, normalement, les bovins ne consomment pas les végétaux toxiques : ils font naturellement « le tri ».

Certaines plantes, comme le millepertuis (photo) et le trèfle (trèfle blanc, trèfle hybride), ont des propriétés photosensibilisatrices. (F. d'Alteroche)

Certaines plantes, comme le millepertuis (photo) et le trèfle (trèfle blanc, trèfle hybride), ont des propriétés photosensibilisatrices. (F. d'Alteroche)

Période de sécheresse

Mais l'été, en période de sécheresse, l'herbe se fait moins abondante ; cette situation de disette peut pousser les animaux à se nourrir de ces plantes. Et ce d'autant plus que la sécheresse modifie l'appétence de certaines d'entre elles, en réduisant par exemple leur amertume. C'est par exemple le cas de l'if. Il peut arriver que certaines plantes cultivées soient toxiques. C'est le cas du sorgho ; la toxicité ne concerne alors que les plantes jeunes (< 0,90 m) ; la dose mortelle toxique est de 1 kg de plantes fraîches. Un cas classique est l'intoxication par les glands. Une consommation répétée provoque des signes d'anorexie (arrêt de la prise alimentaire), un arrêt de la rumination, de la constipation, puis de la diarrhée, parfois avec du sang et surtout, elle entraîne une atteinte rénale sévère. Si cette intoxication n'est pas gérée rapidement, le traitement est illusoire et l'évolution conduit à la mort de l'animal. Il est à noter que les jeunes feuilles de chêne, au printemps, sont également toxiques.

Les plantes photosensibilisatrices agissent majoritairement sur des animaux à muqueuses claires. (J.-M. Nicol)

Les plantes photosensibilisatrices agissent majoritairement sur des animaux à muqueuses claires. (J.-M. Nicol)

 

La consommation de plantes toxiques peut être liée à des circonstances particulières. C'est le cas par exemple d'une intoxication au buis qui a conduit la mort de plusieurs animaux d'un même troupeau. Les bovins pâturaient dans des prés bordés de ce type d'arbuste. Des observations sur le terrain ont permis de constater qu'en fait, tous les bovins consommaient plus ou moins du buis sur pied, surtout lorsqu'en pleine chaleur, ils s'abritaient du soleil en mettant leur tête sous les rameaux de cette plante au feuillage persistant.
Enfin, des particularités individuelles peuvent jouer. C'est le cas de l'action photosensibilisatrice du trèfle ou du millepertuis à laquelle sont peu, ou pas sensibles les animaux à peau et muqueuses pigmentées. De plus, le comportement et la sensibilité des animaux ne sont pas forcément identiques. Dans un même pré, certains bovins vont s'intoxiquer et pas les autres.

Intoxications liées à des fourrages

Il y a ensuite le risque d'intoxication en dehors du pâturage, après coup, puisque certaines plantes conservent leur caractère toxique même dans les fourrages (foin, ensilage). C'est le cas de la fougère aigle, de la mercuriale ou de la datura. Les prés fauchés ne sont pas les seules zones à risque : les cultures (le maïs en particulier, utilisé en ensilage) peuvent aussi être à l'origine d'intoxications.
La toxicité d'une plante peut être chronique : elle ne sera toxique que si le bovin en consomme de manière régulière sur une durée plus ou moins longue. C'est le cas de la fougère aigle qui nécessite une consommation répétée pendant plusieurs semaines. Pour les glands, l'ingestion doit être quotidienne pendant une dizaine de jours. Elle peut être aiguë : une ingestion unique suffit, en quantité plus ou moins grande selon les plantes.
Ainsi, pour l'if, le laurier cerise, le buis ou le thuya, 500 grammes de plantes fraîches environ représentent la dose toxique. Quant aux symptômes observés, ils sont très variables et dépendent de la plante concernée (cf. tableau joint en PDF ).
En conséquence, le traitement sera essentiellement symptomatique, d'autant plus qu'il sera la plupart du temps engagé avant que l'intoxication soit diagnostiquée et la plante en cause identifiée.
C'est un ensemble d'observations (signes cliniques, période de l'année, nombre d'animaux concernés, le type de pâturage, les plantes que l'on y trouve…) qui permettent de conduire à cette conclusion. Une des difficultés est la surveillance parfois moins fréquente des animaux aux pâturages. Le risque est alors d'intervenir trop tardivement dans le traitement ; ce qui est d'ailleurs le cas pour l'ensemble des maladies.

Quelques précautions à prendre

Comme souvent, quelques précautions sont à prendre pour limiter ce type d'accident. La première est de faire le tour des pâturages, en particulier des prairies naturelles, pour repérer les éventuelles plantes toxiques et les environnements à risque (bordures de forêts, propices aux fougères aigles et aux glands par exemple). La seconde est de ne pas laisser au sol les rameaux issus de la taille. Enfin, une surveillance régulière et fréquente des animaux peut permettre d'intervenir rapidement et de sauver l'animal.

Pour plus d'informations, et en particulier savoir reconnaître les plantes pouvant poser problème, voir le site www.vegetx.envt.fr

Pièces jointes

Source Réussir Bovins Viande Juillet-Août 2010

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