Printemps et reproduction en élevage bovin allaitant : Le printemps, période cruciale pour la maîtrise de la reproduction

Dr Didier GUERIN

Printemps et reproduction en élevage bovin allaitant : Le printemps, période cruciale pour la maîtrise de la reproduction

Alors que les résultats de reproduction de la campagne en cours s'avèrent catastrophiques, cet article fait le point sur les mesures sanitaires à prendre pour obtenir les résultats de fécondité les plus adéquats pour son troupeau.

La campagne 2007/2008 a été frappée par deux atteintes majeures en matière d'infécondité du troupeau : une mauvaise alimentation (les fourrages de qualité insuffisante de l'hiver 2007/2008) et une maladie infectieuse avec un impact conséquent (la fièvre catarrhale). Cela se traduit par une diminution vertigineuse des naissances (-35% en février après -26% en janvier soit -15% d'août à février ou -18.088 veaux) et une augmentation du taux de mortalité des veaux. Nous reviendrons en détail sur ces éléments la semaine prochaine dans le cadre du rendu du Conseil d'Administration du GDSCC de ce vendredi. Nous abordons ici les points essentiels quant à la maîtrise de la reproduction en élevage allaitant au cours du printemps.

Une fertilité des mâles à surveiller de manière étroite

La spermatogénèse est fortement altérée par une élévation de la température. L'observation d'une maladie infectieuse qui se traduit par une hyperthermie importante entraine un risque de stérilité pendant une période d'au moins 6 semaines. Les agents concernés sont très nombreux mais peu importants dans la pratique quotidienne, hormis la BVD et la fièvre catarrhale dorénavant. S'ajoute l'infertilité consécutive à un manque de libido ou à une incapacité à effectuer le saut : lombalgies, lésions articulaires. Un nombre de femelles supérieur à 25/30 par taureau (surtout s'il est jeune et a une croissance médiocre) est également facteur d'infécondité par absence de saillie ou par diminution de la qualité du sperme. L'éleveur attentif au bon déroulement de la saillie sollicitera un examen du taureau en cas de retour en chaleur de plusieurs vaches dans un lot donné.

Une infertilité des femelles à causes multiples

Les insuffisances ou déséquilibres nutritionnels ont des répercussions directes sur le fonctionnement de l'appareil sexuel mais également des effets indirects par le biais des conditions de vêlage. De plus, les maladies infectieuses entraînent des lésions qui retardent ou empêchent la fécondation. Les mortalités embryonnaires interrompent la gestation à son début (avant 45 jours) et les avortements à différents stades plus tardifs.

Un fort impact de l'alimentation et du parasitisme

L'appareil sexuel est très rapidement sensible à un déficit énergétique marqué. La perte de poids ne doit pas dépasser 8 à 9% du poids initial (vêlage compris). Aucune sous-alimentation ne doit être tolérée ni pour les femelles en mauvais état, ni pour les génisses au 1er veau qui n'ont pas encore achevé leur croissance. Une suralimentation peut causer l'infertilité en favorisant des retards d'involution utérine. Le maintien d'une note d'état supérieure à 2,5 et inférieure à 4 (note d'état de 0 à 5) à n'importe quel stade physiologique est une meilleure garantie de bonne fécondité ultérieure. Les déséquilibres sont souvent observés avec les fourrages conservés utilisés pour l'alimentation hivernale : déficits azoté, vitaminique (vitamine A) et minéraux (macroéléments, cas particulier du sel, oligoéléments). Ces carences sont susceptibles de favoriser des métrites et des troubles fonctionnels de l'appareil sexuel en général. L'absence de transition entre la stabulation et le pâturage, au moment de la mise à l'herbe constitue un facteur de risques important. De plus, le parasitisme mal maîtrisé (voir article sur la grande douve et le paramphistome) constitue un facteur aggravant.

La possible implication de maladies infectieuses

Des vaginites, assez rares aujourd'hui, peuvent êtres provoquées par des maladies vénériennes comme la campylobactériose ou la vulvovaginite infectieuse pustuleuse. Elles s'accompagnent d'infertilité. Lors de maladie dans le troupeau, les taureaux pouvant en assurer la transmission, il convient de les examiner. Pour les métrites, on distingue les métrites aigues, apparaissant immédiatement après des vêlages difficiles, s'accompagnant de symptômes généraux graves (hyperthermie, inappétence, parfois péritonites) et des métrites chroniques qui sont des inflammations subaiguës de l'utérus avec des mucosités et quelques éléments purulents observables lorsqu'ils sont rejetés sur la vulve, mais souvent inapparents. Elles sont tardives par rapport au vêlage (4 semaines) et n'entraînent pas d'altération de l'état général. Elles sont des complications des rétentions placentaires, mais on constate, chez des vaches ayant bien délivré, des endométrites consécutives aux autres problématiques pouvant être intervenues lors de la préparation, du déroulement ou de l'immédiat post-partum. 70% des infécondités chez la vache sont dus à des métrites subaiguës. Il faut enfin souligner que les métrites sont parfois dues à des infections spécifiques (chlamydiose, fièvre Q, plus rarement IBR…).

Observer attentivement et agir rapidement

Deux attitudes importantes de l'éleveur vont conditionner la réussite en matière de maîtrise de la reproduction :
• Observer attentivement : l'appréciation de l'état d'engraissement aux différents stades physiologiques de la vache, l'observation précise des chaleurs, la détection de toute anomalie, une attention toute particulière au taureau lors de monte naturelle… constituent les éléments de base permettant une maîtrise adéquate de la reproduction du troupeau. Le 1er élément de réussite incontournable s'avère donc être la qualité du suivi quotidien de l'éleveur que rien ne peut remplacer.
• Agir rapidement : lors de détection d'un facteur de déséquilibre (alimentation, vêlage difficile, retours en chaleurs…), l'action corrective demande à être rapide sous peine de détérioration des performances de reproduction. De plus, plus l'action corrective sera longue à être mise en place, moins son efficacité sera rapide.

 

Les bases du suivi de reproduction de son élevage

La fécondité du troupeau est un élément déterminant de la rentabilité d'un élevage allaitant. Il est donc nécessaire d'avoir une bonne gestion de la reproduction adaptée à la conduite de l'élevage du troupeau allaitant. Celle-ci comprend :
• Contrôle d'involution utérine 1 à 1,5 mois post-partum afin d'assurer une détection précoce des infections utérines qui peuvent être traitées de façon efficace à ce stade.
• Contrôle des reproducteurs mâles avant la saison de monte.
• Contrôle de toute vache non-vue en chaleur dans les trois mois qui suivent le vêlage.
• Contrôle, le jour des chaleurs, de toute vache avec un 3ème retour en chaleur ou un retour en chaleur plus de 60 jours après la précédente mise à la reproduction.
• Diagnostic de gestation précoce afin de détecter les vaches et les génisses non-gestantes et alloter les animaux en fonction du stade de gestation.
L'utilisation de certains ou de la totalité de ces outils sera adaptée en fonction :
• Du bilan de reproduction du troupeau (taux de gestation, IVV, taux de mortalité) et de son analyse.
• Des objectifs de l'éleveur et des facteurs de risques de l'élevage.
• Des déséquilibres ou événements survenant entre deux saisons de vêlage ou au cours de la saison.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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