Quand l’Afrique du Nord lorgne le bétail français

François d'Alteroche - Réussir Bovins Viande Novembre 2011

Visite de l'élevage du Gaec Missiel à Valuéjols dans le Cantal. © F. d'Alteroche
Un lot de solides broutards Salers fraîchement sevrés et prêts à être vendus avait été rassemblé dans un parc devant l’entrée de l’ancienne étable.

À l’occasion du Sommet de l’élevage, différentes visites ont été organisées à l’attention des délégations des pays du pourtour méditerranéen, intéressées pour développer chez eux la production de viande bovine.

Quoi de mieux que des visites sur le terrain pour cerner quelles sont les principales caractéristiques des systèmes allaitants français et les conditions de production du bétail produit dans l’Hexagone ? La veille de l’ouverture du Sommet de l’élevage, une journée était organisée dans le Cantal sur le plateau volcanique de la planèze à l’attention des délégations venues des différents pays du pourtour méditerranéen. Des invitations lancées par Interbev avec FranceAgriMer, France Génétique Élevage et les organisateurs du Sommet de l’élevage. Composées de responsables commerciaux d’entreprises d’import-export, d’éleveurs, de représentants de sociétés d’agrofournitures ou de journalistes, ces Marocains, Algériens, Tunisiens, Égyptiens, Turcs ou Libanais affichaient la même curiosité.

Méthodes de travail

Quatre élevages, proches les uns des autres, avaient accepté d’ouvrir leurs portes afin d’expliquer à livre ouvert quelles étaient leurs méthodes de travail. L’objectif étant aussi de donner un bon aperçu des principales catégories d’animaux produites dans cette région où les conditions pédo-climatiques et les peu ou prou 1 000 mètres d’altitude font que toutes les exploitations sont en système principalement naisseur avec une certaine diversité dans les races utilisées. Alors que début octobre les prairies de cette zone de l’est du Cantal sont généralement vert émeraude, il en était tout autrement cette année. La météo du jour et la couleur jaune paille des pâtures laissant presque à penser que les visiteurs n’ont guère été dépaysés comparativement à ce qu’ils ont l’habitude de voir dans leur pays. Il en fut manifestement autrement du côté des différents lots d’animaux. Ils ont sans surprise suscité moults questions trahissant d’évidence une saine curiosité avec souvent un œil à la fois satisfait et envieux, face à la qualité du bétail présenté.

Au Gaec Missiel, à Valuéjols

Le premier rendez-vous avait lieu au Gaec Missiel, à Valuéjols. Un élevage Salers de haut niveau sur lequel deux frères conduisent un cheptel de près de 170 mères essentiellement menées en race pure avec cette année 168 veaux sevrés ou en phase de l’être pour un total de 166 vêlages. Les délégations ont été accueillies par Bernard Missiel, l’un des deux associés. Après avoir brièvement présenté son exploitation, très caractéristique de ces zones d’altitude où l’herbe est par force l’élément clé du système fourrager, l’éleveur cantalien a expliqué l’historique de son élevage et son attachement quasi viscéral à la race et à la terre de ses ancêtres en rappelant les différentes contraintes liées à l’altitude.
Puis il a posément répondu aux nombreuses questions arrivant parfois dans un ordre un peu décousu. Où vont vos broutards et à quel âge et quel poids vous les vendez ? Pourquoi vous faites du croisement ? Quel est le différentiel de prix au kilo entre des purs et des croisés ? Est-ce que vous passez un contrat avec l’engraisseur qui finit vos animaux ? Que représentent les aides de la PAC dans le chiffre d’affaires de votre exploitation ? Pourquoi vous faites vêler vos vaches principalement en décembre-janvier ? À quel âge sont elles réformées ? Partez-vous en vacances ? Quelle est le pourcentage de vaches inséminées ? Avec quels taureaux ? etc, etc…
À raison d’une bonne heure par élevage, les délégations ont ensuite enchaîné sur l’élevage Salers du Gaec père&fils de Bernard et Benoît Aurière à Valuéjols, conduit avec une plus forte proportion de croisement, puis l’élevage Aubrac de Éric Amadieu à Chalinargues, avant de clore devant le troupeau charolais de la famille Rigal à Murat.
Tout ces éleveurs expliquant les cycles de production pour leurs troupeaux, l’influence du rythme des saisons, de la pousse de l’herbe, de la longueur des hivers et pourquoi, depuis plusieurs dizaines d’années, les unités d’engraissement italiennes étaient leurs plus anciens clients. De fidèles partenaires auxquels les naisseurs français pourraient manifestement être amenés à faire de plus fréquentes infidélités !

Centre d'allotement de la société Charrade. © F. d'Alteroche

Les visiteurs d’un jour semblaient particulièrement intéressés sur la façon dont étaient triés et allotés, suivant les commandes, les animaux en partance le soir même pour l’Italie.

Besoins accrus en Afrique du Nord

« Avec la hausse du niveau de vie, les besoins en viande ont très fortement progressé au Maroc ces dernières années. Il y a dix ans, les Marocains consommaient une moyenne de 9 kg de viande bovine par habitant et par an. Aujourd’hui nous sommes à 13 kg et d’après nos prévisions, ce chiffre devrait avoisiner 20 kg dans une dizaine d’années », rapportait M’hammed Karimine, président de l’association marocaine de Viande rouge et lui-même éleveur laitier et engraisseur de taurillons. Cette tendance à la hausse est accentuée par la progression du tourisme. « Il y a près de 10 millions de touristes qui viennent chaque année dans notre pays. Et ce chiffre est lui aussi attendu en augmentation. Cela contribue largement à la progression de nos besoins en produits carnés ! »
« Longtemps, les animaux engraissés au Maroc ont été presque exclusivement issus de l’élevage local. Il s’agissait principalement des veaux nés dans les élevages laitiers », expliquait pour sa part Mustapha Belfaqih, trésorier de la fédération des Viandes rouges au Maroc.
Des veaux laitiers
aux broutards
« Avec ces animaux, les rendements carcasse ne dépassent pas 52 % alors que nous avons atteint 62 % avec les broutards de race à viande que nous importons de France depuis deux ans. Ces derniers nous permettent surtout d’obtenir des niveaux de croissance bien supérieurs. Chez nous les poids d’abattage oscillent le plus souvent entre 600 et 650 kg vif. »
L’idée est aussi d’améliorer la production de viande des troupeaux marocains en faisant du croisement terminal sur une partie des femelles des cheptels laitiers. « Nous importons de plus en plus de doses de taureaux de race à viande pour les utiliser en croisement », soulignait M’hammed Karimine, qui pour sa part fait sur son troupeau laitier du croisement avec des races à viande françaises ou du Blanc Bleu belge.
Cela lui permet une meilleure valorisation via son atelier d’engraissement d’une partie des veaux nés dans son élevage.
La volonté affichée par bon nombre des représentants de ces pays semblait être de privilégier les importations de bétail vif et non de viande finie en donnant priorité aux mâles pour des questions culturelles et religieuses.

Le vif plus que la viande

Ces derniers sont bien entendu tous destinés à être « sacrifiés » selon les principes du culte musulman. « Nous souhaitons pouvoir faire travailler nos outils d’abattage », ajoutait M’hammed Karimine. Cette journée sous le soleil s’est achevée à Neussargues, dans le centre d’allotement de Pierre Charrade, négociant en animaux vivants. Une visite réalisée dans un concert de meuglement à l’heure du chargement des camions, devant des visiteurs manifestement toujours aussi intéressés. « Je travaille avec 10 salariés (5 acheteurs, 4 chauffeurs et une secrétaire). On fait autour de 30 000 têtes par an avec des broutards principalement expédiés sur l’Italie », expliquait le maître des lieux.
Et ce dernier d’expliquer devant les cases de broutards fraîchement allotés par race, sexe, poids et conformation, comment il travaillait pour ses expéditions. Et ces visiteurs d’un jour de le poursuivre avec leurs rafales de questions : Pourquoi vendez-vous surtout en Italie ? À quel prix arrivent les animaux une fois rendus là-bas ? Est-ce que vous leur faites des traitements préventifs à l’arrivée dans le centre ? Quel est le taux de mortalité dans les camions ? Avez-vous des cahiers des charges et des contrats avec vos clients italiens ? Mélangez-vous les races dans un même lot ? Quel est l’écart de poids dans les animaux d’un même lot ?… Et Pierre Charrade, manifestement ravi de voir autant de clients potentiels dans son centre de s’efforcer de répondre le plus simplement possible en esquivant adroitement les questions un peu trop indiscrètes ! 

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