Recommandations et démarche d'intervention : Le veau, de l'individu au troupeau. Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire (fin)

Dr Didier GUERIN

Cet article termine cette série consacrée à la gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire dans le cadre de l'impact de l'alimentation sur le nombre et la santé des veaux. Il donne une synthèse des recommandations et aborde la démarche d'intervention en élevage.

Définir son plan d'intervention en fonction de l'importance de l'action curative et préventive à réaliser au sein de l'élevage

• Les mesures à mettre en place pour obtenir des résultats conformes aux objectifs définis conjointement.
• Une fois la situation conforme ou si elle est d'emblée conforme, repérer les facteurs de risque susceptibles d'apparaître : toute modification dans la composition de la ration, la période de vêlage…
Le plan d'intervention sera d'abord basé sur l'examen clinique. Le plan analytique sera défini en fonction des besoins que fera ressortir l'examen clinique.

Effectuer l'examen clinique

Le premier élément à apprécier est la quantité de nourriture reçue. N'oublions pas que le 1er risque en pathologie alimentaire est l'insuffisance d'apport en quantité. Ce point se mesure par la note d'état d'engraissement qui présente une application spécifique en élevage allaitant (voir tableau). Par la note d'état, on cherche à évaluer, par palpation, l'importance des dépôts adipeux sous-cutanés à différents endroits de l'animal. Deux régions anatomiques ont été choisies sur le flanc droit : le ligament sacro-tubéral manipulé par la main gauche et le train de côtes (plus particulièrement, les dernières côtes) manipulées par la main droite. A chacun de ces endroits, on cherche à apprécier par pincement (main gauche) et main à plat (main droite), la souplesse de la peau, sa capacité à rouler sur l‘os ou le ligament, enfin l'épaisseur du tissus adipeux. L'optimum pour l'état d'engraissement des mères au vêlage correspond à une note de 3. Sera également estimée la présence ou non d'une fonte musculaire, signe d'une insuffisance azotée chronique. D'autre part, sera observé l'aspect général de l'abdomen (forme générale et creux des flancs) pour repérer une réplétion insuffisante ou trop importante du rumen. En complément, l'examen des bouses donnera une indication sur la qualité de digestion des aliments. La qualité des bouses dépend à la fois de l'état sanitaire de l'animal et de son alimentation.

Définir et réaliser le plan analytique avec une aide technique et financière du GDSCC

Suivant les facteurs de risques identifiés, différentes analyses pourront être mises en place afin de quantifier la problématique :
Le dosage d'urée permet de caractériser un déficit protéique ou à l'inverse un excès d'azote soluble. Il peut s'effectuer dans le sang ou dans le lait. Il doit se situer entre 14 à 16 mg/l.
Les dosages des macroéléments permettent de confirmer une suspicion par dosages sanguins (Ca, P, Mg) sur des animaux en phase clinique ou évaluer les apports par dosages urinaires (Ca, P, Mg, Na, K) sur plusieurs animaux représentatifs du lot.
Les dosages des oligoéléments permettent une évaluation du statut des animaux suivie par une correction ciblée et contrôlée en fonction des insuffisances relevées. Il sera prélevé 10% des vaches avec un minimum de 5. Les animaux choisis seront sans problèmes particuliers entre 6 et 8 mois de gestation, ce qui permet de corriger à temps les carences pour un passage transplacentaire suffisant et donc l'obtention d'un veau non-carencé. Les recherches réalisées sont : cuivre (cuprémie), zinc (zincémie), sélénium (glutathion peroxydase érythrocytaire), iode (thyroxinémie et iodémie).
La pesée de la thyroïde sur les mort-nés constitue un enseignement important. La carence en iode peut se manifester par une augmentation de la taille de la thyroïde (goitre). Le poids moyen de la thyroïde d'un veau nouveau-né à terme dont la mère n'est pas carencée pendant la gestation est normalement de 6 à 7 grammes. Une carence est diagnostiquée lorsque son poids excède les 10-12 grammes à la naissance alors que le goitre n'est pas forcément bien visible à ce stade.

Le contrôle du transfert de l'immunité se réalise grâce à un prélèvement sanguin effectué sur le veau sain âgé de 2 à 6 jours. Le dosage porte sur la quantité de protéines totales et sur le taux d'IgG. Le taux de protéines totales doit être supérieur à 60 g/l. Un taux inférieur signe une insuffisance nutritionnelle. En matière d'immunoglobulines, le taux est excellent s'il est supérieur à 20 g/l. A un taux inférieur à 10 g/l, il révèle une insuffisance de transfert immunitaire, ce qui compromet gravement l'avenir du veau. Entre ces deux paliers, le taux ne permet pas au veau de résister à une pression d'infection conséquente. Le prélèvement va concerner 5 veaux ayant absorbé le colostrum de manière normale et ne présentant pas de problèmes particuliers. L'objectif de cette intervention est d'obtenir une valeur moyenne du transfert immunitaire au sein du troupeau à un moment donné. Lors d'identification d'un transfert insuffisant, il sera mis en place un contrôle de la densité du colostrum (pèse colostrum) afin de déterminer si l'écueil réside dans sa qualité ou son absorption.
Le plan analytique est défini par le vétérinaire en relation avec l'éleveur en fonction de l'examen clinique et des facteurs de risques identifiés. Dans ses différents plans d'intervention (diarrhées, avortements, mortinatalités…), le GDSCC intervient avec une aide technique et financière.

Finaliser le plan d'intervention et son suivi.

En fonction des différents éléments étudiés ci-dessus, le plan de prévention sera finalisé et présenté de manière synthétique par l'intervenant à l'éleveur. Seront inscrits le déroulé des opérations avec les différentes étapes et les outils de suivis (visites, analyses…) mis en place sans oublier qu'il s'appuie sur un trépied majeur :
La période « deux mois avant – deux mois après le vêlage ».
L'environnement de l'animal à cette période : herbe ou fourrage conservés.
Les habitudes de chacun, le degré d'implication dans les changements prévus.
Cela nécessite une formalisation (écrits) avec une quantification (éléments objectifs mesurables) des points de départ et objectif.

En conclusion, un examen attentif et régulier des animaux

La gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire en élevage allaitant s'avère incontournable pour les raisons suivantes :
L'insuffisance alimentaire se rencontre régulièrement comme facteur de risque.
Nous disposons, dorénavant, d'outils permettant d'évaluer de façon pertinente l'importance du problème, de corriger et de suivre.
Intégrée dans un plan de lutte et de prévention collective au niveau du cheptel, cela permet de répondre à la nécessité d'approche globale au niveau d'un troupeau.
Cela demande un investissement du vétérinaire en relation avec l'éleveur dans une démarche globale et préventive avec l'oeil avisé de l'éleveur dans le suivi de ses animaux et la démarche diagnostique habituelle du vétérinaire (examen clinique, prescription analyses nécessaires, diagnostic, traitement, suivi). Cela implique une évolution des relations éleveurs – vétérinaires dans le cadre de l'approche globale du troupeau. Cela passe aussi par la délégation de missions d'expertise auprès de référents afin de s'appuyer sur d'autres compétences pour obtenir une synthèse la plus cohérente possible. Etant donné l'impact de l'alimentation sur le nombre et la santé des veaux, avoir une approche globale et pragmatique de la gestion alimentaire en élevage allaitant constitue un acte de gestion majeur de son élevage. Le GDSCC, dans le cadre de son expertise sanitaire animale collective au service de tous les élevages, s'implique et reste à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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