Recommandations et démarche d'intervention : Le veau, de l'individu au troupeau. Gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire (suite

Dr Didier GUERIN

A partir des données et des illustrations apportées précédemment, sont explicitées, dans cet article qui clôt cette série, une synthèse des recommandations et la démarche d'intervention en élevage.

Cet article termine cette série consacrée à la gestion des facteurs de risques en pathologie alimentaire dans le cadre de l'impact de l'alimentation sur le nombre et la santé des veaux. Il donne une synthèse des recommandations et aborde la démarche d'intervention en élevage.

Des défenses immunitaires du veau dépendantes des apports alimentaires

Par précaution, la couverture en énergie et en matière protéiques doit être supérieure à 85% de la fourniture recommandée pour une ration équilibrée afin de ne pas réduire la composition en immunoglobulines. La ration doit être supplémentée en vitamines AD3E si nécessaire et en oligoéléments. Cet apport n'enrichit pas le colostrum (sauf pour le zinc et le cuivre) mais, dans la mesure où la plupart des oligoéléments passent la barrière placentaire pour être stockés dans le foie du foetus, cette supplémentation permet d'obtenir des veaux dont les concentrations sanguines en oligoéléments et vitamines sont plus élevées et capables de réponses immunes plus importantes. Ils sont aussi plus résistants, plus viables et moins sensibles aux maladies dans leur 1ers mois de vie. Les supplémentations peuvent s'avérer d'autant plus utiles que les déficits minéraux, notamment, cuivre, zinc et iode, s'aggravent avec le nombre de lactations.

Une note d'état supérieure à 2,5 et un minimum d'apports azotés

L'alimentation énergétique et protéique va avoir une influence essentiellement sur la quantité plus que sur la qualité du colostrum et la vitalité du veau. Un colostrum de qualité ne peut être synthétisé que par une vache présentant, au minimum, un état d'engraissement de 2,5 (échelle de 0 à 5) et une couverture de ses besoins en azote de 55%, une carence protéique importante entraînant une pauvreté du colostrum en anticorps. Il sera donc recherché des vaches avec une note d'état de 3 plus ou moins 0,5 avec une perte d'état qui ne sera pas supérieure à 1 point.

Tous les minéraux à considérer sans oublier le sel

Pour les minéraux, les oligo-éléments (cuivre, zinc, sélénium, iode) doivent être au-dessus du seuil biochimique de carence, ils participent à la qualité du colostrum et améliorent son absorption par le veau nouveau-né non-carencé. Pour une ration de base type observée dans notre département (foin et / ou ensilage d'herbe mixte graminées / légumineuses avec complémentation céréales) avec des amendements calciques et fumures phosphatées régulièrement pratiquées, une complémentation minérale hivernale avec autour de 150 g par vache et par jour d'un AMV type 10/20/4 avec 1200 à 1500 ppm de cuivre et 6000 à 7000 ppm de zinc permet d'obtenir une situation adéquate. Il ne faut pas oublier l'apport systématique en sel (chlorure de sodium) et la complémentation hivernale en macroéléments (calcium, phosphore, magnésium). Enfin, ne sera pas omise la complémentation en vitamines AD3E, notamment après une période de sécheresse.

Qualité des aliments, quantité et qualité de l'eau vérifiées

En matière de qualité des aliments, les moisissures (foins, pailles, ensilages mal conservés) influent sur la qualité du colostrum voire directement sur la santé des animaux. En matière d'abreuvement, l'apport en quantité à tous les bovins (veaux compris) et de qualité (contrôle des sources et captages) sera vérifié.

La démarche d'intervention en élevage

Le passage de l'individu au troupeau demande de structurer son intervention en plusieurs étapes :
• Faire un état des lieux.
• Le confronter aux normes et aux objectifs de l'élevage.
• Définir le plan d'intervention en fonction de l'importance de l'action curative et préventive à réaliser.
• Effectuer l'examen clinique.
• Définir et mettre en place le plan analytique avec une aide technique et financière du GDSCC.
• Finaliser le plan d'intervention et son suivi.

Faire un état des lieux

La gestion des facteurs de risques au sein d'un élevage demande d'abord leur détermination. Comme nous l'avons vu, la ration de base d'une vache allaitante constituée de fourrages peut couvrir une grande partie des besoins. A la différence de ce qui peut être observé en élevage laitier ou en atelier d'engraissement, la qualité de la ration a priori est difficile à déterminer. La connaissance de la valeur effective (quel va être son effet sur l'animal) du foin est parfois aléatoire. L'hiver 2007/2008 a été un exemple frappant en la matière. Pour s'orienter, notre diagnostic va plus se baser sur les résultats globaux de l'élevage. Les outils à notre disposition aujourd'hui sont nombreux. Leur utilisation en élevage est appelée à devenir incontournable pour certains d'entre eux avec la visite sanitaire obligatoire en élevage bovin et le bilan sanitaire volontaire. De plus, étant donné que la fonction de reproduction est la première détériorée lors de déséquilibres alimentaires, son suivi précis constitue un facteur d'appréciation primordial de la qualité de l'alimentation.

En conséquence, l'état des lieux portera sur les éléments suivants :
• La productivité numérique du troupeau (nombre de veaux sevrés par vache mise à la reproduction et par an) qui intègre le taux de gestation (norme : > à 90 ou 92% suivant la race), l'intervalle entre vêlages (norme : < à 370 jours) et le taux de mortalité des veaux avant le sevrage (norme : < 5%).
• Le taux de veaux malades avec les causes rencontrées et leur distribution en fonction des périodes de vêlage et leur positionnement dans chaque période de vêlage.
• Les affections rencontrées et les taux observés pour les autres catégories, notamment au niveau des mères.
• Un point particulier sur les primipares (âge moyen au vêlage, étalement des vêlages, difficultés au vêlage, atteinte des veaux, intervalle 1er – 2ème vêlage…).
• La croissance des veaux, lorsqu'elle peut être connue, constitue un complément intéressant.
L'évolution au cours des années est un élément d'appréciation supplémentaire.

Confronter l'état des lieux aux normes et aux objectifs de l'élevage

En fonction des résultats observés dans l'élevage, une étude critique sera réalisée afin de les confronter aux normes et aux objectifs de chacun, certains impératifs de l'élevage peuvent impliquer un souhait de modification des objectifs. Cette phase s'avère importante car elle va conditionner l'implication de l'éleveur dans le suivi du plan d'intervention défini conjointement avec l'intervenant. Celui-ci demandant pour partie des modifications dans les habitudes de travail, sa réussite nécessite une forte motivation de chaque intervenant concerné.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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