Sélection du maïs fourrage : Des variétés avec des bénéfices multiples

Cyrielle Delisle

Même si le travail réalisé depuis l'introduction du maïs en Europe au XVIè siècle est considérable, la sélection variétale a encore de nombreux défis à relever. Les sélectionneurs disposent de nouvelles technologies. Elles ont permis d'accélérer la création d'une variété.

« Les défis de la recherche sur la sélection variétale du maïs fourrage sont multiples. Rentre en jeu, la recherche d'une plus grande efficacité des systèmes d'élevage sous contraintes environnementales de plus en plus fortes », commence Josiane Lorgeou d'Arvalis - Institut du végétal. C'est-à-dire arriver à des coûts de production plus faibles tout en minimisant l'impact environnemental. L'amélioration du rendement apparaît donc comme un critère essentiel. En effet, il permet à la fois de nourrir davantage d'animaux et de diluer les charges imputables à la culture par hectare. « C'est un critère de recherche essentiel compte-tenu de la météo de ces dernières années et de ses conséquences sur les stocks. Le maïs fourrage ensilé apparaît comme un excellent moyen de lisser ses disponibilités en fourrages et de faire des stocks d'une année sur l'autre », note Lionel Lordez, chef de marché maïs Delkab (Monsanto). Depuis une trentaine d'années, « les gains de rendement du maïs fourrage, grâce au progrès génétique, évoluent sur une pente constante. Ils sont de l'ordre de 0,15 tonne de matière sèche par hectare et par an. A terme, on peut raisonnablement envisager 35 TMS par hectare en conditions non limitantes », souligne Bruno Lefèvre, coordinateur des programmes de sélection maïs de RAGT

Les variétés futures de maïs fourrage doivent être adaptées aux aléas climatiques, aux besoins des animaux et aux contraintes environnementales. (S. Leitenberger)

Les variétés futures de maïs fourrage doivent être adaptées aux aléas climatiques, aux besoins des animaux et aux contraintes environnementales. (S. Leitenberger)

Parer aux aléas climatiques

Mais le grand enjeu de la sélection réside dans l'obtention de variétés offrant un rendement stable pour assurer les stocks, malgré l'influence du réchauffement climatique (augmentation des températures et déficit hydrique). En trente ans, une augmentation de 150 °C jour entre le semis et la récolte a été observée. Selon François Eloi, responsable développement et expérimentation de KWS, « la résistance au manque d'eau représente un travail de longue date. Les variétés de maïs proposées aujourd'hui bénéficient déjà de ces études sur l'efficience hydrique. Le rendement, depuis 20 ans, a progressé de 15 à 20 % pour une consommation identique en eau. » Un autre levier peut être évoqué pour limiter l'impact de la sécheresse : la stratégie d'évitement. Ceci consiste à avancer la date de semis ou à utiliser des variétés plus précoces. La date de floraison intervient alors avant les déficits hydriques les plus marqués en année ‘normale'. La résistance au stress hydrique reste par ailleurs un travail complexe car plusieurs options sont à retenir. Il peut intervenir à différents moments de la vie de la plante. Il existe donc différentes voies métaboliques à prendre en compte. Un axe fortement travaillé actuellement est le stress post-floraison, selon Bruno Lefèvre.
« Tous les sélectionneurs analysent le comportement de la culture sous carence hydrique, mais également azotée puisque ces situations concernent la France et les pays de l'Est », ajoute Josiane Lorgeou.

Meilleure utilisation de l'azote

La tâche porte donc sur l'obtention de variétés optimisant l'utilisation de l'azote du sol pour réduire l'emploi d'engrais. « Ce travail s'effectue de façon interne, mais également en relation avec l'Inra et Biogemma, société spécialisée en biotechnologies végétales qui regroupe les sociétés Limagrain, Euralis, RAGT, Sofiprotéol et Unigrains. Nous travaillons en commun pour déterminer des zones chromosomiques impliquées dans le métabolisme de l'azote », évoque Bruno Lefèvre.

Par contre, l'amélioration de tous ces facteurs ne doit pas se faire au détriment des précédents acquis. « La tenue de tige reste un critère de sélection majeur. Il est important de maintenir ce caractère. On n'est pas à l'abri d'un orage avec des vents forts qui pourraient entraîner la verse du maïs. Avec pour conséquence des pertes en rendement, des pertes à la récolte et une augmentation du temps de récolte. Nous disposons par ailleurs de variétés de maïs fourrage avec des valeurs alimentaires intéressantes surtout en énergie (UFL). Il faudra donc maintenir cette qualité tout en améliorant le rendement », précise Josiane Lorgeou.
Vient ensuite la digestibilité. La recherche s'oriente sur la compréhension du complexe ligno-cellulosique. Des avancées sont réelles, mais n'ont pour l'instant pas été valorisées sur le terrain. Chez Monsanto, l'optimisation de l'énergie disponible (en intégrant digestibilité des parois et teneur en amidon) à l'hectare pour les animaux est considérée comme un axe à privilégier dans les efforts de recherche. KWS de son côté, travaille sur l'obtention d'un maximum d'UF par kilo de matière sèche (MS) tout en gardant un bon équilibre du reste de la plante (DINAG). L'enrichissement en MAT représente également un axe à prendre en compte, mais le coût de la sélection est élevé. Son efficience est forte. « Les variations de la valeur du maïs fourrage dépendent principalement de la génétique, mais aussi des conditions de récolte. Plus la récolte est tardive, plus elle impacte la valeur du maïs », remarque Gildas Cabon, d'Arvalis-Institut du végétal.

Superficie du maïs fourrage : on compte 1,45 million d'hectares en 2010. (Source : Agreste)

Superficie du maïs fourrage : on compte 1,45 million d'hectares en 2010. (Source : Agreste)

 

D'autres défis

En France, le maïs est peu concerné par les maladies, mais l'Helminthosporiose a fait son apparition en Europe. Cette maladie entraîne des nécroses foliaires, induisant la sénescence du feuillage. Actuellement, des programmes de recherche sont en cours pour obtenir des résistances à cette maladie. La résistance aux maladies est un critère qui peut jouer sur le rendement mais également sur le revenu de l'agriculteur (utilisation de produits de traitement donc augmentation des charges), ainsi que sur le respect de l'environnement.
RAGT possède un programme de recherche en interne sur la tolérance aux adventices. A partir des années 1995, il a largement exploité la tolérance à la cycloxydime, matière active d'un herbicide contre les graminées. Cette résistance a été introduite dans un certain nombre de leurs variétés.
Un travail est également fourni pour garder longtemps la plante la plus verte possible, afin de procurer à l'éleveur une plage de récolte maximale en cas de saison chaude. « Ainsi, nous avons pu aujourd'hui augmen- ter la plage de récolte de 10 jours. En zone d'élevage, le matériel de récolte est partagé (ETA, Cuma), l'ensileuse n'est donc plus présente en permanence sur l'exploitation. D'où la nécessité de disposer d'une plage de récolte suffisamment importante », évoque François Eloi.
Tous les ans, de légers progrès sont faits, mais la sélection reste complexe car elle doit tenir compte de divers paramètres pour obtenir la meilleure combinaison possible. Elle est également coûteuse et représente 10 à 15 % du chiffre d'affaires investis en recherche et développement par les entreprises de semences. Les défis sont nombreux et se démultiplient pour coller aux conditions pédoclimatiques de chaque petite région.

Source Réussir Bovins Viande Juin 2011

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires