Selon les données de la BDNI : Les naissances de veaux sont en recul de 14 %

Bernard Griffoul

Les naissances de veaux ont reculé de 14 % au cours des quatre premiers mois de 2009. Une baisse désormais difficilement rattrapable.

Tous les chiffres vont dans le même sens : 25 000 en Saône-et-Loire, 23 000 dans l'Allier et dans la Creuse… C'est le nombre de veaux qui manquent à l'appel dans ces départements pour les quatre premiers mois de l'année 2009 par rapport aux naissances de 2008 sur la même période.
Dans la Sarthe, la baisse était encore plus impressionnante : 29 % pour le seul premier trimestre ! L'Institut de l'élevage a décortiqué les chiffres de la Base de données nationales de l'identification (BDNI). Ils corroborent ces quelques exemples. De janvier à avril, alors qu'en 2008 la BDNI recensait 1,9 million de veaux nés viables issus de races allaitantes, on en dénombre 267 000 de moins en 2009. Soit une diminution de 14 %. Une baisse qui s'inscrit dans un contexte de légère hausse du cheptel allaitant. De plus, en 2008, sur le plan national, il manquait déjà 114 000 veaux par rapport à 2007. Rappelons que 4,163 millions de vaches allaitantes étaient comptabilisées en France en 2008.

Même si la baisse des naissances était en partie rattrapée à la fin du printemps, le décalage serait désormais tel qu'il équivaudrait à une perte pour l'année en cours. (B. Griffoul)

Même si la baisse des naissances était en partie rattrapée à la fin du printemps, le décalage serait désormais tel qu'il équivaudrait à une perte pour l'année en cours. (B. Griffoul)

Contrôles de gestation

Le recul est particulièrement spectaculaire sur les deux premiers mois de l'année : 20 % en janvier, 25 % en février, 8 % en mars, 2 % en avril. « On observe plus les écarts des mois précédents mais il n'y a pas de rattrapage », commentait en mai Mélanie Richard, de l'Institut de l'élevage, au vu des chiffres du mois d'avril. Un mois au cours duquel pour un département comme la Creuse on observait encore une baisse importante (- 13 %) après un début d'année catastrophique (- 26 % en janvier et - 35 % en février). Si en début d'année, on pouvait espérer un simple décalage des vêlages, il est désormais évident que ce déficit de naissances ne pourra plus être rattrapé en totalité.
Alors que s'est-il passé au printemps et à l'été 2008 ? La FCO ? Mais, pourquoi aurait-elle eu un tel impact sur la fécondité des cheptels allaitants ? « Visiblement, une partie des éleveurs ne s'est pas rendue compte précocement des problèmes de fécondité et n'a pas forcément laissé plus longtemps les taureaux de saillie dans les troupeaux ou pris les mesures nécessaires pour féconder l'ensemble des vaches, analyse Mélanie Richard. Ainsi, si on avait pu s'attendre à un petit décalage des vêlages lié à une baisse de fécondité temporaire, il apparaît aujourd'hui que le retard des naissances sera plus important car l'absence de gestation d'une partie des vaches constatée tardivement, implique un décalage important dans le cycle de reproduction. »

Jean-Michel Henry, ingénieur viande bovine à la chambre d'agriculture de la Sarthe, interviewé récemment par Agri 72, abondait dans le même sens : « Les naissances de janvier, février, mars correspondent à des fécondations d'avril, mai et juin, c'est-à-dire juste avant la campagne de vaccination. La FCO est passée dans certains élevages sans que les éleveurs s'en aperçoivent. Je pense que dans beaucoup de cas, il y a eu un manque de contrôle des taureaux de saillie pour repérer les pertes de fertilité, ou des contrôles de gestation pas suffisamment précoces. […] La vaccination, organisée à partir de la mi-juillet, n'est donc pas en cause dans les cas d'infertilité ».
Vincent Robergeot, du GDS de Saône-et-Loire, a observé également que des vaches, qui ont été vues en chaleur et fécondées, « ont coulé aux mois de mai et juin. Beaucoup d'éleveurs retirent le taureau vers le 15 juillet ou début août. Elles n'ont pas eu le temps de revenir en chaleur ».

 

Qualité des fourrages

Mais, attention cependant à ne pas tout mettre sur le dos de la FCO, rappelle-t-il : « Il ne faut pas oublier la qualité des fourrages de l'hiver précédent. Les vaches sont sorties maigres et le temps était froid aux mois d'avril et mai 2008. Ces conditions étaient peu propices à l'expression des chaleurs. Cela explique certainement en partie le déficit de naissances sur janvier et février. Sur mars et avril, vraisemblablement, on a davantage l'impact de la manipulation des animaux lors de la vaccination [qui a eu lieu en juin en Saône-et-Loire]. Je ne mets pas cela sur le compte du vaccin mais sur les conditions de réalisation qui n'ont pas toujours été optimales. Nous avons largement insisté sur la nécessité de réaliser la vaccination dans les conditions les moins stressantes possibles, les contraintes d'organisation générale, de délai et de période ne l'ont pas permis. La vaccination a eu cependant un effet protecteur. Si elle est à l'origine de quelques vaches vides, globalement, le bilan reste positif. Si on n'avait rien fait, la situation aurait été pire. Le passage du virus a eu certainement un impact aussi sur la reproduction. Il y a des effets cumulés dans le temps. Mais, c'est difficile d'avoir des certitudes. »

« La FCO a pu jouer un peu mais ce n'est pas la raison principale, affirme de son côté André De Cock de la chambre d'agriculture de Midi-Pyrénées. Le lait n'a pas réagi du tout de la même manière que la viande. Il y a aussi le fait que la fièvre catarrhale n'est pas arrivée au même moment dans tous les départements et que les cheptels n'ont pas été vaccinés en même temps alors qu'en janvier et février, la baisse est à peu près partout du même ordre. Même en montagne où il y avait peu de fièvre catarrhale. Si la FCO et la vaccination étaient seules en cause, il y aurait eu des variations nettes d'un département à l'autre. »
En tout état de cause, il serait bienvenu d'approfondir les raisons de cette baisse des naissances. On parle déjà de nouvelles difficultés de reproduction ce printemps. La vaccination pourrait de nouveau porter le chapeau. Comprendre est indispensable pour faire taire les rumeurs, qu'elles soient fondées ou non.

Source Réussir Bovins Viande Juin 2009

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