Suivi de la faune sauvage : Le contrôle sanitaire de la faune sauvage en Creuse.

Dr Didier GUERIN

Le suivi sanitaire de la faune sauvage creusoise, piloté par le groupe de travail composé de la DDSV23, du LDA d'Ajain, du GDSCC et de la Fédération Départementale des Chasseurs de la Creuse a poursuivi ses investigations pour la saison 2007-2008.

Grâce au réseau de chasseurs qui assure les prélèvements des différents organes sur les animaux tués à la chasse, le contrôle du statut sanitaire de la grande faune sauvage s'est poursuivi sur la campagne 2007/2008. En l'absence d'alertes particulières, sauf pour les chevreuils dans certaines zones à diminution de population (voir ci-dessous), les recherches 2007/2008 se sont situées dans le cadre du suivi triennal avec le contrôle du parasitisme des cerfs et chevreuils et la recherche de la BVD sur ces derniers.

Une absence de circulation virale BVD chez les chevreuils qui se confirme

Sachant que le virus de la maladie des muqueuses peut être théoriquement hébergé et diffusé par les ruminants sauvages et que des origines de contamination de certains cheptels ne peuvent être totalement élucidées, le suivi régulier de la population de chevreuils vis à vis de cette maladie constitue une donnée épidémiologique intéressante. 200 prélèvements de sang de chevreuils sur l'ensemble du département, plus 200 centrés sur la zone Jouillat (zone à diminution de population de chevreuils, voir ci-dessous) étaient programmés. Il a été obtenu des résultats pour 394 animaux. Chaque prélèvement a fait l'objet d'une analyse virologique et sérologique. L'ensemble des résultats s'est révélé négatif confirmant ainsi ceux obtenus en 2004/2005.

Un niveau de contamination parasitaire en évolution

Pour 2007/2008, le contrôle du parasitisme des chevreuils et des cerfs a été programmé pour deux raisons. D'une part, cela rentrait dans le cadre du suivi triennal des populations tel qu'il est réalisé depuis 1999. Dans cette optique, 200 prélèvements de chevreuils et 30 de cerfs étaient prévus avec une réalisation respective de 223 et 28. D'autre part, dans le cadre du suivi particulier de la zone Jouillat, 200 prélèvements de chevreuils étaient programmés, il a été obtenu des résultats pour 142 animaux. Pour les cerfs, les résultats montrent une contamination parasitaire très faible persistante. Pour les chevreuils, les résultats sont en évolution significative depuis 2004/2005 avec des différences notables suivant les espèces de parasites et les zones.

Une infestation en douves faible, un reflet de l'évolution chez les animaux de rente

Pour les trématodes (grande douve, petite douve, paramphistome), les résultats montrent une faible infestation. Ainsi pour la grande douve, seuls 6,5% des animaux présentent un résultat positif avec un niveau moyen faible de ponte de 19 oeufs par gramme de fèces. Pour la petite douve, nous sommes à 14,5% de résultats positifs avec un niveau moyen très faible à 23 oeufs par gramme de fèces. Pour le paramphistome, la proportion observée est de 5% de résultats positifs avec, là aussi, un niveau très bas de 21 oeufs par gramme de fèces. Les pourcentages d'animaux trouvés infestés en petite douve ou en paramphistomes sont en très légère augmentation par rapport à 2004/2005 en corrélation avec l'évolution de l'épidémiologie chez les animaux de rente. Comme très souvent, à part quelques cas très particuliers (sangliers, élevages de truies en plein air et brucellose porcine), la faune sauvage s'avère être un reflet de l'évolution des infections ou infestations observées sur les animaux de rente et non une source de contamination. Ainsi, le taux de chevreuils trouvés infestés en paramphistomose est passé de 4 à 5% alors que cette parasitose est observée depuis plus de 10 ans en bovins avec une présence très largement supérieure (passage en 10 ans de moins de 10% à plus de 50%) et devient significative en ovins (20% de présence de paramphistomes sur les fèces d'ovins analysés au LDA d ‘Ajain). De même, l'évolution en petite douve suit ce qu'on observe en population bovine.

Une infestation en strongles avec une évolution et des différences conséquentes

Alors qu'en 2004/2005, les résultats montraient une contamination en strongles digestifs avec de bas niveaux de comptages d'oeufs (voir tableau comparatif saison 2007/2008 – saison 2004/2005), les résultats 2007/2008 indiquent une évolution significative (13% des animaux à plus de 300 oeufs par gramme contre 1% précédemment) alors que l'échantillonnage jeunes – adultes s'avère équivalant. Les conditions météorologiques de 2007 peuvent constituer un début d'explication. Cependant, on observe des variations importantes avec une classe « 0 – 45 » oeufs par gramme allant de 26 à 55% selon les secteurs conjointement à la classe « plus de 300 » de 32 à 0%. Des comptages élevés sont rencontrés sur des animaux adultes montrant ainsi le dépassement des capacités de défenses par l'infestation parasitaire. Sans influence sur la capacité de contamination des animaux de rente, ce phénomène se corrèle avec la problématique de diminution de population de chevreuils rencontrée dans certaines zones.

La surveillance renforcée dans les zones à diminution de population

Après une hausse quasi-constante des niveaux de population en chevreuil, certains territoires de chasse ont vu des baisses parfois vertigineuses des populations. Ce phénomène, spectaculaire dans certains départements, est observé localement en Creuse. Face à cette situation, dans le cadre d'une enquête nationale, une étude approfondie a été programmée pour la campagne 2007/2008 sur une zone concernée en Creuse (6 communes : Le Bourg d'Hem, Champsanglard, Glénic, Jouillat, Ladapeyre et Roches). En matière de résultats parasitaires pour les strongles, cette zone montre une charge parasitaire moyenne plus élevée que la moyenne départementale avec près de 20% des animaux à plus de 300 oeufs par gramme de fèces dont certains très fortement infestés. Dans le cadre de l'enquête nationale, un certain nombre d'autres facteurs parasitaires et diverses causes sont en cours d'analyse et sont en attente de publication pour une synthèse globale.

Les orientations 2008/2009 allient le suivi triennal et l'actualité

Les recherches programmées pour 2008/2009 sur les chevreuils sont directement en relation avec l'actualité. D'une part, étant donné la possibilité de leur contamination par la fièvre catarrhale, 200 individus devraient être prélevés sur l'ensemble du département avec analyses virologiques et sérologiques. D'autre part, en raison des résultats parasitaires de cette campagne, la surveillance va se poursuivre avec prélèvement de 200 chevreuils sur l'ensemble de la Creuse et 100 sur le secteur de Jouillat. Dans le cadre du suivi triennal, 100 sangliers vont être prélevés pour suivi trichine.

En conclusion

Le niveau de surveillance sanitaire de la faune sauvage, en place en Creuse, depuis 1996, permet la remontée de résultats intéressants au regard du statut du gibier en matière de zoonoses et de maladies communes aux espèces sauvages et domestiques. Il représente un outil d'alerte éventuelle, aussi bien pour les gestionnaires de la faune sauvage, que ceux de la santé humaine et animale, d'où sa poursuite avec son adaptation en fonction des besoins. Il est entré maintenant dans une phase de suivi où la synergie des différents intervenants permet un fonctionnement optimal. Rappelons que la seule menace identifiée est celle des sangliers avec la brucellose porcine vis à vis des élevages de truies en plein air, d'où la mise en place de mesures spécifiques de protection. Toutes les autres alertes ont été infirmées.

Source Groupement de Défense Sanitaire du Cheptel Creusois

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