Technique d'élevage : Dans les Deux-Sèvres, l'engraissement au pâturage prouve sa pertinence

Sophie Bourgeois

Le Civam du Haut-Bocage a expérimenté l'engraissement au pâturage. Le bilan sur les femelles est très bon, et la faisabilité de l'engraissement à l'herbe de jeunes bovins est prouvée.

Sur une quinzaine d'élevages herbagers, et durant trois années, un groupe d'éleveurs des Deux-Sèvres adhérents au Civam(1) du Haut Bocage a enregistré ses pratiques d'engraissement à l'herbe. Un important travail technique avait été fait en amont dans le cadre de ce groupe de développement pour améliorer la conduite du pâturage. Travailler sur l'engraissement à l'herbe en était la suite logique. « Cette action était motivée par le souhait de maintenir la valeur ajoutée de l'engraissement sur l'exploitation, ainsi que l'activité économique et donc l'emploi sur le territoire », explique Jannick Billy, éleveur de Charolaises à Terves et administrateur du Civam. « Nous souhaitons montrer qu'engraisser à l'herbe est économiquement très intéressant, et que tous les éleveurs peuvent s'y essayer car techniquement, cela fonctionne très bien », ajoute Yann Liaigre, éleveur à Moncoutant.
Les éleveurs du groupe ont tous des prairies à base de fétuque, ray-grass anglais et trèfle blanc. Un certain nombre de parcelles comportent en plus des trèfles hybrides, du lotier, de la fléole, voire un deuxième ray-grass à précocité décalée par rapport au principal. Les éleveurs s'appuient pour la gestion du pâturage sur la méthode présentée par Eric Favre, éleveur laitier à Blain en Loire-Atlantique et ancien conseiller en pâturage.

Les sols étant très hétérogènes dans l'ensemble, d'hydromorphes à séchants, les chargements varient de 2 UGB/ha à 1,2 UGB/ ha. Ils sont cependant dans l'ensemble séchants à très séchants, ces résultats montrent donc que même en conditions peu favorables, l'engraissement des femelles à l'herbe est économiquement intéressant.

La gestion rigoureuse du pâturage permet de fortement limiter la complémentation nécessaire à la finition des femelles. (S. Bourgeois)

La gestion rigoureuse du pâturage permet de fortement limiter la complémentation nécessaire à la finition des femelles. (S. Bourgeois)

 

S'adapter aux conditions de l'année

« Pratiquement les deux tiers des animaux de l'expérimentation ont été engraissés uniquement à l'herbe, sans complémentation », décrit Marie Gazeau, technicienne et animatrice du Civam du Haut Bocage. Ce sont principalement les Charolaises à fort potentiel musculaire et les Parthenaises qui ont été complémentées, ainsi que des Charolaises sur des parcelles à très faible potentiel. La complémentation est composée d'un mélange de céréales, et seulement quatre éleveurs sur treize ajoutent un correcteur azoté. « Cette complémentation varie en moyenne de 2 à 4 kilos par jour et par femelle au fur et à mesure de l'avancée de l'engraissement, et ne dépasse jamais les cinq kilos de concentrés. Si on va au-delà, les vaches ne valorisent pas l'herbe de façon optimale. » Du foin est distribué ponctuellement, comme par exemple lors du printemps pluvieux de 2008.
Après une succession d'années sèches, 2007 et 2008 ont en effet été humides. « Il faut s'adapter aux conditions de l'année et pour ceci, nous nous appuyons sur notre méthode de gestion du pâturage, avant d'adapter si besoin la complémentation », explique Yann Liaigre.

Coût de ration de 67 à 80 euros par femelle

Le coût de la ration sur la période d'engraissement a été estimé en moyenne à 67 euros par femelle en 2007 et 80 euros en 2008. Des résultats mis en parallèle avec une ration classique à base d'ensilage de maïs évaluée à 177 euros et une ration sèche à 244 euros. « Pour évaluer les performances techniques, les animaux ont été pesés en début et fin d'engraissement. Les croissances réalisées ont été correctes chez tous les éleveurs, avec une moyenne de 940 g/jour pour les femelles non complémentées et 980 g/jour pour celles ayant été complémentées », explique Marie Gazeau. Avec bien sûr des disparités selon les animaux et les années. Finalement, les marges brutes se sont établies en moyenne, à 400 euros par femelle engraissée au pâturage, soit 130 euros de plus que pour la ration type ensilage et 190 euros de plus que pour la ration sèche. « Et en plus, l'engraissement au pâturage limite certains frais de structure et exige moins de temps de travail », soulignent les éleveurs.

Possible aussi pour les jeunes bovins

Trois des éleveurs du groupe ont pratiqué l'engraissement à l'herbe de jeunes bovins. « L'effectif est trop réduit pour en tirer des conclusions. Nous souhaitons juste montrer que cela est techniquement possible et peut être économiquement intéressant selon le contexte de l'exploitation, en particulier dans les systèmes d'agriculture durable ou bio, et les systèmes manquant de main-d'oeuvre. » Nul besoin de clôtures spéciales, ni de s'équiper particulièrement pour les visiter dans leur pré. Les jeunes bovins se comportent, après une petite explication qui de toute façon a lieu aussi dans des cases de stabulation, de façon tout à fait convenable. « En fin de journée, ils jouent et « cornent », mais c'est sans conséquence importante sur le couvert de la prairie ou sur leur croissance. »

« Une haie avec un fil électrique de chaque côté suffit même à maintenir l'ordre quand un lot de vaches est dans la parcelle voisine », raconte Jannick Billy. Il faut aussi veiller à bien écarter les points de distribution du concentrés pour que les dominés ne pâtissent pas. « Les jeunes bovins pâturent un peu moins bien que les femelles, et sont nettement plus sensibles à l'effet année que les femelles, en particulier ils supportent moins bien le froid et la pluie », expliquent les éleveurs. Malgré cela, les résultats techniques n'ont pas été trop mauvais. « Ils ont réalisé de 1000 à 1700 grammes GMQ pour atteindre des poids de carcasse de 400 à 470 kilos selon les années », rapporte par exemple Jannick Billy qui pratique depuis sept ans. Chez lui, la complémentation représente de 2 kilos à, en fin d'engraissement, 6 kilos par jour de mélange de triticale, orge et avoine, distribués en deux repas. L'état d'engraissement atteint le plus souvent la note 3, bien que certains aient été abattus à la note 2. « Et ceci en utilisant 25 ares d'association fétuque, RGA et TB ainsi que 15 ares de céréales. »

Civam : Centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural.

Source Réussir Bovins Viande Mars 2009

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