Technique d'élevage : Quand les éleveurs apprennent à inséminer les vaches

Sophie Bourgeois

L'organisation du travail et la réduction du stress des vaches sont les principales motivations des éleveurs allaitants pour se former à la technique de l'insémination animale.

« Inséminer est un geste technique à la portée de tous les éleveurs », assure Joseph Bedouet, éleveur sélectionneur de Prim-Holstein qui anime dans le cadre du Syndicat des éleveurs inséminateurs du Maine-et-Loire et du département formation de la Chambre d'agriculture, une formation de quatre jours, ouverte à tous les éleveurs de France(1). « Tous ceux qui se sont formés réussissent à pratiquer chez eux et sont satisfaits des résultats. » La formation commence par une observation sur table des organes génitaux des vaches (matrice, col, ovaires). Chaque stagiaire enregistre dans son cerveau par la vue et le toucher, ce qu'il ressentira au bout de ses doigts lorsqu'il accomplira l'acte d'inséminer. Chaque jour, une séance de deux heures à l'abattoir sur animaux vivants permet d'acquérir sous la responsabilité d'un vétérinaire les bonnes pratiques pour saisir et franchir le col. Pas besoin de faire des milliers de vaches pour comprendre et réaliser cet acte technique, même si l'expérience est une alliée utile.

Après ces séances pratiques, les éleveurs révisent la physiologie de la reproduction, et le rôle de l'alimentation sur le taux de réussite. La formation met aussi l'accent sur l'importance de tous les autres facteurs qui interviennent (stress, sanitaire, hygiène, heure d'intervention). « Quand le taux de réussite n'est pas bon, on a tendance à penser que l'inséminateur y est pour quelque chose et à ne pas chercher plus loin. Par contre quand on insémine soi-même, cela amène à réfléchir la conduite globale du troupeau », explique Joseph Bedouet.
Bien souvent, les éleveurs connaissent un peu d'appréhension au moment de débuter seuls chez eux. « Le mieux est de faire la formation juste avant que ne commence la période de reproduction à la maison, pour mettre en pratique rapidement. » Le coup de main et une certaine confiance en soi s'acquièrent en général dans l'année qui suit.

La visite chez un éleveur qui pratique depuis peu clôt la formation. C'est l'occasion de se préparer à se lancer une fois revenu à la maison. (S. Bourgeois)

La visite chez un éleveur qui pratique depuis peu clôt la formation. C'est l'occasion de se préparer à se lancer une fois revenu à la maison. (S. Bourgeois)

 

Fini les vaches qui attendent au cornadis

Les éleveurs inséminateurs apprécient beaucoup la souplesse gagnée sur l'organisation de leur journée. Quand les chaleurs sont détectées, ils choisissent de faire l'insémination au moment où cela leur convient dans le respect du créneau de 12 à 24 heures après les premiers signes. En général, tout le lot est pris au cornadis et cinq minutes plus tard, la vache est inséminée. Le stress est réduit à son minimum par rapport à la situation où on fait appel à un inséminateur, dans laquelle la vache attend en général seule, parfois plusieurs heures, l'intervention d'une personne étrangère. Cette limitation du stress joue probablement un rôle assez important dans la réussite des inséminations. C'est aussi le moyen de limiter le passage dans les bâtiments et les risques sanitaires inhérents, même si les précautions d'usage sont respectées. Les éleveurs économisent les frais de mise en place des semences. Ceux-ci représentent une part variable de la facture d'insémination en fonction des races et des situations géographiques, mais en gros, c'est la moitié des frais. Il faut par contre s'équiper d'une bonbonne d'azote, qui coûte entre 400 et 450 euros, et en général fait en plus l'objet d'un contrat d'entretien à l'année (environ 80 euros/an).

Le reste du matériel, à savoir les pistolets, gaines plastique et gants à usage unique, ne représentent pas des frais importants. L'intérêt économique de la pratique est d'autant plus important que le nombre de vaches inséminées est grand. C'est de toute façon souvent passionnant pour les éleveurs qui relèvent un défi et suivent ainsi d'autant mieux la reproduction de leurs vaches. Cela les amène à apprendre aussi à fouiller pour détecter les gestations. Et ce qui ne gâche rien, cela permet de réduire l'émission de gaz à effet de serre en limitant les kilomètres parcourus par les inséminateurs.

L'intérêt économique de la pratique est d'autant plus important que le nombre de vaches inséminées est grand. (S. Bourgeois)

L'intérêt économique de la pratique est d'autant plus important que le nombre de vaches inséminées est grand. (S. Bourgeois)

 

Respect de la réglementation : déclarer l'insémination intra-troupeau

Sur le plan réglementaire, une simple déclaration à l'EDE pour l'insémination des femelles détenues dans son cheptel est nécessaire. Il faut tenir à jour un inventaire des doses reçues d'un centre de collecte ou de stockage agréés, enregistrer les mises en place sur le registre d'élevage et transmettre les informations à l'EDE (notamment par internet). Il est conseillé de conserver la bonbonne dans un local fermé à clé.

(1) Le coût du stage est pris en charge par un crédit d'impôt formation.

Source Réussir Bovins Viande Mai 2009

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