Viande bovine : “Ceux qui auront la marchandise, auront le pouvoir !”

Patricia Olivieri

La roue tourne : pour les observateurs et exportateurs invités de la journée viande bovine de la FDSEA, les éleveurs de maigre ont une vraie carte à jouer sur une planète “en manque”.

C’est un vrai message ­d’amour que sont venus délivrer vendredi matin aux éleveurs ­naisseurs cantaliens deux des principaux exportateurs de bovins maigre vers l’Italie - EuroFrance export et Parma France - lors d’une journée “viande bovine” organisée par la FDSEA du Cantal. Une déclaration sans équivoque passant outre les infidélités de la filière française qui, depuis un peu plus d’un an, fait les yeux doux à des marchés émergents sur d’autres rives de la Méditerranée. Pourquoi un tel retour de flammes ? Tout simplement parce que l’Italie, comme l’Europe, comme la planète d’ailleurs, manque - et va encore manquer demain - de protéines animales et de viande bovine. La venue à Aurillac d’Egidio Savi, le grand patron de Parma France, était à cet égard assez révélatrice d’un changement fondamental sur la scène internationale, révolution qu’a décryptée en amont Philippe Chotteau, de l’Institut de ­l’élevage.

EuroFrance export, Parma France, Calexport, Bevimac : tous les opérateurs présents ont confirmé que le marché italien restait leur débouché premier et pérenne sans occulter pour autant le bol d’air qu’apportent les pays tiers.

Ne pas mettre tous ses bovins sur le même marché

“En 2006, je suis revenu du congrès mondial de la viande à Rome, très démoralisé, il me semblait que les Brésiliens allaient donner à manger la viande à tout le monde, a exposé le président de Parma dont le parlé et l’accent transalpin ont rapidement conquis l’assistance fournie de l’amphithéâtre du lycée agricole. J’ai continué car je croyais dans la réalité française.” Six années se sont écoulées et les faits ont donné raison à Egidio Savi qui a confié ne jamais s’être autant amusé qu’en 2012. “Pour la première fois de ma vie, les abattoirs me demandent de la viande, les équilibres ont changé.” Pour autant, si depuis 14 mois, les engraisseurs italiens n’ont jamais aussi bien gagné leur vie, chacun sait désormais que les accidents, climatiques par exemple (comme la sécheresse qui a touché cet été la plaine du Pô), peuvent renverser les marchés. Aussi, Egidio Savi voit dans les marchés pays tiers (hors Union européenne) qui se sont ouverts récemment autant de voies de secours. “On ne fait pas le bilan de nos sociétés avec ces marchés, a-t-il admis. Mais s’il y a une crise en Italie, on peut mettre les bovins et la viande en Turquie par exemple.” Ce que confirme Frédéric Lagarde, d’EuroFrance export : “Le marché italien restera le squelette pour le maigre français, mais si vous amenez des petites choses à côté, des animaux exportés ailleurs, vous dynamisez tous les marchés.” De quoi battre en brèche aujour­d’hui, avec une année de recul, les réticences initiales de certains et les rumeurs faisant de ces nouveaux débouchés des fossoyeurs du marché ­transalpin. “Le marché italien reste incontournable de par la proximité, la complémentarité avec des éleveurs de la plaine du Pô qui ont du maïs pour engraisser les animaux maigres produits ici dans les montagnes”, a abondé Frédéric Lagarde tandis qu’Egidio Savi parlait de “transhumance naturelle, culturelle”. Et en parfait émissaire de la cause du bassin allaitant hexagonal, le président de Parma n’a pas hésité à inviter les producteurs de maigre à profiter de cette situation inédite pour défendre leur produit et harmoniser les prix entre les filières : “Il y a dix ans, le pouvoir c’était les supermarchés qui l’avaient, il y a cinq ans c’était les abatteurs, aujourd’hui le pouvoir migre vers les producteurs. Ceux qui auront la ­marchandise auront le pouvoir !”

Chapitres suivants

Message reçu 5 sur 5 par la salle et Guy Hermouët, vice-président de la Fédération nationale bovine (FNB) et président de la section gros bovins à Interbev (interprofession nationale bovine). Depuis l’automne 2010 et le blocage des abattoirs du groupe Bigard, la FNB est en effet parvenue à rétablir un certain équilibre au sein de la filière française, à travers une feuille de route que l’interprofession a depuis fait sienne : transparence dans les relations commerciales via la généralisation des machines à classer, la refonte du système de cotations et la stratégie export avec la création du GEF export notamment. Objectif de ce dernier : élargir la planète des marchés potentiels pour les animaux, la viande, la génétique français et travailler de concert avec l’administration. Les effets en sont aujourd’hui bien visibles et la stratégie se poursuit. Bien mais pas suffisant pour assurer l’avenir de la production bovine française qui, dans les régions convertibles, pourrait rapidement céder aux sirènes du végétal, a mis en garde Guy Hermouët. Aussi, les chapitres suivants de la feuille de route sont-ils déjà tout tracés : continuer à travailler sur le prix, la contractualisation avec l’aval en tenant compte des coûts de production (y compris pour les broutards), la valorisation de la viande bovine française (voir encadré) et l’image de la production bovine régulièrement sous le feu des anti-viande. Sans oublier la question des soutiens européens à l’élevage, a conclu Patrick Bénézit, président de la FDSEA, donnant rendez-vous au Sommet de l’élevage pour le lancement d’un manifeste européen.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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