Viande bovine : Pierre Chevalier : “On a atteint le point de rupture économique”

Sophie Giraud

Le président de la FNB tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme tout en proposant une feuille de route claire pour sortir de la crise.

“Si le contexte ne s'améliore pas, c'est sûr, je vais jeter l'éponge.” L'affirmation sonne d'autant plus cruellement qu'elle sort de la bouche d'un jeune agriculteur. Sur l'exploitation de Jean-Michel Herment, son père, à Charbonnières-les-Varennes dans le Puy-de-Dôme, ce jeune est au bord de l'asphyxie économique. Quatre ans de crise de revenu avec des prix à la production calés au plus bas et une sécheresse qui a frappé cette année dès le début du printemps : il n'en fallait pas plus pour ébranler l'élevage de bovins viande.

Le regard toujours vers l'export

Sur chaque ferme qu'il visite depuis le milieu du mois d'août, aux quatre coins de la France, Pierre Chevalier, le président de la FNB (Fédération nationale bovine) fait face aux mêmes discours de découragement. Exaspéré par cette crise qui dure, alors que de nombreux indicateurs sont au vert -en premier lieu desquels une consommation soutenue en France et qui se développe partout dans le monde - Pierre Chevalier estime que “soit les prix à la production augmentent, soit on condamne la production de viande bovine en France.” Ajoutant que c'est un leurre d'imaginer que les coûts d'alimentation et des charges globales iront en diminuant. L'objectif est donc aujourd'hui d'augmenter le prix du produit pour l'ajuster aux coûts de production, une mécanique de base à laquelle se plie la plupart des secteurs économiques : “De quel droit l'élevage devrait y échapper !” La FNB mise elle sur le renforcement de l'export sur les pays tiers, très demandeurs, pour redresser les cours. Sauf que tous les industriels ne cautionnent pas cette stratégie. “Une partie des entreprises, qu'elles soient privées ou coopératives, veulent rester sur le marché intérieur. D'autres sont prêtes à exporter”, explique Pierre Chevalier. “Nous avons des marchés qui s'ouvrent aujourd'hui, notamment sur le pourtour méditerranéen et dont nous espérons qu'ils créeront une dynamique de production et notamment pour l'engraissement”, ajoute Patrick Bénézit, vice-président de la FNB. Force est en effet de constater que la stratégie d'export menée depuis quelques semaines est en train de porter ses fruits. “Les marchés bougent à la hausse. Nous espérons que ce ne soit que le début”, espère le Cantalien.

 

Pas d'impasse sur la contractualisation

Mais l'export n'est que la première cartouche d'une stratégie à plusieurs étages dont celui de la contractualisation. “Il nous faut initier une contractualisation sur les coûts de production, et obtenir de l'aval une rémunération des éleveurs à même de pérenniser la production. À défaut, la décapitalisation engagée se poursuivra”, estime P. Chevalier. Pour le moment, la FCD (entreprises du commerce et de la distribution), pour qui le marché constitue l'alpha et l'oméga, ne veut pas entendre parler d'un tel protocole. Le Sniv-SNCP (industriels de la viande) et les coopératives ne sont pas non plus très enclins à l'accepter. Pour Guy Hermouët, premier vice-président de la FNB, il est de la responsabilité des pouvoirs publics de s'assurer du respect des accords interprofessionnels, et de fournir des cotations fiables et transparentes.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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