Yves Deveaux*, Sicarev : Si le sexage prend des proportions importantes, on va droit dans le mur »

Propos recueillis par Bernard Griffoul

En race laitière, l'utilisation de semences sexées pourrait inciter les éleveurs à produire plus de veaux croisés avec les moins bonnes vaches. Si elle prend une ampleur importante, cela déstabiliserait un marché déjà fragile. Yves Deveaux met en garde.

Pourquoi tirez-vous la sonnette d'alarme ?

Aujourd'hui, il faut savoir que le marché du veau, au niveau national, est destiné à 90 % à faire du veau de boucherie. La demande française se tourne de plus en plus vers du veau de moins en moins cher pour sortir une viande meilleur marché, sachant qu'elle est consommée énormément en collectivité. C'est le veau de type laitier qui correspond le mieux à cette demande, soit le pur montbéliard soit le veau noir. Si l'utilisation de semence sexée se développe de façon conséquente et si nous nous retrouvons à terme avec beaucoup plus de veaux croisés, cela ira à l'encontre du marché et risque d'engendrer un effondrement des cours, surtout dans le veau standard croisé. Une variation de l'offre de 5 à 15 % peut changer beaucoup de choses, d'un côté comme de l'autre. Quant aux supers veaux croisés, sur la France, ce n'est pas une niche commerciale, mais presque. À partir du moment où il y aura trop de bons croisés, ils seront automatiquement déclassés.

« Une variation de l'offre de 5 à 15 % peut changer beaucoup de choses, d'un côté comme de l'autre » (B. Griffoul)

« Une variation de l'offre de 5 à 15 % peut changer beaucoup de choses, d'un côté comme de l'autre » (B. Griffoul)

Et le marché italien ?

Le marché italien a énormément chuté. Avant, beaucoup de supers croisés charolais montbéliard produits dans notre région allaient sur l'Italie pour deux productions : soit du veau de boucherie, soit pour sevrer et faire du baby. Aujourd'hui, vu les cours des broutards, les italiens n'ont plus aucun intérêt à sevrer des veaux de trois semaines qui coûtent entre 550 et 600 euros, alors qu'ils peuvent acheter des broutards guère plus chers et qui tournent plus vite dans les ateliers. Environ 85 % des croisés restent sur la France pour faire du veau de boucherie.

Un afflux de veaux croisés pourrait-il perturber aussi le marché des broutards ?

Tout à fait. S'il y avait beaucoup plus de croisés, le prix baisserait automatiquement. D'autres marchés s'ouvriraient et on intéresserait à nouveau les engraisseurs espagnols qui regardent avant tout le prix. Aujourd'hui, ils rentrent du broutard de qualité moyenne à 600 euros. Par rapport à un veau standard croisé qui va coûter 370 à 380 euros, l'écart n'est pas suffisant. Si l'écart se recreuse jusqu'à retomber à 260 euros pour du veau croisé R, ils vont être à nouveau intéressés pour faire du baby à partir de veaux. Il faut vraiment faire attention. À partir du moment où le sexage prendra des proportions importantes, cela changera beaucoup de choses sur la valorisation des veaux et économiquement parlant, il est clair que cette technique ne sera pas une réussite.

Que faut-il faire pour éviter un tel scénario ?

Il faut vraiment limiter le sexage, parce qu'il va à l'encontre du marché. Les éleveurs laitiers, qui pensent récupérer le surcoût des semences sexées sur la valorisation des veaux croisés, se mettent le doigt dans l'oeil si tout le monde suit le même raisonnement. De plus, nous manquons de veaux noirs en France et le pur montbéliard est bien demandé sur l'Espagne comme sur la France. Nous sommes intervenus auprès des centres d'insémination quand nous avons entendu parler du sexage. Ils pensaient avoir trouvé la technique révolutionnaire mais ne s'étaient pas préoccupés du marché. D'après les informations qu'ils nous ont données sur l'ampleur qu'il pourrait prendre, pour l'instant le sexage aura très peu de répercussions. Mais si on tombe dans des proportions fortes, je pense que l'on va droit dans le mur, que ce soit pour la valorisation des mâles ou pour celle des femelles d'ailleurs.

* Yves Deveaux est responsable de l'activité petits veaux de Sicarev. Le groupement met en marché environ 60 000 veaux laitiers et croisés par an. Ils sont collectés principalement sur les régions Auvergne, Rhône-Alpes et Bourgogne. Entre 15 et 25 % de ces veaux sont exportés.

Source Réussir Bovins Viande Janvier 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires